Ecopla : le courrier de Christophe et Karine

Christophe et Karine, anciens salariés de l'usine Ecopla, nous ont adressé un témoignage de sympathie : "Tous, au coude à coude, nous avons fait de notre mieux, avec loyauté, avec fraternité. Nous nous sommes bien battus, nous avons espéré. Et plutôt que de critiquer les lutteurs, mieux vaudrait, par exemple, incriminer le statut des tribunaux de commerce, entièrement aux mains des patrons, et pour qui les salariés sont la cinquième roue de l’entreprise. Ou la nullité, la duperie, des ministères de l’Economie Macron et Sapin, qui nous ont ignorés puis bernés."
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Je me présente : Christophe Chevalier, ancien salarié et délégué CGT d’Ecopla.

Je suis passé à autre chose, à une autre vie. Et Ecopla demeure, pour moi, une cicatrice, que je voudrais refermer, oublier. L’évoquer ravive une douleur. Mais j’écris ces lignes aujourd’hui car, depuis quelques semaines, je lis sur les réseaux sociaux des messages qui relèvent du pur mensonge : sur « l’accord secret entre Ruffin et Macron », etc.

Fin août 2016, à notre demande, François Ruffin (qui n’était alors que journaliste) nous a rendus visite sur notre site à Saint-Vincent-de-Mercuze (Isère). Pillé par un patron-voyou, face à un ministre (Macron) qui ne faisait rien, face à un tribunal de commerce pourri, nous allions disparaître dans l’indifférence.

François a d’abord rédigé, dans Fakir, un dossier très complet sur notre histoire : « Ecopla. Macron m’a tuer. » Puis il nous a conseillé de ne pas rester dans notre vallée, de monter à Paris, seule manière d’après lui de se faire entendre. Nous avons alors pris un car pour la Fête de l’Huma, puis le lundi matin devant le ministère de l’Economie (de mémoire), et le lundi après-midi devant le QG d’En Marche à la tour Montparnasse. Comme nous squattions devant, comme ça attirait des journalistes, Macron nous a reçus.

Une dizaine de personnes sont montés, dont des salariés d’Ecopla, une cadre du mouvement coopératif (nous luttions pour monter une Scop), une journaliste d’une radio parisienne, des amis de Fakir, dont François. Nous avons déballé notre sac à l’ancien ministre. Macron s’est excusé, comme quoi il avait « merdé » sur le dossier, que c’était sa « responsabilité ». C’est là que François est intervenu : « Faut pas le dire à huis clos, ça, mais sur la place publique. »

Nous sommes sortis, et le soir même, nous avons attendu Macron à la sortie d’un de ses meetings avec des jeunes. C’est moi qui l’ai interpelé, devant les caméras et les micros, et je peux vous assurer que ni son staff ni lui-même n’avaient prévu ça.

A partir de là, notre bataille a été médiatisée. Le Conseil régional, les élus, les partis, se sont penchés sur notre cas. Ecopla est devenu le symbole d’une France qui laisse fermer son industrie. Avec François, avec les amis de Fakir, avec la CGT-métallurgie, etc., nous avons encore mené plein d’actions, à l’occasion des audiences au tribunal, ou une tournée des QG de campagne, une formidable AG à la Bourse du Travail. Nous avons même envisagé d’occuper l’usine, une idée finalement abandonnée, redoutant la répression. Tout cela n’a pas suffi. A notre projet de Scop, le tribunal a préféré l’offre de notre concurrent Italien, qui a fermé l’usine.

Est-ce notre faute ? Celle des salariés ? Celle de François ? Nous tous, au coude à coude, nous avons fait de notre mieux, avec loyauté, avec fraternité. Nous nous sommes bien battus, nous avons espéré. Et plutôt que de critiquer les lutteurs, mieux vaudrait, par exemple, incriminer le statut des tribunaux de commerce, entièrement aux mains des patrons, et pour qui les salariés sont la cinquième roue de l’entreprise. Ou la nullité, la duperie, des ministères de l’Economie Macron et Sapin, qui nous ont ignorés puis bernés.

Bref, j’espère avoir rétabli quelques vérités : il n’y avait aucun « accord secret entre Ruffin et Macron ». Cette rencontre ne s’est pas déroulée « dans notre dos ». Et c’est encore moins « à cause de Ruffin » qu’on serait licenciés.

Avec ma collègue Karine, au moment de jeter l’éponge, nous avons envoyé un communiqué qui se terminait ainsi : « C’était une lutte honorable, juste et légitime. Nous nous sommes engagés corps et âmes, nous avons rencontré des femmes et des hommes inoubliables, vécu des moments forts, avons dépassé nos limites ; nous en sortons grandis et fiers ! » François fait partie, avec d’autres, parmi d’autres, de ces hommes engagés corps et âme à nos côtés.

Mes meilleurs vœux vont à toutes celles, et tous ceux, qui auront à traversé cette épreuve. Et à celles, et à ceux, qui lutteront à leurs côtés.

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