
C’était la mode, il y a quelques années : l’hydrogène allait servir à tout. Il fallait investir beaucoup, partout, vite. En 2021, Emmanuel Macron a ainsi promis 1,9 milliard d’euros pour construire la filière.
Dans la vallée du Rhône, la vallée de la chimie, Symbio fut le symbole de cet engouement : « l’usine du futur » fut inaugurée en grande pompe, en 2023, à Saint-Fons, en présence des ministres de l’industrie et de la transition énergétique. Avec 350 millions d’euros d’aides publiques, avec l’entrée de Stellantis au capital, et la commande de piles pour les voitures de la marque, les emplois furent multipliés par quatre, avec des chercheurs venus du monde entier, d’Afrique du Sud, d’Inde, etc. Et ils ont réussi à produire des piles à hydrogène, pour les poids lourds, les utilitaires et les bus. De quoi participer, avec d’autres outils, à sortir nos mobilités des énergies fossiles, dans l’intérêt du pays et de la planète.
Mais voilà que patatras : la mode est passée. Car le souci, comme l’avaient alerté les salariés, c’est que des maillons de la filière sont manquants, que l’Etat ne les a pas bâtis, et le privé non plus. En particulier, les stations de recharge en hydrogène, quasi-inexistantes en France.
Du coup, Stellantis s’est retiré, à la fois comme actionnaire et comme premier client de Symbio. De quoi mettre un coup d’arrêt au développement de l’entreprise, avec le licenciement des trois quarts des employés.
Aujourd’hui, l’horizon s’assombrit chez Symbio. Les salariés quittent l’entreprise,dégoûtés. D’autres s’accrochent. Pendant qu’en Chine, les dirigeants continuent de développer la filière hydrogène, comme ils l’ont fait sur l’électrique.
Je demande donc au ministre que le gouvernement prenne ses responsabilités : que pour tout euro d’argent public, l’Etat siège dans les conseils d’administration, et y maintienne une stratégie dans la durée. Et que notamment la filière hydrogène ne soit pas abandonnée.
François Ruffin