De quoi le 49-3 est-il le nom ?

Elisabeth Borne a donc, sans surprise, dégainé le 49.3. Contre une majorité qui s’est trouvé, de bric et de broc, pour voter la fin de l’Exit tax, la demi-part fiscale pour les veuves d’anciens combattants, un crédit d’impôt pour les personnes âgées hébergées en Ehpad...

Elisabeth Borne a donc, sans surprise, dégainé le 49.3. Contre quoi ? Contre une majorité qui s’est trouvé, de bric et de broc, dans l’Assemblée, dans la diversité, pour voter la fin de l’Exit tax. Pour voter la demi-part fiscale pour les veuves d’anciens combattants. Pour voter un crédit d’impôt pour les personnes âgées hébergées en Ehpad. Pour voter les frais kilométriques des bénévoles. Pour voter, surtout, initiée par les centristes du Modem, une taxe sur les super-dividendes.

C’était, sur tous ces amendements, une majorité de bon sens.

Je dirais même : une majorité de décence, à l’heure où les dirigeants se gavent en haut (rémunérations des PDG doublées l’an dernier, bénéfices monstres pour le Cac 40, dividendes records, etc.), tandis que l’on se rationne en bas (salaires qui ne suivent pas l’inflation, un habitant sur quatre qui se restreint sur son assiette).

Pour une fois, la majorité dans l’Assemblée reflétait une majorité dans le pays : 59 % des Français sont favorables à la taxation des superprofits (22 % contre). Et cette mesure est transpartisane : c’est 63 % chez les électeurs macronistes, 54 % chez les Républicains. Et c’est là que le fait parlementaire, qui paraît anecdotique, ce 49.3 sur le budget, devient un fait social, profond, qui ne se limite pas aux travées de l’hémicycle : Emmanuel Macron gouverne sans la majorité dans la nation. Et même, contre la majorité dans la nation.

Comme le dit François Bayrou, « le pays a besoin de justice, de signes de justice ». Ces taxes n’étaient que « symboliques » avoue-t-il : elles allaient rapporter quelques centaines de millions d’euros (contre les dizaines de milliards à récupérer). Mais la symbolique, c’est aussi de la politique, la justice, le sentiment d’une justice, passe aussi par des gestes. Et cette symbolique, pour minime qu’elle soit, ouvrait une brèche, un chemin pour demain : oui, quand 62 % des dividendes, les deux tiers des 44 milliards d’euros du Cac 40, vont non pas aux 10 % des foyers les plus aisés, non pas aux 1 %, mais aux 0,1 % ! Gigantesque pactole ! Oui, il y a besoin, alors, de taxer ces nouveaux seigneurs.

Cette symbolique, donc, cette justice minimale, les Marcheurs ne la tolèrent pas. L’injustice sera pleinement rétablie par 49.3. Ils agissent en fanatiques de la finance, en extrémistes de l’argent roi, pour que les privilèges de ces 0,1 %, soient pleinement maintenus. De même qu’ils n’ont rien fait, rien, pour relever les salaires des nouveaux serfs, les agents d’entretien, les caristes, les manutentionnaires, les travailleurs de la deuxième ligne, dont les revenus sont rognés par l’inflation, « modérés » depuis quand ans, quand le capital ne se modère aucunement.

Les députés macronistes croiront gagner, sans doute, pour un temps. Mais qu’installent-ils dans les cœurs ? Du dégoût, de l’écœurement, du ressentiment. C’est le rejet de la « démocratie » quand, aussi effrontément, les gouvernements dirigent sans le peuple, contre le peuple.

Et le pire est à venir.
Le pire, c’est les retraites.

Je le redis : ce sera une folie, alors, une folie, de repousser l’âge de départ contre 72 % des Français. Une folie, dans la durée, contre la démocratie.

Emmanuel Macron n’a pas, aujourd’hui, la majorité.
Mais avouons-le : il n’y a pas, aujourd’hui, de majorité.

Voilà qui réclame, du coup, pour la France, de la sagesse, du doigté, de l’apaisement. Et non ce jusqu’auboutisme des marchés, imposé par la force.

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