Cette fois c’est décidé, c’est la fin des REP+ ?

François Ruffin interroge (à nouveau) le Ministre de l’Education nationale sur le devenir de l’éducation prioritaire : Cette fois c’est décidé, c’est la fin des REP+ ?

Monsieur le ministre, l’an dernier déjà je vous interrogeais, je vous alertais : comptez-vous en finir avec les collèges d’éducation prioritaire ?

« Tel semble l’implicite, le non-dit, de votre politique : miser sur le primaire, c’est vrai, le dédoublement des classes. Et ensuite, ce serait fichu, le destin scolaire, et même professionnel, serait tracé… Du coup, autant sacrifier les collèges REP+, avec une érosion des dotations. Si c’est votre projet, dites-le, affichez-le, débattons-en, plutôt que de le mener en douce, sans le dire. »

Vous me rassuriez, vous tentiez de me rassurer :

« La situation des collèges classés REP et REP+ fait l’objet d’un suivi particulier avec les communautés éducatives concernées, mais aussi dans le cadre des instances dédiées. […] S’agissant du collège César Franck d’Amiens, il devrait accueillir 383 élèves en 2021, contre 401 en 2019. Aucune division n’y fermera. Il en est de même pour le collège Arthur Rimbaud d’Amiens qui accueille un peu moins de 500 élèves. »

Et en ce début d’année, avant que ne soient présentées carte scolaire et dotations horaires, je questionnais le directeur académique de notre région : allez-vous, à nouveau, frapper les établissements REP+ ? Il déniait, s’efforçait à son tour de me rassurer : ce n’est nullement dans notre intention, etc.

Mais les faits sont là, et ils sont têtus : quels sont, encore une fois, les deux collèges où vous grattez des heures? Arthur Rimbaud et César Franck, tous deux à Amiens-Nord. Les enseignants, les parents d’élèves, les élus du secteur ont protesté. Ils ont refusé de siéger aux conseils d’administration. Ils ont déposé des motions .

1. Collège César Franck, en REP+

« Alors que les effectifs ont augmenté (+52 élèves à la rentrée 2018, +15 élèves à la rentrée 2019) et qu’ils se maintiennent désormais, les moyens diminuent année après année : – 50h en 2018, -30h en 2019,- 46h en 2020, -12h en 2021, -14h en 2022. Dans une logique de gestion comptable, l’Académie ne voit aucun problème à proposer des classes de 24 ou 25 élèves en REP+. Nous ne percevons plus de logique dans cette gestion des heures attribuées aux établissements labellisés REP+. […]

Les problématiques de classe s’aggravent (manque de place, impossibilité de séparer des élèves) et les professeurs doivent gérer de plus en plus d’élèves à besoins particuliers (élèves en situation de troubles du langage, PPRE, attente IME, FLS, etc.). Nous pouvons compter jusqu’à 10 situations particulières en moyenne en classe de sixième nécessitant des adaptations pédagogiques. […]

En outre, nous observons que le ratio du nombre d’heures supplémentaires au regard de la DGH accordé à l’établissement n’a de cesse d’augmenter depuis plusieurs années ! Certaines sont une nécessité de fonctionnement mais les autres deviennent le recours systématique pour pallier le manque de moyens et la seule possibilité de mettre en place des actions en faveur de nos élèves.

Deviendra-t-on un grand service public de soutien scolaire en lieu et place d’une Education Nationale de qualité soucieuse de former de futurs citoyens éclairés ? »

2. Collège Arthur Rimbaud, en REP+

« Le seuil de 26 élèves par classe condamne nos élèves à travailler dans des classes surchargées en REP+. Cette situation est intolérable compte-tenu de l’investissement et du suivi, nécessaires à ces élèves à besoins particuliers : à la rentrée 2022, 20 élèves EHPI, 14 élèves de l’ULIS, 8 élèves relevant de l’ULIS mais non affectés par manque de place, 18 élèves de l’UPE2A, des dizaines d’élèves bénéficiant de dispositifs spécifiques, d’emploi du temps aménagé. […]

A ce nombre croissant d’élèves par classe, s’ajoute le déséquilibre croissant entre heures postes et heures supplémentaires annuelles qui nous oblige à absorber tellement d’heures que notre disponibilité est réduite. En effet, de nombreux collègues épuisés renoncent à contrecœur à assurer des activités en plus des cours, telles que les activités péri-éducatives sur la pause méridienne ou encore l’école ouverte, tant la surcharge se fait sentir au quotidien.

Dès lors, nous sommes très inquiets de voir notre efficacité pédagogique compromise par ces conditions d’enseignement de plus en plus difficiles. […] »

7900 postes supprimés en un mandat

« Dotations horaires », l’expression est abstraite, impersonnelle. Ce sont des personnes, pourtant, derrière.

Dans les deux cas, ce sont des professeurs de mathématiques, expérimentés, investis dans leurs missions, appréciés de leurs collègues et de leurs élèves, recherchant des nouvelles méthodes de transmission, ce sont des professeurs qui sont poussés dehors, invités à rejoindre d’autres lieux. Comme si les vocations étaient à foison, allaient de soi, pour enseigner dans les quartiers populaires.

Je vous demande de revenir sur ces choix, localement, mais aussi nationalement.

Ou alors, au moins, assumez ces choix, avec franchise, avec courage : « Oui, pour nous, les collèges d’éducation prioritaire n’ont plus rien de prioritaire. » Plutôt que de le faire de façon rampante, par une lente érosion.

Au-delà, même : en un mandat d’Emmanuel Macron, vous avez coupé 7900 postes dans les collèges et les lycées du pays, l’équivalent de 175 collèges ! Dans la Somme, vous avez supprimé 21,5 postes dans le secondaire en cinq ans. Le dédoublement des classes de CP et CE1, c’est bien. Mais ça ne produit pas des miracles.

A quoi bon ces effectifs réduits, durant deux années, si c’est pour les envoyer, derrière, dans des classes bondées ? Devant des enseignants débordés, impuissants à offrir à leurs élèves un suivi adapté, humain, au cas par cas ?

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