Secouer l’Assemblée !

ruffin maillot

Selon le site nodeputes.fr, je suis l’un des députés les plus actifs (plus de 300 interventions en hémicycle). Avec un fil conducteur : moins pour l’argent, plus pour les gens ! Plus pour les hôpitaux, plus pour les petits clubs de foot, plus pour les femmes de ménage…

Hôpital : « Sortez le carnet de chèques ! »

M. le président : La parole est à M. François Ruffin, pour le groupe La France insoumise.
M. François Ruffin : Durant les vacances de Noël, la mère d’une amie, âgée de 90 ans, est tombée chez elle. Les pompiers l’ont conduite à l’hôpital d’Amiens, au service gériatrie. Dès son arrivée, les soignantes l’ont prévenue : « Nous ne sommes que trois pour trente patients. Nous n’aurons pas le temps de nous occuper de vous. » Cette promesse a été tenue. Durant son séjour, son plateau-repas lui fut servi mais, sans aide, l’assiette demeurait intacte devant elle. Le bassin pour ses besoins fut longuement oublié sous ses fesses. Lorsqu’elle eut soif, on estima qu’elle avait assez bu comme ça.
Un député du groupe En Marche : Quand finirez-vous les effets de théâtre ?
M. François Ruffin : Souvent, cette vieille femme pleurait. Mais elle n’était pas la seule : les soignantes, elles aussi, pleuraient. Au fil de la semaine, elles se confièrent à mon amie : « Cet après-midi, nous avons eu une réunion de service. On a dit à notre chef qu’on n’en pouvait plus, qu’on faisait mal notre travail, que les patients étaient mal soignés. Ils nous répondent plan de retour à l’équilibre. On pleure et ils nous parlent budget ! »

(« Arrêtez ! » sur les bancs du groupe En Marche. — « Il a raison ! » sur les bancs du groupe Insoumis.)

 

 

M. François Ruffin : Madame la ministre des solidarités et de la santé, c’est une scène ordinaire des hôpitaux et des Ehpad français. Partout, à Paris, à Bordeaux, à Marseille, à Strasbourg, les hôpitaux craquent. Les médecins s’alarment. Qu’avez-vous à leur offrir ? De la compassion, ça oui, vous en avez, et, je l’admets, cela vaut mieux que le mépris. Mais que prévoit, concrètement, votre budget de la Sécurité sociale ? Zéro création de poste et 1,6 milliard d’économies, alors que, rappelons-le, il faut toujours le rappeler, et nous comptons bien vous le rappeler durant cinq années, cet automne, vous avez trouvé cinq milliards en toute urgence. Mais c’était pour les riches, afin de supprimer leur impôt sur la fortune. (Applaudissements sur les bancs des groupes Insoumis et communistes. Exclamations sur les bancs du groupe En Marche !) Pour les pauvres, c’est toujours en millions, pour les riches, en milliards. Alors, madame Buzyn, nous vous le demandons : délaissez un instant les belles paroles. Ne me répondez même pas, pas un mot, pas une phrase, je n’en serai pas outré. Faites simplement un geste : sortez le carnet de chèques pour les patients de ce pays.

(Applaudissements sur les bancs des groupes Insoumis, socialistes et communistes. Exclamations sur les bancs des groupes En Marche ! et Républicains.)

Mais la ministre n’a délaissé à aucun instant ses belles paroles : elle a déclaré que c’était une « situation ancienne », qu’elle allait « apporter une réponse de long terme », qu’elle « réfléchissait à une transformation de notre système de santé visant à le rendre pérenne et efficient », etc. etc.

 

 

Ode aux bénévoles

Pour faire avancer des idées qui me paraissent justes, je n’hésite pas à m’associer à d’autres groupes parlementaires. À Richard Ramos, par exemple, centriste, pour que les grands groupes publient leurs comptes. Ou à Michel Zumkeller, de droite, pour que les gros clubs de foot versent une taxe aux petits. C’est à cette occasion que, à la tribune de l’hémicycle, j’ai enfilé le maillot de l’Olympique eaucourtois…

M. François Ruffin : Madame la ministre, vous êtes la ministre des Sports, mais vous ne nous avez parlé que de « compétitivité », de « parts de marché », d’« attractivité », avec un raisonnement de trader. Je voudrais vous en parler autrement, humainement. […] Dans cette société où tout se marchande, où les services se vendent et s’achètent, où le businessman fait figure d’homme nouveau, où le profit aveugle guide le monde et nous conduit vers l’abîme, ils sont là, une dizaine à Eaucourt, mais autant à Ribemont, à Amiens Nord, à Agen, à Fécamp, à Bruay, à Aulnay, qu’ils se prénomment Franck, Mohammed ou Florence, dans le foot, le hand, la gymnastique, le judo, le twirling bâton, ils sont des dizaines de milliers à travers le pays à servir à la buvette, à préparer des paellas, à laver, plier, ranger les maillots. Et tous ces efforts, pour pas un rond ! Pourquoi, d’ailleurs ? Pour des raisons assez floues, pas calculables. Pour les gamins. Pour être ensemble aussi. Pour tenir à bout de bras des petits clubs et pour que les villages ou les quartiers existent à travers eux. Une résistance à l’argent roi, plus massive, plus quotidienne et plus souterraine que les manifs avec banderoles.

 

 

Service ou servitude ?

Le jeudi 8 mars, je profitais de la journée pour les droits des femmes et d’une proposition de loi communiste pour interpeller sur la situation des femmes de ménage de l’Assemblée :

M. François Ruffin : Au fil des décennies, à travers le pays, des milliers de femmes, à vrai dire des centaines de milliers de femmes, ont été poussées vers la précarité, vers des horaires coupés, vers des paies au rabais. Ça vaut pour le ménage, mais au-delà aussi. Ça marche pareil pour les AVS, auxiliaires de vie sociale et auxiliaires de vie scolaire, pour les assistantes maternelles, pour les emplois à domicile en tous genres. Pour toutes celles, des femmes le plus souvent, qui s’occupent de nos enfants, des personnes âgées ou handicapées. Vous savez, j’entends volontiers parler, dans cet hémicycle et ailleurs, d’une « société de service », et chaque fois ça nous est vanté avec gourmandise, comme une promesse de bonheur. Forcément, nous sommes du côté des servis. Servis ici, à l’Assemblée, et aux petits oignons. Servis dans les hôtels. Servis dans les supérettes. Servis jusque chez nous par des nounous. Méfions-nous. Méfions-nous que cette société de service ne soit pas une société de servitude, avec le retour des serfs et des servantes, des bonniches, mais sous un nouveau visage, sous un autre nom, plus moderne, plus acceptable, et qui nous laisse à nous, la conscience en paix. Avec, en prime, en plus de la chemise repassée, de la moquette aspirée, des Chèques Emploi Service défiscalisés. Notre confort est assis sur cette main d’oeuvre bon marché.

 

François Ruffin

François Ruffin

Né à Calais, j'ai grandi à Amiens. J'y ai fondé le journal Fakir, puis réalisé le film Merci patron !. Élu sous l'étiquette Picardie debout ! (FI, PCF, EELV, Ensemble), je continue à jouer tous les dimanches en vétéran avec l'Olympique amiénois et à m'occuper de mes deux enfants, de 5 et 8 ans, en garde alternée.

Rejoignez-nous !

Je ne vous promets pas la lune, mais face aux puissants, je m’engage à ça : ne pas courber l’échine, me tenir droit.

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Une réponse à “Secouer l’Assemblée !”

  1. marie-noelle dufrenois 9 octobre 2018 à 21:15

    Il faudrait établir un smic salaire maximum comme il existe le smic salaire minimum,il devrait y avoir une tranche « salaire décent » entre mini et maxi, une sorte de tranche équillibrée où tout le monde y trouverait son compte, un compromis entre travail et besoin.
    Au cours d’une discussion j’avais émis l’idée que l’on devrait revoir à la baisse le salaire des « salariés » du gouvernement (le président est-il un salarié?????) ainsi que l’abolition de certains privilèges. Quelle ne fût pas a surprise d’entendre cette réflexion qui m’a assommée d’un seul coup, que personne ne voudrait se présenter aux élections ?
    A mon idée bien au contraire, ceux qui se présenteraient ne le feraient pas pour occuper un poste très lucratif avec tous les privilèges associés mais bien par amour de leur pays et pour faire valoir des idées par amour des responsabilités qui leur incombent, ce serait bien là une mesure de nettoyage parfaite du gouvernement et de ses dérives.
    La France est mal gérée depuis des dizaines d’années par des gouvernements sans compétence qui nous coûtent trop cher.
    Mais le peuple mûrit et prend conscience, peut-être est-il arrivé le moment d’agir ensemble.

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