Prison, hosto, même combat ?

Il faut expliquer, encore, ce paradoxe : comment se fait-il que les citoyens soient taxés et bien taxés, mais qu’en retour pour la prison, comme pour l’hôpital, la justice, l’école, les services publics se dessèchent ?

« Avec les Jeux Olympiques, la police est débarrassée des extractions, pour qu’elle puisse se concentrer sur ses missions. Du coup, c’est nous qui avons récupéré les allers-retours en fourgon entre la prison et l’hôpital, le palais de justice, etc. Et on sort avec quoi ? Un gilet pare-balles et des menottes. On manque de moyens. »

Devant la maison d’arrêt de Queuleu, à côté de Metz, les surveillants ont installé barnum et pneus qui flambent : une « journée de deuil » après l’assassinat, hier, dans l’Eure, de leurs collègues Arnaud Garcia et Fabrice Moello.

Le désarroi qui se dit ici ressemble tellement à l’hôpital ! Car, au fond, « maton » devrait être un métier de lien. Sauf que, ici comme ailleurs, « on n’a pas le temps » :

« On a un boulot de porte-clefs : j’ouvre et je ferme des portes. Alors que notre but, en théorie, c’est la réinsertion. Faudrait qu’on puisse parler avec les détenus, on est formés à ça…
– Mais vous le faites pas ?
– Pas du tout ! Alors qu’on peut éviter plein de problèmes avec la parole. Rien qu’un petit échange, quand le mec revient du parloir, dépité… Si on ne les écoute pas, comment ils se font entendre ? C’est pas des boîtes de conserve qu’on gère.
– Les ministres ont signé des papiers, comme quoi on serait désormais des ‘surveillants-acteurs’, qu’on nous placerait au centre, qu’on ferait des entretiens avec les détenus, etc. Mais comment on ferait ? Ici, il nous manque trente agents. On devrait être trois pour cent prisonniers, on est deux, voire un. Et je me suis déjà retrouvé tout seul avec trois étages, trois cents gars… On fait les douches, la bouffe, le reste… »

La Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté alertait déjà, en 2022, sur la « détresse » au travail des agents pénitenciers, alors que « la norme d’un surveillant pour 50 détenus a, depuis longtemps, explosé, passant en maison d’arrêt à un pour 100, voire 150. »

C’est la même chose, à peu près, qu’on entend à l’hôpital ou à l’Ehpad – avec plus de compassion, bien sûr, pour les malades ou les personnes âgées. Et comme à l’hôpital, comme à l’Ehpad, ce sont les « rappels » de dernière minute : « J’avais un week-end avec mon gamin. Et vendredi dernier, ils m’ont prévenu : ‘Il faut que tu reviennes demain.’ Il fallait tout annuler. » Ce sont les heures sups qui s’accumulent : « J’ai plus de 600 heures d’avance, mais ils ne les paient », et l’usure des corps, des esprits, qui s’accroît : « les horaires, c’est devenu un stress. » Ce sont les malades mentaux qui atterrissent ici par paquets : « On n’est pas des infirmiers psys, on n’est pas préparés à ça. »

Mais alors, à quoi servent nos impôts ?

Il faut expliquer, à nouveau, ce paradoxe : comment se fait-il que, en France, les citoyens soient taxés et bien taxés, en effet, mais qu’en retour pour la prison, comme pour l’hôpital, comme pour la justice, comme pour l’école, les services publics se dessèchent ?

C’est que le premier budget de l’Etat, ce sont désormais les aides aux entreprises. Qui sont droguées, camées, aux subventions : plus de 160 milliards d’€. Mais au-delà, la prime d’activité, c’est une subvention des salaires. L’agriculture vit elle aussi sous subventions. Sans compter les niches fiscales, les crédits d’impôts, etc.

Pourquoi ? C’est que notre industrie, nos fermes, bref, notre économie n’est pas « compétitive » avec la Chine, l’Inde, la Bulgarie, la Roumanie. Aussi, libre-échange oblige, nous compensons par cet arrosage d’aides publiques, pour maintenir à flots – et pour que les firmes puissent enregistrer des profits colossaux et redistribuer des dividendes.

Du coup, d’une part, ces dépenses creusent des déficits records. D’autre part, il reste trop peu pour consolider, renforcer, les missions supposées majeures de l’Etat : protéger, éduquer, soigner. Et sur quoi Bruno Le Maire envisage-t-il de rogner ? De gratter vingt milliards ? Pas sur les subventions. Mais sur les services publics.

C’est de cette spirale dont il s’agit de sortir. Nous ne prétendons pas que ce soit simple : on s’est enlisés, enkystés, dans ce fonctionnement, depuis des décennies, et en accéléré ces derniers temps. Rien de simple, donc. Mais sur les deux mille dispositifs d’aides aux entreprises, tout de même, on pourrait élaguer. On pourrait, non plus arroser à l’aveugle, mais cibler. On pourrait, pour les niches fiscales, opérer un sérieux tri. On pourrait retrouver un Etat qui ne se disperse pas, mais qui se renforce, qui retrouve ses piliers et qui stabilise la société.

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