PAC, comment faire marche arrière ?

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En commission, on a beaucoup cité Edgard Pisani, je l’ai entendu cité dans la bouche des rapporteurs, dans la bouche du Président de la commission. C’est le fondateur de la Politique Agricole Commune, il y a maintenant un peu plus de 50 ans. Il est présenté un peu partout comme l’artisan de la modernisation de l’agriculture française. Il aurait pu se contenter de ces louanges. Il aurait pu s’endormir couvert d’encens. Accepter que de son vivant soit construite une statue qui rende hommage à son ouvre.
 

« Comment fait-on marche arrière ? »

Il a effectué quelque chose de, à mon avis, plus courageux, en honnête homme, en intellectuel, qui refuse de se mentir à lui-même et qui, sur le seuil de son existence, vient tirer un bilan de son oeuvre politique. Et un bilan critique de son œuvre politique.
Il disait : « Je n’aurais pas imaginé que cette politique aille aussi loin et je me le reproche. J’ai été fasciné par les contraintes techniques des tracteurs. Je me reproche maintenant, honnêtement mais profondément, de ne pas avoir fixé une limite de remembrement« .
 
Il s’est mis à dénoncer les usines agricoles étrangères à leur milieu, indifférentes à leur environnement. Il se demandait comment il est possible de faire marche arrière. Il accusait le marché, qui est nécessaire comme mécanisme mais détestable comme loi, et invitait à bouleverser la Politique Agricole Commune et notamment à bouleverser le pilier 1, c’est-à-dire à ne plus faire reposer les aides sur, essentiellement, la production. C’est le fondateur de la Politique Agricole Commune, qui réclamait, pour elle même, une nouvelle direction. Que lui soit fixé un nouveau cap, de nouvelles finalités, puisque l’autosuffisance a été atteinte en France il y a à près de 40 ans. On ne peut plus se fixer la production, la production, la production comme objectif. Et il faut en finir sans doute aussi avec la mission exportatrice de l’agriculture française. Ça, c’est le chemin qu’a fait le fondateur de la Politique Agricole Commune.

Paquebot ivre

Mais la politique, elle, a continué comme avant. J’allais dire comme un bateau ivre, citant Rimbaud, mais on est plutôt comme un paquebot.
Qui peine à tourner.
Qui continue avec la force de l’inertie, à produire, produire, produire.
Avec l’obsession des marchés.
L’obsession de la libre concurrence.
Avec la fin des quotas laitiers. Tout dernièrement, la fin des quotas sur les betteraves.
Et une volonté de plonger l’agriculture française dans le libre échange.
 
Et ça, malgré l’urgence.
Malgré l’urgence sociale pour le monde agricole. Une exploitation sur deux, un agriculteur sur deux a disparu au cours des vingt dernières années. En Lorraine, le Président de la Chambre de l’Agriculture parlait ainsi de ce mécanisme de disparition de l’agriculture, cette hémorragie : « Elle se poursuit, elle n’est pas endiguée. » C’est bien à cette urgence sociale pour le monde agricole qu’il faut faire face et à une urgence écologique. Quand on sait qu’il y a eu la disparition de 75% des insectes volants en Europe depuis 30 ans, il ne s’agit pas seulement ici d’accuser l’agriculture, mais elle prend sa part dans cette disparition.

Soldats de Bruxelles

Dans Politique Agricole Commune, le premier mot c’est Politique. C’est à dire que c’est un choix commun que l’on doit faire. Ce sont des priorités que l’on se donne. C’est un capitaine qui se trouve dans le paquebot et qui ne se laisse pas guider par l’inertie. J’ai eu l’occasion de visiter la Commission Européenne, un véritable paquebot de verre et d’acier posé à la périphérie de Bruxelles. Et là, c’est le président d’une branche de la FNSEA, des fruits et légumes qui me disait qu’on avait là-bas les petits soldats de Milton Friedman
 
On a laissé cette politique agricole commune non pas entre les mains des politiques mais entre les mains de décideurs de techniques à Bruxelles. Cet agriculteur me disait : « On a vu des chefs de service. Le mec du lait nous avait dit : les quotas ce sera fini. Nous on n’y croyait pas mais là-bas il y a une armée de types calés sur Friedman, aucune régulation, la main invisible du marché ».
 
C’est bien ça dont il s’agit de sortir. C’est à dire qu’il faut conserver les budgets de la PAC, mais pour transformer la PAC profondément, pour la secouer, pour la bouleverser, pour en révolutionner les priorités, non plus la production à tout va, à tout prix social, à tout coût environnemental, mais pour la transition écologique. Sauver l’air, sauver l’eau, sauver la terre, sauver les vers de terre aussi, sauver les hannetons, sauver les hirondelles aussi. Il y a encore une étude qui démontre la disparition des hirondelles et pour moi c’est toujours, je me dis, la question qui devrait nous hanter, la seule question qui vaille : « Que laisserons nous à nos gamins ? ». C’est la seule question qui vaille et c’est pour cela que nous voterons pour cette résolution puisqu’elle réclame une inflexion vers une agriculture durable et qu’elle veut renforcer les circuits courts et ainsi de suite.
 
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