Eric Dupont-Moretti et le Chlordécone : à vous de juger

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« Avec le Chlordécone aux Antilles, je pose la question de savoir si certaines humanités comptent. » C'est Jean-Pascal Zadi, César du meilleur espoir pour Tout simplement noir, qui s'interrogeait ainsi lors de la cérémonie. Nous avons posé la question au ministre de la Justice. Eric Dupont-Moretti et le Chlordécone : à vous de juger.
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Monsieur Dupont-Moretti, et le Chlordécone ? J’attire votre attention, Monsieur le Ministre. En Guadeloupe et Martinique, c’est une molécule qui a été utilisée pour la culture de la banane. Un poison qui s’est répandu sur les îles pendant des décennies. Le résultat, c’est que la terre est pourrie.

Chlordécone : scandale sanitaire et judicaire

D’après l’Inserm, la disparition serait effective dans cinq siècles. Les corps sont aussi touchés puisque le chlordécone a contaminé 90% de la population antillaise. C’est un cancérigène qui augmente notamment les risques de développer des cancers de la prostate. C’est le premier scandale, il est sanitaire.

Mais il y a un deuxième scandale qui vous concerne directement, Monsieur le Ministre, puisqu’il est judiciaire.

Chlordécone : une sous-justice pour des sous-citoyens ?

En 2006, plusieurs associations guadeloupéennes et martiniquaises ont déposé plainte pour mise en danger de la vie d’autrui et empoisonnement. Que fait la justice depuis 14 ans ? Rien. Pas grand-chose. Et du coup, les juges d’instruction sont en train de dire maintenant : « Bon, en fait, il va y avoir prescription. » D’où des manifestations qui se déroulent en ce moment aux Antilles.

D’autant que les associations ont appris que des preuves avaient disparu, que le dossier risque de mourir du fait de la prescription, alors que ça traîne depuis 14 ans, qu’il y a des rapports de la DGCCRF, de la concurrence répression des fraudes qui n’ont pas été pris en compte et donc est-ce que Monsieur le Ministre, vous allez laisser mourir ce dossier du chlordécone qui agite aujourd’hui les Antilles ?

Eric Dupont-Moretti et le chlordécone : « Pas le désir de s’exprimer »

Eric Dupont-Moretti : Ce sont des façons d’utiliser au fond les victimes et l’ère victimaire à des fins politiciennes. Il y a là quelque-chose d’assez désagréable. Voyez-vous, vous n’avez pas le monopole de l’émotion. Vous n’êtes pas le seul à vous préoccuper de ces territoires, de cette pollution. Et ça suffit.

Cette présentation qui utilise le malheur des autres au fond, pour vous présenter comme un espèce de chevalier blanc, gardien autoproclamé de la morale publique et des misères du monde. Ces techniques. Je vais vous dire, ce sont des techniques de mauvais procureurs. Voyez-vous, je les connais par coeur. Monsieur Ruffin, vous n’allez pas m’apprendre la mécanique, ni même la rhétorique.

On part d’une situation gravissime, on s’y arrête et on dit à l’autre : « Mais que faites-vous ? » alors que vous savez parfaitement que je ne peux même pas intervenir dans une affaire en cours, que je n’en ai ni le désir ni la possibilité, que je ne peux même pas la commenter ?

Et vous passez pour celui qui s’occupe des situations tragiques et qui regarde le Garde des sceaux comme une espèce de personnage qui n’aurait au fond pas de coeur et qui ne serait pas troublé par ce que vous venez de dénoncer. C’est honteux comme procédé.

Parler de « Ruffin » plutôt que du Chlordécone

François Ruffin : Il y a une immense disproportion, Monsieur le Ministre, entre ma simple question, sur factuellement la prescription, le fonctionnement de la justice ou ses dysfonctionnements aux Antilles, en Guadeloupe et en Martinique, sur la disparition des pièces du dossier, sur la non-prise en compte d’un rapport de la répression des fraudes.

Oui, je répète ma question, Monsieur le Ministre, parce que vous n’y répondez absolument pas. Qu’est-ce que vous avez à dire sur ce dysfonctionnement de la justice ou sur les dysfonctionnements de la justice en général ?

Quand, pour des affaires type gilet jaune, on peut juger les gens en 48 heures et quand sur une pollution majeure depuis 15 ans, qui a duré des décennies, un dossier ouvert depuis 15 ans, qu’est-ce qu’un ministre de la Justice a à dire sur cette pollution environnementale ?

Manifestement, il n’a rien à dire, mais moi je vous insulte pas. Je vous pose une question et je vois que vous ne répondez pas. Comment vous expliquez, Monsieur le Ministre, qu’au bout de 15 ans, le dossier ne soit pas en état ? Il est naturel que je me fasse le relai des populations qui manifestent aujourd’hui en Guadeloupe et en Martinique parce qu’elles sont mécontentes du fonctionnement de la justice et je m’en fais le relai dans cette Assemblée et c’est mon rôle.

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