Quelle trace laisserez-vous Monsieur De Rugy : du goudron ou du courage ?

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M. François Ruffin interpelle M. le Ministre de la Transition écologique à propos de la construction du Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg : quelle trace laisserez-vous ? Du goudron, ou du courage ?

« La semaine dernière, j’ai encore cueilli des mirabelles, ici, et le samedi nous avons vendu ces fruits sur le marché de Strasbourg. » C’est Philippe, un agriculteur, qui me racontait ça sur une colline de Kolbsheim, cet automne en Alsace. Mais derrière lui, on ne voyait plus de mirabelliers, ni de cerisiers, ni de pruniers. Juste des arbres coupés, des souches arrachées. Ces bois accueillaient des oiseaux. Le pic cendré, une espèce menacée. Ou encore l’alouette des champs, en chute libre. Mais en se taisant, chut, nous n’entendions aucun chant. Seulement le bruit de la tronçonneuse, le grondement des pelleteuses.

A l’écologie, le gouvernement a préféré Vinci

Le projet du GCO date de 1973. Il a été ressorti des cartons il y a vingt ans, en 1999. C’est un projet du très vieux monde : une autoroute payante de 24 kilomètres à travers le Kochersberg, à travers les terres les plus fertiles d’Alsace. Un tronçon à péage censé désengorger la circulation aux abords de Strasbourg. Mais dès 2008, une commission d’enquête publique émettait un avis défavorable au projet en concluant que « le désengorgement n’est ni l’enjeu ni l’objectif du GCO ». Au total, sept rapports ont souligné l’inutilité du GCO. Le gouvernement s’est assis dessus plutôt que de s’opposer aux lobbies du BTP. A l’écologie, le gouvernement a préféré Vinci. Le chantier revient à Vinci, la concession d’exploitation de 54 ans revient à Vinci, la rente revient à Vinci.


Peut-être qu’hier, à l’époque du tout voiture, à l’époque où on ne se souciait pas de la bétonisation de nos campagnes, peut-être que ce projet s’expliquait. Mais en 2019, à l’heure de l’urgence climatique, à l’heure où nous faut sortir des énergies fossiles, à l’heure où les terres cultivables deviennent des biens précieux, à l’heure des rapports toujours plus alarmants livrés par le GIEC, un tel projet est injustifiable. Le GCO, c’est 300 hectares goudronnés, c’est 120 espèces animales menacées, c’est 11 cours d’eau pollués.

Le chantier est malheureusement déjà bien engagé. Face à cette catastrophe environnementale, les militants anti-GCO, avec le soutien de nombreux habitants et élus locaux, ont multiplié les actions non-violentes contre le projet : recours en justice, contre-expertises, manifestations, grève de la faim, parties de foot sur le futur tracé de l’autoroute, plantage d’arbres, décrochage du portrait du Président de la République, etc. En guise de réponse, le gouvernement leur a envoyé la police : destruction des cabanes sur la ZAD, interpellations musclées, jets de lacrymos. Même ma collègue Martine Wonner, députée de votre majorité, en a fait les frais.

Un GCO ou des oiseaux ?

Récemment, des archéologues ont découvert les vestiges d’un village du néolithique ancien sur le futur tracé du GCO. Il y a 5000 ans, nos ancêtres nous ont laissé des fondations et des sépultures comme traces de leur passage sur Terre. Mais vous, que laisserez-vous derrière vous ? Du goudron, de la pollution ? Mais nul besoin de se projeter aussi loin dans l’avenir. Demain, lorsqu’entre Kolbsheim et Vendenheim, le houblon ne poussera plus, les oiseaux ne chanteront plus, les abeilles ne voleront plus, nos enfants vous accuseront, nous accuseront collectivement, de ne pas avoir agi, d’avoir laissé faire. Et ils auront raison. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas, qu’on n’avait pas le choix.

Ou alors, marquerez-vous votre passage sur Terre, et au ministère, par du courage ? Malgré l’état d’avancement du GCO, il est encore temps pour vous d’interrompre le désastre. M. le ministre, prenez vos responsabilités, stoppez ce projet, rendez réel le « make our planet great again ». Votre prédécesseur Nicolas Hulot, une fois sa liberté de parole retrouvée, a reconnu que « le grand contournement ouest est une bêtise écologique ». Aurez-vous le courage d’en dire autant ?

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