Les assistantes maternelles entrent (un peu) à l’Assemblée

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"Chaque mois de septembre, c’est l’angoisse. Du jour au lendemain j’ai perdu trois enfants, trois contrats, à cause du déménagement des parents. Je suis tombée à 700€. » On a un peu fait rentrer les assistantes maternelles, leurs salaires, leurs galères, dans l'Assemblée...

« Il y a un an, le 14 mars, on s’est retrouvé complètement livrées à nous mêmes, sans masque, sans gel, sans rien. Tous les soirs, je désinfectais ma maison, je faisais 7h-19h et ensuite pendant près d’une heure je passais du produit partout. Ce que je fais encore d’ailleurs. » Il y a un an, l’État demandait à Stéphanie dans la Somme et à toutes ses collègues dans le pays, de continuer.

De continuer leur travail, de le continuer pour les enfants des soignants, des caissières, des routiers. Il y a un an, l’Etat les estimait essentielles ces assistantes maternelles.

Les assistantes maternelles, les oubliées du mandat d’En Marche !

Mais aussitôt le confinement levé, pour elles, c’était fini. « Nous n’avons reçu aucun remerciement, aucun comment ça va ? Alors qu’on avait travaillé seules, abandonnées, dans la peur, on peut dire, durant deux mois. La prime, d’ailleurs, personne n’a pensé à nous la verser. »

Elles furent oubliées de la prime, certes, mais elles sont surtout oubliées depuis. Oubliées de votre mandat. « Chaque mois de septembre, c’est l’angoisse », témoigne Marine. Et Elsa racontait : « Presque du jour au lendemain j’ai perdu trois enfants, trois gros contrats à cause du déménagement des parents, d’une petite qui est rentrée à l’école, et Pôle emploi ne versait que 500 euros pour mes trois contrats perdus. Je suis tombée à 700 euros. Heureusement qu’il y a les découverts. » C’est le nœud pour moi.

Un statut pour les assistantes maternelles

Le statut des assistantes maternelles est bâtard. Vous le savez, Madame la Rapporteure. En théorie, elles sont salariées, salariées des parents, soudain intronisés employeurs. En vérité, elles sont quasiment auto-entrepreneurs. Elles se font commerciales, à la recherche de contrats, des contrats de travail qu’elles se rédigent souvent elles-mêmes, des contrats qu’elles peuvent perdre du jour au lendemain.

« Les horaires, ça pèse sur la vie de famille, Marc me l’a beaucoup reproché. Quand on s’est séparé, je me levais le matin à 6h. Une maman infirmière m’amenait son gosse pour que je le conduise au périscolaire et ça se terminait à 19h30 le soir. Ça mon mari ne le supportait plus. »

De tôt le matin, jusque tard le soir. Cette amplitude horaire énorme des assistantes maternelles, vous la connaissez, Madame la Rapporteure. Et malgré ces horaires, vous le savez aussi, elles ne perçoivent que des salaires de misère. Plus de la moitié sont sous le SMIC. Oui, le salaire moyen dans cette profession est sous le salaire minimum.

L’entrepreneuriat de la peur

« Quand j’ai perdu ma grand-mère, j’ai annoncé le décès à une maman et mon absence pour l’enterrement, cette dame m’a répondu qu’il n’en était pas question, que ça commençait à faire beaucoup de décès dans ma famille. Par peur d’être licenciée, comme je gardais ses jumeaux, je me suis abstenue de me rendre aux funérailles. »

C’est une angoisse très souvent pour les assistantes maternelles. Comment annoncer aux parents ? C’est Lucie, son fils entre au collège. Mais comment se rendre à la réunion avec les enseignants ? Comment prendre des vacances, même parfois ? Comment même tomber malade ?

« Mon médecin m’a appelé le vendredi pour me dire, au vu des examens, que j’avais un gros souci au cœur et je devais me faire opérer dès le lundi. Vous savez quelle était mon angoisse ? Comment je vais l’annoncer aux parents. Ma vie était en danger, d’après mon docteur, et plutôt que de penser à moi, à ma fille de 12 ans, mon inquiétude c’était comment je vais l’annoncer aux parent ? Est-ce que je vais perdre mes contrats  ? Comment je vais faire pour vivre ? »

Je pourrais encore ajouter, Madame la Rapporteure, Monsieur le ministre, les formations qui se déroulent le samedi, sur les temps de repos. Je pourrais ajouter les difficultés avec Pôle emploi, les droits au chômage aléatoires. Je pourrais ajouter cette aberration fiscale, les repas, les repas remis par les parents pour leurs petits et qui sont pour les impôts à déclarer par les assistantes maternelles comme un avantage en nature. Je pourrais ajouter les ruptures conjugales, la séparation d’avec le mari qui conduit à revendre la maison, qui conduit à perdre son métier les 3 en 1.

Un projet de loi de 8e zone

Mais de tout cela et de bien d’autres choses, nous ne discuterons pas. Nous ne discuterons pas non plus de nos propositions à mon collègue Bruno Bonnell et à moi-même, nos propositions pour leur construire un statut. Nos propositions pour leur assurer un revenu. Ça me semble honteux. Que je m’explique.

Le président de la République avait lancé, sous la présidence de Boris Cyrulnik, une commission des 1000 premiers jours. Les 1000 premiers jours du bébé, décisifs pour son avenir, pour sa vie et dont évidemment, les 400000 assistantes maternelles sont un maillon dans le pays. Le même président de la République déclarait il y a un an : « Il faudra nous rappeler que notre pays aujourd’hui tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. »

Et parmi ces femmes, bien sûr, les assistantes maternelles. Et à l’arrivée, le seul texte, le seul de toute votre mandature, le seul texte qui traite des assistantes maternelles, le premier, le dernier, aujourd’hui, c’est un texte étriqué, une formalité administrative que vous envisagiez de faire passer en procédure simplifiée, sans discussion ici, ni sur les salaires, ni sur les horaires, ni sur les formations, ni sur l’organisation, ni sur rien.

Pour elles, le mépris

Le seul texte sur les assistantes maternelles est un texte de 8e zone. Et la meilleure preuve en est l’absence au banc du secrétaire d’Etat à l’Enfance. L’absence du ministre des Solidarités ou sa déléguée, remplacé par le secrétaire d’Etat au Numérique. Très bien. Voilà qui dénote un évident mépris.

Je ne dis pas que c’est le vôtre, Madame la Rapporteure. Je ne dis pas non plus que c’est le vôtre, Monsieur le Ministre, mais c’est un mépris qui est ancré dans le système. C’est un mépris de leur métier. C’est un mépris qui se traduit ici dans notre Assemblée.

C’est un mépris hérité de l’histoire. Pourquoi ? Parce qu’on se dit que finalement, les femmes, elles ont fait ça, s’occuper des enfants depuis des siècles et des siècles, depuis des millénaires. Auparavant, c’était gratuit. Maintenant, on les paye un peu pour le faire. Elles vont pas nous embêter, en plus, c’est ça qui est dans l’inconscient de la société et c’est de ce mépris-là que nous devons sortir aujourd’hui.

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