Retraites : touche pas au grisbi !

Retraites : touche pas au grisbi !

Le smicard perdra 20% de sa retraite, la fonctionnaire -15%, le salarié du privé -23%. Pas touche, en revanche, aux 300 milliards de revenus financiers, aux dividendes qui ont triplé... Les dividendes des actionnaires, c'est tellement sacré que le ministre n'ose même pas les mentionner. Que ça demeure tabou, le point aveugle du débat.
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« Une réforme juste » : c’est ce que promettait Emmanuel Macron. Noble intention. Je l’avoue, je me méfiais. Ce président qui parle de justice est un peu comme le loup qui, à l’entrée de la bergerie, trempe sa patte noire dans le sac de farine, comme le loup qui avale du miel pour se faire une voix douce – « justice, justice » – pour mieux croquer les petits chevreaux. En effet, nous ne sommes pas déçus : où est la justice ? Je passe sur l’âge pivot à 64 ans, je passe sur le smicard qui perdra 20 % de sa pension, pour la fonctionnaire, moins 15 %, pour le salarié du privé, moins 23 % ! Et j’en passe encore.

J’en viens à votre règle d’or : le budget des retraites sera plafonné à 14 % du PIB. Qu’importe si, demain, le pays compte un, deux ou trois millions de retraités en plus ! Ils se débrouilleront, ils se partageront les miettes – c’est du bon sens, selon vous. Pourtant, depuis les années 1980, la part des dividendes dans le PIB a triplé. Trois fois plus ! Les revenus des actionnaires, quand allez-vous les plafonner ? Les salaires des PDG, qui ont grimpé de 14 % en un an, quand allez-vous les plafonner ? Même notre collègue centriste Patrick Mignola le disait ici : la rémunération du capital augmente sept fois plus vite que celle du travail ! Quand allez-vous la plafonner ?

Vous ne répondez pas ! Les revenus financiers battent des records : près de 300 milliards d’euros cette année.

Plus, toujours plus de richesse captée, et vous n’y touchez pas ! Vous allez gratter 20 % sur la retraite du smicard mais vous ne touchez pas aux 300 milliards des financiers. Touchez pas au grisbi ! La voilà, l’injustice majeure, l’injustice flagrante. Elle n’est pas entre les cheminots et les métallos ou entre les jeunes et les vieux, mais entre l’argent et les gens, entre les firmes et les hommes. Oui, je nourris le vœu et l’espérance que cet hiver soit notre nouveau printemps – un printemps de justice – et que l’on touche aux revenus dont vous ne voulez pas parler : les revenus du capital.

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Même les patrons, et ses économistes, jusqu’à Dominique Seux, le lâchent.

Et sinon : entre Sabine et Sanofi, le président de la République a choisi. Des nouvelles d’Ecopla. Et vive le cinéma (chinois) !

Bonne année… sans BlackRock !

« C’est une mauvaise polémique, assurent les ministres en chœur. Ce n’est pas au dirigeant de BlackRock que cette légion d’honneur est délivrée. C’est à la carrière du haut-fonctionnaire, etc. etc. »
Mais justement : c’est cette carrière qui devrait valoir à Jean-François Cirelli la légion du déshonneur. Après avoir livré Gaz de France aux financiers, va-t-il en faire de même avec les retraites ?

Le bulletin #65 : Quel horizon ils offrent ? Celui d'une calculette !

Qu’est-ce qu’ils ont à proposer comme horizon, sur les retraites et sur le reste ? Rien. Ils ont zéro horizon. Ils ne sont pas à la hauteur du pays, de notre avenir, ils réfléchissent comme des experts-comptables avec leurs petits stylos, leurs petites additions, leurs petits pourcentages.

Et sinon, on vous souhaite de bonnes fêtes (sans trop de schizo) !

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il est ou le bonheur couv

Il est où, le bonheur

« Nous sommes tous sur la même planète, tous sur le même bateau. » Le mardi 23 juillet dernier, Greta Thunberg et ses jeunes amis visitaient l’Assemblée nationale. « La bataille pour le climat, nous la gagnerons tous ensemble ! »
Ah bon, vraiment ?

Retrouvez le dernier livre de François Ruffin en librairie. En savoir plus.

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19 réflexions sur “Retraites : touche pas au grisbi !”

  1. Cette clique de salopards qui n aiment pas les pauvres sont entrain de nous entuber et dire que certains les portent aux nues et voteront pour ces mafieux

  2. Merci de le dire et de le redire: « On ne touche pas aux revenus du capital ». Je dérange le pluriel car il s’agit de milliards d’euros et non des quelques petits millions que ferait économiser ce projet de loi sur la retraite contre lequel nous nous battons.
    Continuer le combat, pied à pied, ne rien céder dans cette lutte pour la justice sociale.
    C’est dur, éreintant, quand on mène depuis 50 ans ces combats d’arrière-garde.
    Merci d’être là comme un OVNI au bord duquel nous pouvons nous embarquer,

  3. Salarié d’une grosse multinationale et représentant du personnel, je confirme que ce que vous décrivez est le résumé de ce que nous vivons depuis des années.
    Ce langage clair, s’il faut aider à le faire entendre par quelque moyen auquel je puisse contribuer, je serais présent.

  4. Voilà un « coup de gueule » ou je ne m’y connais pas! Quelle satisfaction de vous entendre dire haut et fort ce que nous subissons tout bas! Tout bas? Plus si sûr!
    Hier, c’était le fameux 5 Décembre 2019. Un jour magnifique!. Un de ceux que mentionneront les futurs chroniqueurs quand ils écriront l’Histoire de ce Régime macronnien. Le Peuple français a été un peu lent à déciller (2 ans et demi (hors épisode GJ), tout de même!). Mais il semble que cette fois ci soit la bonne. Il semble qu’il ne soit plus en état de digérer le gavage néolibéraliste jupitérien: trop c’est trop! Enfin! Sachez, Député Ruffin, que vous et vos collègues LFI y êtes pour beaucoup. Alors: MERCI. Continuez!!

  5. Bonjour, on se bat tous pour des raisons serieuses, mais différentes alors que la principale cause de nos malheurs est la mauvaise distribution des richesses. Pour rendre le combat clair et créer une unité, exiger un rééquilibrage du ratio economie réelle economie financière est il intéressant ? Ainsi,on serait tous à l’unisson, et probablement beaucoup plus intimidants. Je veux dire en soutien de nos grèves et manifs.

  6. Bonjour, François,

    Vous dites : « pour la fonctionnaire, moins 15 %, »
    Pour les enseignants, ça ressemble plus à 30% de moins : https://blogs.mediapart.fr/pascale-fourier/blog/081119/education-nationale-vivre-la-retraite-avec-son-salaire-de-debut-de-carriere

    Et à moins d’un salaire brut mensuel de 4343 euros sur l’ensemble de la carrière, les retraites des enseignants baisseront drastiquement : https://blogs.mediapart.fr/pascale-fourier/blog/271119/retraites-augmenter-les-enseignants-chiche

    Le Gouvernement peut nous promettre des augmentations, le compte n’y sera jamais : https://blogs.mediapart.fr/pascale-fourier/blog/051219/enseignant-toi-aussi-calcule-ta-future-augmentation

    Je pose ces chiffres-là, François, pour que peut-être vous puissiez les utiliser.

    Merci pour votre travail !

    Pascale

  7. Ça fait du bien de tous les entendre, une bonne analyse egalement sur le site de Clementine Autain ….des arguments chocs …que tout le monde est capable de comprendre et d’analyser…..

  8. djamila benattou

    pourquoi ne parlent-ils jamais du montant de leurs salaires et de leurs retraites ,il faut qu’ils cumulent combien d’années pour avoir quel montant? quels sont les sacrifices qu’ils font,quand on voit ce qu’ils touchent et tous les privilèges auquels ils ont droit,a qui ont-ils demandés la permission,et cela se fait sur le dos de qui? et la retraites des présidents ,on va en payer combien ainsi,qu’ils soient tous au SMIC et après on verra si la place de président et ministre est aussi convoitée

  9. Nous ne devrions pas faire de procès d’intention à REM et son aéropage parisien (l’autre ADP, celui dont on devrait faire l’économie). Particulièrement, Mr DELEVOYE, son ministre délégué, haut commissaire aux retraites, invité au gouvernement depuis le 3 Septembre en perdant le mot « réforme » dans son titre, ce qui est plutôt de bonne augure, s’est bâti une réputation de révolutionnaire depuis la présidence CHIRAC. S’y occupant déjà de Réforme, mais de l’Etat, et surtout de questions sociales avec l’explosive Fonction Publique, cauchemar du Medef, il est devenu naturellement le « good cop » de la négo avec un « bad cop » Philippe, contraint parce que pragmatique. Le décor est planté pour le gouvernement sensible avant tout à servir l’entreprise, ses entrepreneurs, et autres premiers de cordée diplômés.
    A gauche s’il en reste, les syndicats dont le problème est d’avoir failli à se renouveller et s’être petit à petit laissés dépasser par de nouvelles contraintes de négociation, leur faisant perdre de vue les items de base : salaires, conditions de travail et garanties sur les postes. A été ainsi poussée en avant la question des « moyens syndicaux », d’abord par les syndicats responsables qui se sont mis à croire qu’on allait aussi les associer à la gestion des entreprises et des administrations, puis par les autres à partir des thématiques sociétales notamment. Aussi répondre à une question sociale par une question économique comme les « dividendes aux actionnaires » est un argumentaire qui n’est plus si simple à utiliser.
    Prenons Axa. 104000 salariés. Mise en place du chèque syndical. 15% d’augmentation des dividendes versés sur les 3 dernières années avec une baisse de 63% du résultat (après impôt, la part impôt ayant progressé de 23%). La rémunération des actionnaires n’est donc plus corrélée avec le résultat des entreprises, ce qui se vérifie particulièrement avec le décrochage de 2018. Plus fort, 5% du capital environ détenu par les salariés et agents commerciaux volontaires. Une augmentation de capital de 135 M€ leur a été réservée fin Novembre 2019, soit Shareplan 2019, qui continue d’élargir la thématique stock-options à l’ensemble des collaborateurs, invités à capitaliser leurs dividendes pendant 5 ans sur leurs PIAG, PEEG et autres PEA, alors que Mr De Castries était parti fissa céder les siens à New-York en 24 heures quand ça soufflait mistral perdant annonçé en 2018. Et ce sera pareil pour les produits retraite qu’Axa est interessée au premier chef à bricoler en vue de cette réforme. Les actuaires et probabilistes financiers y préparent l’ensemble des scénarios pour accompagner les fluctuations attendues à tous les stades à venir dont le premier est celui des « partenaires sociaux » dont on peut espérer qu’il puisse être bousculé par retraités, gilets jaunes et petit patronat, avant qu’on passe au stade parlement ou la messe est déjà dite. Mais pour la méthode, Mr Ruffin, vous avez prouvé que rien n’était impossible à qui faisait l’union autour de lui, et c’est cette méthode qui peut remettre en place les bonnes personnes pour des évolutions justes de la société que la très grande majorité appelle de ses vœux.

  10. qu’en est-il des retraites des Présidents, ministres, sénateurs etc… pourriez-vous m’éclairer car il me semble qu’ils ne tiennent pas trop à ce que ça se sache car je n’en ai jamais entendu parler

    1. Un patron français se gave un patron allemand réinvestit dans l outil de production.
      Il faut bloquer leurs plans d épargne retraite , il faut déchirer leur feuille de route.
      Macron pue le pognon lui qui fut aider très vite par un riche picard.
      Personne nous oblige à réformer. Les profs seront bien de pauvres retraités eux qui furent déjà des salariés non rémunérés a’ la hauteur de leur diplôme
      Merci François pour ce souffle dans un pays qui on étouffe de l intérieur.

  11. Tres pertinent. Reste le gros du boulot : arriver à faire légiférer des regles de plafonnement des dividendes et des salaires DG au niveau mondial car si on ne le fait qu en france, ils vous diront les investisseurs vont partir les boites vont couler! Bon courage M. Ruffin c est possible mais il faut que chaque pays y mette du sien. Voila un beau mouvement à lancer.

  12. Ping : Retraites : touche pas au grisbi !.. – Les moutons enragés

  13. Commençons par parler et agir sur le régime de retraite des nantis qui font une fixation sur la retraite des simples citoyens non agressifseulement.

  14. Quand on à l’ambition de reformer un système qui a traversé des décennies et qui a résisté à des crises incroyables est il concevable de le jeter comme un kleenex? Sauf à se prendre pour Jupiter ou vouloir l’éliminer pour servir d’autres intérêts. M. Delevoye, amnésique sur ses fonctions antécédentes, était finalement bien l’homme de la seconde hypothèse
    Une réforme c’est comme la barre d’un bateau qui suit le cap pour ne pas s’en écarter. Jamais le skipper en change subitement, au risque de coucher le bateau.

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