Palestine : pour un jumelage des familles !

Ce printemps, nous devions nous rendre en Israël et en Palestine avec des maires et des parlementaires, à l’initiative de l’AJPF, l’Association pour le Jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises. Mais en dernière minute, le gouvernement de Benyamin Nétanyahou nous a privés de visa.

Nous avons alors proposé, grâce à l’AJPF toujours, de remplacer ce voyage par un jumelage entre familles françaises et palestiniennes.

C’est ainsi que, par WhatsApp, nous avons échangé avec la famille Ghanayem, qui réside dans un camp de réfugiés en Cisjordanie, près de Bethléem. Ce sont les filles qui agitent leurs trombines devant l’écran, deux ados de 16 et 14 ans, à l’anglais parfait, pleines de vie et d’énergie. Et très mûres : elles aiment l’école et la lecture ! « Nous n’avons pas le choix : être jeunes en Palestine, c’est grandir très vite. » Leur père est soudeur : « Il part sur les chantiers du matin au soir, avec parfois une attente infinie au checkpoint. Il fait tous ces efforts pour nous, pour notre éducation, et nous le remercions mille fois. Tout comme nous remercions notre mère, qui s’occupe de notre fratrie de six enfants. » 

Le camp, elles ne connaissent que cela : leur famille s’y est réfugiée en 1948, lors de la Nakbah. « Notre grande angoisse, c’est l’armée israélienne. Les soldats entrent dans le camp à n’importe quelle heure, et alors c’est la peur. Ils peuvent pénétrer dans les maisons… Nous sommes en prison. Même si, bien sûr, comparé à Gaza, nous sommes des privilégiés. Là-bas, les gens meurent de faim. L’armée assassine les journalistes. Nous baignons dans ces images terribles. Notre petit frère de six ans, il sait déjà tout mieux que nous ! » La cadette, Hâla, rêve d’échapper à tout ça, de partir à l’air libre et au loin pour des études en relations internationales. L’aînée, elle, Salma, veut demeurer fidèle à sa terre.

Nous avons papoté ainsi, une petite heure, à quatre mille kilomètres de distance, avec des silences et des rires, malgré la tragédie en cours à leur porte. « Un grand merci de nous donner l’occasion de délivrer notre message, alors qu’ils veulent nous faire taire, alors qu’ils veulent effacer notre image. Vous n’imaginez pas combien c’est important pour nous. »

On se verra en vrai, un jour, j’espère, en Palestine ou à Paris. En attendant, nous avons convenu de nous retrouver devant l’écran.

Si vous souhaitez un « jumelage des familles », vous pouvez vous adresser à : ajpf.contact@yahoo.fr

François Ruffin

Partager :
Pour me soutenir... faites un don !

Ils sont indispensables notamment pour payer des salariés et des locaux de travail, organiser des événements, acheter du matériel, imprimer des affiches, des tracts… Ils nous aident à financer mon action politique et celle de Debout!