Contre le dégoût : rouvrir l’horizon !

C’est un « ça suffit ! » qui monte dans le pays.

Ne pas vivre de son travail, quand on se lève tôt le matin, éboueur, chauffeur de bus, auxiliaire de vie, ça suffit !

Les milliardaires qui paient moins d’impôts que leur secrétaire, ou que les infirmières, ça suffit !

Qu’on prenne aux salariés deux années, et puis deux jours fériés, ça suffit !

Macron, bien sûr, ça suffit ! Macron en Robin des bois à l’envers, qui prend aux pauvres pour donner aux riches, ça suffit ! Macron-Jupiter qui se croit tout-puissant, qui n’écoute rien, qui décide tout seul, qui aligne ses alliés ou ses chouchoux à Matignon, ça suffit !

Lecornu, à peine arrivé, ça suffit ! Le seul, le seul ministre qui a fait partie de tous les gouvernements, tous, depuis huit ans, l’homme qui avec le président doit endosser tout le bilan, comment mieux signifier que « le changement, c’est surtout pas pour maintenant ! »

Du dégoût

Mais au-delà, au-delà de la colère. Au-delà, je ressens et j’éprouve du dégoût. Du dégoût pour nous. Du dégoût pour tout ce cirque, politique, médiatique. Du dégoût pour le petit jeu du petit milieu, qui tourne en rond avec « démission dissolution destitution », les noms, les prénoms, les ambitions pour Matignon. Du dégoût pour cette popotte de la popol : quand s’occupe-t-on de la France et des Français ? Jamais. Quand parle-t-on logement, éducation, santé, des loyers trop élevés, des médecins qu’ils peinent à trouver ? Notre industrie s’affaisse encore, a glissé sous les 10 % du PIB, et alors ? Sur les plateaux télés, c’est pas le sujet, mais Lecornu, Retailleau, Bardella, etc. Notre diplomatie est à la traîne de l’Union européenne, d’une Ursula von der Leyen qui se tait sur Gaza, qui signe le Mercosur, qui s’humilie devant les USA ? Mais le débat n’est pas là, pas sur comment on va relever tout ça.

Nous pataugeons dans la boue, dans la gadoue, et j’éprouve pour moi-même du dégoût. D’en être, malgré tout. Du petit milieu. De me prêter au jeu.

L’avenir se rétrécit, s’assombrit, le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle, avec cette inquiétude, devenue une certitude : « Nous vivons moins bien que nos parents, et ce sera pire pour nos enfants ».

Ce qu’il faut, ce qu’il faudrait, c’est rouvrir un horizon, le dessiner avec les Français. Ce qu’il faut, ce qu’il faudrait, c’est soulever le couvercle, y apporter de l’air, de l’imaginaire. Ce qu’il faut, ce qu’il faudrait, c’est montrer les compétences, les intelligences, c’est Ingrid qui ouvre sa guinguette pour les retraités, c’est Arnaud qui met en œuvre le « BAFA solidaire » dans sa commune, c’est la cantine d’Alizay qui divise par six ses déchets, des bonnes volontés, de la générosité, partout présentes, et pourtant partout isolées. Ce qu’il faut, ce qu’il faudrait, c’est parler aux Français, avec les Français, de notre grand et beau pays, la France, de notre avenir commun, des défis à relever, démographique, climatique, de tout ce que nous avons à faire ensemble.

Comme disait Saint-Exupéry, non pas se regarder l’un l’autre, mais regarder dans la même direction. Vers le même horizon.

François Ruffin

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