
« Depuis qu’on nous a redonné les prospectus de publicité à distribuer, tout le monde est à bout. On va au boulot en marche arrière. Les vélos pèsent des tonnes, on a mal au dos, c’est de plus en plus dur, on nous met la pression. En fait, un jour sur deux on ne distribue plus le courrier, et on fait une double tournée, quasiment. »
Maxime, facteur à Amiens depuis 25 ans, subit une surcharge de travail. Au sens propre : avec les monceaux de prospectus publicitaires.
Cette information nous a d’abord surpris.
L’an dernier, en effet, Milee, ex-Adrexo, licenciait 10 000 salariés. Un plan social géant, justifié par un « effondrement du marché de la distribution d’imprimés publicitaires en France ». L’entreprise était placée en liquidation judiciaire et les employés étaient même privés de leurs derniers salaires et soldes de tout compte pendant des mois. Quant au concurrent, Mediaposte, filiale de La Poste, c’était moins pire : il licenciait plusieurs centaines de personnes, et en reprenait 4 700 au sein du groupe La Poste.
Etait accusé, notamment, le dispositif « Oui pub », qui devait – supposait-on – se généraliser : seuls les volontaires recevraient leurs prospectus. Mais finalement, non : ce printemps, c’est l’inverse qui fut décidé, l’expérimentation abandonnée, et le « Stop pub » redevenait la norme.
Dès lors, à l’échelle du pays, c’est quasiment le même travail qu’avant qui doit être effectué… mais par 10 000 agents de moins ! C’est aux facteurs d’absorber le surplus de travail. Résultat, pour Maxime et ses collègues : du stress, des objectifs inatteignables, des tournées rallongées, des heures supplémentaires non payées, des vélos alourdis… et peut-être pire : le sens du métier qui se perd.
« Je suis rentré à La Poste pour distribuer du courrier. Et surtout, ce que j’aimais, c’est le contact avec les gens : là, c’est fini, nous n’avons plus le temps. »
Et au bas de la fiche de paie, y a-t-il le même surplus ? Une prime pour cette tâche ? Rien. Zéro.
L’Etat est actionnaire de La Poste, via la Caisse des dépôts et consignations et l’Etat, une entreprise bénéficiaire de 719 millions d’euros au premier semestre.
Alors, comptez-vous agir pour alléger le travail des postiers ? Ou en recruter pour réduire les tournées ? Ou payer ce travail supplémentaire, qui mérite salaire ?
François Ruffin