Siham, infirmière : « On ne voulait plus rentrer chez nous avec la honte »

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"Juste, on ne voulait plus rentrer chez nous avec la honte, en se disant qu'on fait un travail de merde, juste pour nourrir les enfants." En revenant de la manif des soignants...

« Sur les fruits, on était rationnés, c’était zéro fruit pour les résidents. C’est à cause de ça, d’ailleurs, qu’ils m’ont collé un avertissement. Parce que j’avais conseillé aux familles : ‘Ecrivez à la direction pour demander des fruits.’ A cause de ça, ils m’ont punie avec une mise à pied. »

Croisée à la manif des soignants à Paris, Siham était infirmière en Ehpad.

« C’était un seul gâteau par jour, un seul jus d’orange… C’est pour ça, nous, quand on a fait grève, le salaire, ça n’était pas la priorité. Juste, on ne voulait plus rentrer chez nous avec la honte, en se disant qu’on fait un travail de merde, juste pour nourrir les enfants…
– Vous voyez, je commente, sur les tracts, on va réclamer pour les salaires, pour des moyens, pour des statuts, et il le faut. Mais je crois qu’il y a un truc pire, au cœur des travailleurs : c’est le sentiment de mal faire leur travail.
– Exactement.
– Et il y a une revendication presque plus spirituelle, mais plus massive aussi : c’est de pouvoir en éprouver de la fierté, alors que là vous parlez de honte.
– Tout à fait, absolument. »

Aux mines alentours, qui s’éclairent, aux visages qui opinent, tout de suite, vous le voyez quand vos mots touchent juste.

« Je pense que ce volet-là aussi du travail doit être dit, pris en charge par les syndicats…
– C’est vrai, mais on n’a pas les mots… Ca ne paraît pas sérieux, si on ne vient pas d’abord avec des chiffres.
– Et même, dans notre mouvement, l’inspectrice nous a dit de marquer les salaires, quand même, dans les revendications, sinon ce serait illégal.

Ca a duré quatre mois et demi la grève. On était sept petites mains, assises dans le froid, autour d’un brasero. Heureusement, il y a eu la CGT, les gars de l’hôpital à côté sont venus nous soutenir. Le cinéma a passé votre film, aussi. Ils nous ont invitées, on a causé, une caisse de grève a tourné… ça nous a permis de manger pendant trois semaines ! Vous voyez, au milieu de votre documentaire, y a une femme de ménage qui n’ose pas sortir de votre bureau, qui se demande si le chef est là… eh bien, c’était nous ! On vivait dans la peur !

On s’en est sortis parce que Macron est venu dans l’entre-deux tours de la présidentielle, je l’ai accosté sur le marché, sans l’étiquette CGT et tout et tout. Le lendemain, le préfet convoquait une réunion tripartite, que jusqu’alors on n’obtenait pas, avec Etat, salariés, direction. Et on a finalement obtenu nos ruptures conventionnelles, qu’on puisse au moins sortir de là. »

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