
Et à travers lui, terroriser celles et ceux qui face aux gangs se tiennent debout. Nous serons donc à Marseille pour Mehdi, pour Brahim, pour Amine, pour leur mère Wassila.
Mais nous serons aussi à Marseille pour Sofiane, collégien d’Amiens, qui aimait le ping-pong et le foot, riant et souriant, qui n’avait rien à voir avec le trafic. Trois hommes cagoulés, déguisés en policiers, sont entrés dans sa maison au petit matin. Ils cherchaient son grand frère. Ne le trouvant pas, ils ont tué Sofiane, encore au lit, et blessé à vie, grièvement, son jumeau Rayan.
Nous serons à Marseille pour Samira et les animateurs du quartier Valdegour de Nîmes. Héros du quotidien lorsque des fusillades éclatent, accourant auprès des blessés avec compresses et désinfectant dans le sac à dos. La peur au ventre, pour eux, bien sûr, et pour les gamins du coin, encore plus : « Ils sont obligés de faire des détours entre l’école et chez eux, pour éviter les endroits qui craignent. »
Nous serons à Marseille pour Elyane, habitante des quartiers nord d’Amiens, qui n’en peut plus de vivre enfermée, apeurée, stressée : « A partir d’une certaine heure, le quartier se transforme. Devant ma fenêtre, tous les soirs, une bande qui se retrouve, qui fume, qui boit, qui met de la musique, et qui deale. Pour rentrer chez moi, dans le hall, il faut que je demande l’autorisation. »
Nous serons à Marseille pour Jean, à Montmagny. « Mes quatre enfants, je les ai tous élevés pareil : ‘Tu rentres de l’école, tu prends ton goûter, ta douche, tu fais tes devoirs.’ Jamais ils ne sont sortis, jamais.
-A cause de la drogue ?
-Bien sûr.
-La réussite scolaire, elle se fait au prix d’une surveillance ?
-24 heures sur 24. »
Nous serons à Marseille pour Madame X, que nous avions invitée à un colloque sur le narcotrafic à l’Assemblée nationale. Sa chaise était restée vide. Au dernier moment, cette mère de famille s’est décommandée. Par peur, par crainte des représailles.
Nous serons à Marseille pour les mamans de la Salamandre à Amiens, à bout de nerfs et révoltées : « Un petit s’est fait tabasser parce qu’il ne voulait pas faire le boulot. J’ai peur pour mes enfants. Mon fils de douze ans, il ne s’épanouit pas. Il y a des jeunes qui menacent, qui insultent. J’ai trop peur qu’il lui arrive quelque chose. »
Nous serons à Marseille pour Khadija et les bénévoles de l’association 3D de Villeurbanne. Elles font du fitness dans la rue, pour garder la forme, oui, mais aussi pour reconquérir l’espace public, pour ne pas le laisser aux trafiquants.
Nous serons à Marseille pour que l’Etat ne fasse plus semblant, semblant de lutter, parce que ce ne sont pas les enfants de ministres qui sont touchés. Nous serons à Marseille pour porter nos solutions, comme nous l’avons fait à l’Assemblée :
- Oui, la répression, des sanctions. Pas par des opérations « Place Nette » ou XXL, qui relèvent de la com’ plus que de la sécurité. Par des enquêteurs, une police judiciaire, des douaniers, des inspecteurs du fisc, une équipe anti-stup, avec du temps et de l’argent, avec pour principe : « Follow the money ! » Pour taper les gros bonnets au porte-monnaie, pour les traquer jusque Dubaï.
- La prévention. La guerre contre la drogue ne se gagnera pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Avec les parents, les assos, les centres sociaux, pour alliés. Avec, pour la jeunesse, un autre horizon que la mort ou la prison. Mais dans les quartiers, depuis des années, l’Etat ne se renforce pas, il choisit de s’affaiblir : le plan Borloo tombé à l’eau, le budget politique de la Ville chaque année rétréci, 5.000 contrats adultes relais supprimés…
- Contrôler les marchandises. Comment prétendre lutter contre la drogue quand, les yeux fermés, on laisse tout rentrer ? Le libre-échange, c’est l’absence de contrôles aux frontières, c’est dans le port du Havre un container sur cinq mille qui est ouvert !
Nous serons à Marseille car ce sont les nôtres qui sont attaqués. Ce sont les familles populaires, les mères qui travaillent dans le ménage, les pères qui conduisent des camions, les petits frères qui lancent leur affaire, les grandes sœurs qui se lèvent aux aurores, ce sont ces Françaises et ces Français, que nous sommes fiers de représenter, qui sont attaqués.