
Quand des trucs marchent, dans notre pays, il faut le dire aussi.
En rentrant de Paris dans ma Picardie, mercredi, chez moi les volets ne s’ouvraient plus. La lumière non plus. Avec une flaque d’eau au pied du frigo : le congélateur s’était transformé en piscine, avec mon trésor, l’or blanc, les coquilles Saint-Jacques de Dieppe, de mon camarade Jumel, qui flottaient dedans.
Une coupure d’électricité qui durait, donc, depuis plusieurs jours. J’ai baissé et relevé les plombs. Appuyé sur le disjoncteur. Rien à faire. J’ai appelé mon père bricoleur, avant de filer à un rendez-vous, forcément.
Quand je suis rentré, moins de deux heures plus tard, à 20 h le soir, une veille de jour férié, la camionnette bleue d’Enedis était déjà devant moi, avec un électricien en tenue de combat, orange, dans le froid, sous la pluie, qui testait le jus sur ma devanture. Trente minutes plus tard, un collègue arrivait avec sa nacelle. Une demi-heure encore, et ils avaient changé les (ah, mince, j’ai oublié le nom… ça se termine par « eur »), et le courant revenait.
C’était à cause, ils m’ont expliqué, de l’incendie dans la maison à côté (en fait, elle a carrément explosé il y a quelques années, sur le moment j’avais cru à un attentat (comme je ne suis pas parano, pas contre moi)). Ça avait cramé les installations, qui ont fini par lâcher.
J’ai causé, bien sûr : eux sont sous astreinte pour la semaine, ils rentrent à leur domicile avec les camions, et bondissent dedans à toute heure du jour et de la nuit.
(Le seul truc bof, m’a dit mon père, c’est le centre d’appels pour les joindre, d’abord à Paris, avec des robots en série, mille questions et de la suspicion, comme si on téléphonait pour s’amuser, puis il faut rappeler le centre départemental, etc.)
Donc, il y a deux choses qui marchent :
1/ la solidarité familiale : merci papa !
2/ le service public de l’électricité : merci aux agents d’Enedis !
C’est grâce à ça que, sur mon ordi, j’ai pu ce matin écrire mon petit papier…
François Ruffin