La « force de coercition »

Nous vivons ce temps où "les grandes masses se sont détachées des idéologies traditionnelles". Où le régime tient par la "force de coercition". C'est en démocrate inquiet que je réagis: puisse le procès des copains, demain, mettre en lumière cette dérive.

Je me rendrai demain au procès de Jean-Luc Mélenchon et ses camarades devant le tribunal de Bobigny.
Tout comme je me suis rendu, la semaine dernière, au procès des décrocheurs parisiens.
Deux procès politiques.

Deux procès, aussi, qui pourraient bien s’avérer « boomerang »: l’accusation accusée, et les accusés accusant. Accusant l’inaction climatique dans un cas, accusant les atteintes à la démocratie dans l’autre.

Car c’est en démocrate, et en démocrate inquiet, que je réagis : comment accepter qu’un parti d’opposition subisse dix-sept perquisitions le même jour ? Dix-sept, à l’aube, comme s’il s’agissait de démanteler un réseau de grand banditisme ? C’est inacceptable. Dans une démocratie, c’est inacceptable. Et je le disais, je le répète : je protesterais encore davantage si Les Républicains avaient subi le même traitement. Il est toujours plus difficile de se défendre soi-même.

Toute enquête est légitime, mais avec mesure, en proportion des charges. Qui semblent, ici, bien légères. D’où une disproportion, une démesure du pouvoir, de son abus, qui use de la Justice, de la police, comme de ses bras armés.

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L’an dernier, le 16 octobre 2018, jour des perquisitions, j’écrivais : « C’est la question démocratique qui est désormais posée. » Elle n’a fait depuis que se renforcer. Avec la répression des Gilets jaunes : cinq mains arrachées, vingt-quatre éborgnés, 2500 blessés, des comparutions immédiates à la chaîne, le harcèlement judiciaire des figures du mouvement, un « usage excessif de la force » pointé par l’Onu et le Conseil de l’Europe. Côté écolos, je l’ai dit, des « décrocheurs », activistes pacifistes, poursuivis par les policiers de l’anti-terrorisme, comme s’ils n’avaient pas plus dangereux à traquer, avec (bilan provisoire) 93 garde à vue, 74 perquisitions, 17 procès, concernant 57 militants. Avec, désormais, et nous sommes en train de nous y habituer, des syndicalistes, des avocats, des journalistes condamnés.

Mes camarades de la France insoumise, députés ou non, s’inscrivent dans cette lignée.

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Depuis sa prison, Antonio Gramsci écrivait :
« La crise moderne est liée à ce que l’on appelle « crise d’autorité ». Si la classe dominante a perdu le consentement, c’est-à-dire si elle n’est plus « dirigeante » , mais seulement « dominante », et seulement détentrice d’une pure force de coercition, cela signifie précisément que les grandes masses se sont détachées des idéologies traditionnelles, qu’elles ne croient plus à ce en quoi elles croyaient auparavant. »

Nous vivons ce temps, où « les grandes masses se sont détachées des idéologies traditionnelles ». Où le régime tient, désormais, par la « force de coercition ». Puisse, le procès de demain, mettre en lumière cette dérive.

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