
Depuis plus de trois siècles, sous ce nom, des apéros puis des sirops sont produits dans l’Isère. C’est une poule aux œufs d’or, même : du sucre, des fruits et un peu d’eau, voilà la matière première, peu coûteuse, pour un produit qui se vend en France et au-delà. Mais voilà que, en 2010, la finance s’en mêle : l’entreprise est rachetée par le groupe britannique Britvic. Qui promet d’investir, près de 17 millions d’euros, sur cette « marque à fort potentiel », de se tourner notamment « vers l’export ».
Mais c’est tout l’inverse, justement, que la multinationale va opérer : le site de Crolles ne détient plus l’exclusivité de la production, les exportations sont désormais sous-traitées. Et les investissements, les salariés n’en verront jamais la couleur : une « convention de trésorerie est signée », qui permet à Britvic de faire remonter à son siège l’épargne de Teisseire, pour racheter d’autres sociétés. D’où un vieillissement des outils.
En 2025, le groupe danois Carlsberg rachète Britvic. Et ils pratiquent, en une version moderne, la même razzia que les vikings avec leurs drakkars au moyen-âge : au 30 septembre 2024, la trésorerie était de +119,8 millions d’euros. En 2025, elle est désormais de -24 millions. Où sont passés ces 144 millions ?
C’est un pillage, pur et simple.
C’est un pillage du savoir-faire, le pillage d’une marque, le pillage d’un trésor.
C’est un pillage de l’industrie par des financiers.
C’est le pillage de deux siècles d’histoire, le pillage d’un territoire.
C’est un pillage au détriment des salariés, comme Franck, opérateur polyvalent-conditionnement chez Teisseire depuis 34 ans : « Tous les jours avec ma femme, on se demande comment on va faire pour payer les factures, je reçois même des textos de la banque qui me disent ‘pensez à renflouer les caisses’. Les nuits sont terribles, on se pose beaucoup de questions : comment on va faire, comment je vais me retourner, quel travail j’aurai demain… c’est très dur. » (reportage de Ici Isère, 29 octobre)
Au vu de ces éléments, nous vous demandons une chose simple, Monsieur le ministre : refusez l’homologation du plan social. La loi Sapin du 14 juin 2013 le permet :
« Article L1233-57-1
L’accord collectif majoritaire mentionné à l’article L. 1233-24-1 ou le document élaboré par l’employeur mentionné à l’article L. 1233-24-4 sont transmis à l’autorité administrative pour validation de l’accord ou homologation du document. »
Le motif économique est inexistant.
N’attendez pas qu’un tribunal vienne, des années plus tard, des années trop tard, invalider les licenciements. Alors que, du passé, du présent, de l’avenir, les gérants du géant Carlsberg auront déjà fait table rase.
François Ruffin