À Vesoul, les femmes de ménage jetables

À Vesoul, je rencontrais les femmes de ménage qui nettoient la Sécu, Carrefour, le Conseil Départemental, la Maison des Syndicats, etc. Elles s’appellent Karima, Sonia, Nadia, Margnia, Khadija. Elles ont un petit bout de contrat le matin, un autre le soir, des temps partiels et du salaire partiel. Elles font ce travail depuis cinq ans, sept ans, onze ans, dix-huit ans, et malgré les contraintes, elles aiment leur métier, « pour l’équipe », « pour le travail bien fait ». Mais voilà qu’on les « jette comme des malpropres ». « Maintenant, on vient avec la boule au ventre. » « Mon médecin m’a mise en arrêt-maladie. »

Et pourquoi ? Parce que des sociétés répondent aux appels d’offres, reprennent les marchés pour moins cher, et derrière, suppriment une collègue sur le site, mettent la pression sur les restantes, les envoient à Besançon dans le département à côté, une heure de trajet, pour les décourager, pour qu’elles démissionnent, pour qu’elles soient licenciées, « faute grave », pour en prendre des nouvelles et ne pas avoir à payer leur maigre ancienneté.

Dans le nettoyage, partout, c’est la jungle. C’est à peine mieux chez les auxiliaires de vie. Et en général, dans les métiers du lien et du soin, composés de femmes, populaires, souvent d’origine étrangère.

Est-ce que le patronat de ces secteurs, est-ce que les donneurs d’ordre, souvent publics, est-ce que le gouvernement agissent pour changer les choses ? Pour organiser, en horaire, en salaire, en carrière, ces activités essentielles ? Pour permettre à ces employés de vivre de leur travail, de bien en vivre, et non pas d’en survivre ?

Non. Rien. Absolument rien. Avec un gâchis à la clé, un turn-over permanent, des personnes usées prématurément, des arrêts-maladie, des troubles musculo-squelettiques, des burn-out en série. Sur cette misère, les dirigeants économiques prospèrent, et les dirigeants politiques laissent faire.

Eux se plaignent, pourtant, que ces secteurs soient « en tension », avec des « pénuries de main-d’œuvre ». Leur solution, alors ? Maintenir la réserve disponible, aller chercher de nouvelles travailleuses ailleurs, au loin si besoin, « 3,9 millions de salariés étrangers » réclame le Medef, « des aides à domicile venant de l’Afrique subsaharienne » proposent les Ehpads privés.

C’est un choix. C’est un choix de société. Ce n’est pas le mien. Je veux statut et revenus, salaires, horaires, carrière, pour toutes les travailleuses, tous les travailleurs de France. Qu’ils soient français ou étrangers, avec ou sans papiers. Et non leur mise en concurrence avec la planète entière, dans l’industrie par les délocalisations, dans les services par l’importation d’une main-d’œuvre corvéable.

François Ruffin

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