Après la « prime Gilets jaunes », la prime « blouses blanches »…

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240 services d'urgence en grève, des manifestations, des "grève du codage", 1000 praticiens qui menacent de démissionner. Toutes ces luttes, ils ne les ont pas menées pour une prime de 1500 euros. Mais pour sauver ce qui nous sauve aujourd'hui.

A Saint-Romains comme à Amiens, pour se fabriquer des sur-blouses de fortune, c’est la course aux sacs-poubelles. Des ateliers de bénévoles découpent et cousent, à leur domicile, du polyester récupéré (entre autres) chez Gamm’Vert. Les masques sont toujours délivrés au compte-goutte, et pas les FFP2 espérés. Dans les hôpitaux, on surveille les stocks de tout, de crème hydratante, de combinaison, de médicaments.

A défaut de budget, sur Leetchi, les « cagnottes solidaires » fleurissent : « ‘Tous ensemble contre le virus’ a pour vocation d’aider les soignants, et tout le personnel du CHU de Bordeaux. » Patrick Drahi, lui aussi, était solidaire, et SFR m’adresse ce message : « COVID-19 : AIDONS NOS SOIGNANTS. Apportez votre soutien à la fondation Hopitaux de Paris-Hopitaux de France et donnez 5€, en répondant DON à ce SMS. »

Et donc, dans ce bazar, le président de la République accorde une prime de 1 500 €. C’est une façon de patron, de bon patron je veux bien même, qui récompense, qui offre une carotte à la fin du mois. Ce n’est pas une gestion de l’État, de la santé publique : quoi sur la valorisation, pour de bon, du métier d’aide-soignant demain ? Quoi sur les conditions de travail, éviter le surmenage, alors qu’un tiers des infirmiers quittent la profession avant cinq ans ? Quoi, quel plan d’embauches, quels investissements ?

« L’engagement que je prends ce soir pour eux et pour la nation toute entière, déclarait Emmanuel Macron à Mulhouse, c’est qu’à l’issue de cette crise un plan massif d’investissement sera construit pour notre hôpital. »

Mais pourquoi attendre ? Pourquoi attendre « l’issue de cette crise » ? Pour les entreprises, le gouvernement a rectifié son budget en urgence : 45 milliards débloqués, 300 milliards de prêts garantis par l’Etat. Pourquoi pas, je suis pour même.

Mais pour l’hôpital, rien. Sur LCI, Bruno Le Maire était interrogé : « Est-ce qu’on va débloquer les milliards dont l’hôpital a besoin ? Est-ce qu’on va arrêter de lésiner, Monsieur le ministre, sur les moyens de l’Hôpital ? » La question était claire. La réponse l’était moins : « Je suis plein d’admiration pour les soignants, plein de reconnaissance », ils se refilaient le mot, côté sentiments pas de souci, « et si cette reconnaissance doit se traduire par du soutien financier parce qu’à un moment donné il y en aurait besoin, croyez-moi, l’Etat répondra présent ». Comme c’était énoncé avec précaution ! Avec un « si » ! Avec du conditionnel ! Et au futur ! Alors que, pour aider la French Tech, le gouvernement débloquait rapido quatre milliards d’euros : « Versement anticipé d’aide ou de crédit d’impôt, résumait L’Usine digitale, financement de bridges et prêt de trésorerie garanti par l’Etat : le gouvernement a annoncé un fonds de 4 milliards d’euros pour venir en aide aux start-up en raison de la crise économique liée à la pandémie de coronavirus. » Sans « si », sans conditionnel, et au présent…

Le « plan massif » annoncé, sa première ébauche sortie des cartons, ou plutôt de la Caisse des dépôts et consignations, ne rompt guère avec l’orthodoxie : des « partenariats public-privé » vantés, « sept cents start-ups » privées qui feraient la « santé numérique » de demain, des assureurs privés qui soutiennent l’ « Alliance digitale pour le Covid-19 » composée de « Docaposte, la start-up lilloise Kelindi, l’agence Dernier cri, Allianz France et le cabinet d’avocats De Gaulle Fleuranz et associés », « le consortium est soutenu pa AG2R La Mondiale, AstraZeneca, CompuGroup Medical, Johnson & Johnson, La Banque postale assurances, Malakoff Humanis, la plateforme de télécommunication MesDocteurs et le groupe VYV. » Autant de gens qui souhaitent, sans doute, le plus grand bien à l’hôpital public…

Pour mémoire :
Faute d’ « argent magique », au printemps 2019, 240 services d’urgence se sont mis en grève (symbolique, le travail continuait).
En vain.
En juin, durant une manifestation, des soignants se sont injectés de l’insuline.
En vain.
En novembre, les médecins lançaient une « grève du codage » : les données ne seraient plus transmises à l’Assurance maladie.
En vain.
En décembre, le professeur Hugot et ses collègues pédiatres lançaient un cri d’alarme : « Les enfants sont mis en danger par l’insuffisance des moyens », et de décrire le jeu des couveuses musicales : « Avec l’épidémie de bronchiolite, faute de lits à Paris, on envoie des nourrissons à Amiens, à Reims, à Rouen, loin de leurs parents. »
En vain.
En janvier 2020, plus de mille praticiens hospitaliers menaçaient de « démissionner collectivement » de leurs fonctions administratives.
En vain.

Toutes ces luttes, les médecins, les infirmiers, les soignants, ne les ont pas menées pour une prime de 1 500 €. Mais pour sauver ce qui nous sauve aujourd’hui.

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