« L’OMC l’interdit ? Je m’en fiche ! On désobéit ! »

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"Mais arrête, François, avec tes prix planchers, tu sais bien que c’est interdit par l’OMC... - Je m’en fiche, on désobéit !"
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Y a pas longtemps, je rencontrais un cadre de l’industrie sucrière. Un « lobbyiste » même, il se décrivait ainsi. Et il me dressait ce tableau :

« Dans les années 2000, on a fait entrer le sucre, et donc la betterave, dans la mondialisation, avec la disparition des taxes douanières. C’était négocié avec l’Organisation Mondiale du Commerce. En même temps, l’Union européenne sortait étude après étude pour montrer que la libéralisation, c’était la solution. Ils ont fait sauter les quotas, ce qui a conduit à une surproduction, et à un effondrement des cours. Maintenant, en gros, c’est le Brésil qui fixe les prix au niveau mondial : quand ils se mettent à faire du bioéthanol, ça fait monter les prix, parce qu’il y a moins de canne pour le sucre. Quand ils abandonnent le bioéthanol, ça fait baisser les prix. »

Et de fait, le cours de la betterave a plongé, divisé par deux en deux ans. De 550€ la tonne à 270€.

L’agriculture sous compétitivité

L’année dernière, quatre sucreries ont fermé : Eppeville, chez moi, dans la Somme mais aussi Toury, Bourdon, Cagny. Et la seule réponse, de l’Union européenne, du gouvernement, face à cette crise, face à cette dérégulation économique, c’est d’y ajouter la dérégulation chimique : le retour des néonicotinoïdes.

Pour cause de concurrence, justifie-t-on. Pour cause de compétitivité. Et c’est la même histoire, à peu près, pour les céréales, la viande ou le lait. Face à ce fléau, mondial, global, que proposez-vous, depuis deux ans, avec les Egalim 1 ?

Du bricolage, une usine à gaz législative à base de contrats et d’accords-cadres, d’indicateurs de prix et de médiation. Sans surprise, ces sparadraps ne tiennent pas. Comme c’est un fiasco, que proposez-vous aujourd’hui, avec ces Egalim 1 et demi ? Vous re-bricolez le bricolage. Vous re-colmatez le colmatage.

Pourquoi ? Parce que vous tournez autour du pot de la mondialisation. Parce que vous n’osez pas attraper le taureau du libre-échange par les cornes. Et nous, alors, que proposons-nous ? Qu’est-ce que je propose, depuis quatre ans maintenant ?

Réguler les marchés agricoles

De réguler. De réguler les marchés agricoles. Avec des quotas, de production, d’importation. Avec des coefficients multiplicateurs. Avec, surtout, des prix planchers. Pour que les marchés soient plus stables. Pour que les agriculteurs soient mieux payés. C’est du bon sens – j’ignore s’il est paysan, mais c’est du bon sens, de l’évidence.

A ce bon sens, à cette évidence, Monsieur le rapporteur, en Commission, vous avez opposé vos exagérations et vos sophismes.

Vous avez poussé les hauts cris ! Comme quoi je réinventais les kolkhozes ! L’étoile rouge flotterait sur nos campagnes. Mais ces instruments, les quotas, les prix planchers, Bruxelles en a usé pendant des décennies, et sans que l’Union européenne ne s’apparente à l’Union soviétique.

Vous m’avez alors répliqué, avec un goût du paradoxe, que le prix plancher deviendrait vite un plafond. Je serais curieux de voir à quoi ressemble votre maison ! Vous n’êtes, manifestement, ni architecte ni maçon.

Personne, ici, ne confond « plancher » et « plafond ».

Cédric Vilani vous l’a dit à sa manière, dans son style : « En mathématiques, on parle de minorant et de majorant, et il ferait beau voir que l’on prétende que les deux en viennent systématiquement à se confondre. »

Même notre collègue, agriculteur, du Modem, Nicolas Turquois, vous l’a signalé : « Ces notions de plancher et de plafond peuvent avoir du sens. Elles protègent le producteur des variations excessives des prix. »

Les prix planchers contre l’OMC

En Commission, je vous l’ai donc martelé : prix plancher, prix plancher, prix plancher. A la buvette, après ces débats, un député Marcheur, et bon connaisseur des marchés agricoles, s’est moqué de moi :

« Mais arrête, François, avec tes prix planchers, tu sais très bien que c’est interdit par l’Union européenne…
Oh, ça je m’en fiche ! je lui ai répondu. On désobéit. »
Il a ri, puis il a ajouté : « Et même au-dessus ! L’OMC l’interdit !
Je m’en fiche encore plus ! j’ai répliqué. On désobéit. On aura des différends, ça prendra des années devant la justice, pendant ce temps-là, on verra bien quel parti prendront les gens, les paysans… »

Votre collègue a alors conclu, apaisé : « Bon, au fond, t’as pas tort. Ça a marché pendant des années avec des quotas, des prix minimums, et ça ne dérangeait personne… »

Voilà la bataille qui mérite d’être menée. Pour l’agriculture. Mais aussi pour l’industrie. Mais aussi pour notre santé.

Déglobalisation choisie

Mais pour notre planète toute entière – et je vous rappellerai les propos de Nicolas Hulot : « La mondialisation, les traités de libre-échange sont la cause de tous les problèmes écologiques. Mais, avant que nos élites l’intègrent, je pense qu’on sera tous calcinés. Si on ne s’attaque pas à cela, ça ne sert à rien. Ce n’est pas en installant trois éoliennes que l’on va y arriver.»

Et je rappellerai les propos du président de la République, l’an dernier, vite oubliés : « Déléguer notre alimentation, notre protection à d’autres est une folie. »

La bataille que nous devons mener, c’est pour une déglobalisation organisée. Pour une déglobalisation choisie, et non subie. Pour une déglobalisation qui passe par d’autres accords, par d’autres traités, et non par des guerres, par des conflits, par des peuples rendus fous de haine, fous de colère, fous d’être appauvris, fous de n’être pas écoutés.

Voilà le scénario que vous devriez écrire, aujourd’hui : celui d’une exception agriculturelle, tout comme nous avons une exception culturelle. Que la terre et ses fruits sortent du libre-échange.

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