AAH : « Tout le monde est pour ! Tout le monde sauf vous ! »

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Les Républicains sont pour, l’UDI est pour, le PCF, le PS, les insoumis sont pour, nous sommes tous pour. Tous ? Non. Tous sauf vous, les Marcheurs ! Depuis deux ans, méthodiquement, vous entravez la réforme de l'AAH !

Chers collègues, c’est un courrier officiel, et même solennel, que la Commission Nationale des Droits de l’Homme nous a adressé, hier, dans toutes nos boîtes courriels :

« Mesdames les députées, Messieurs les députés, nous enjoint-elle, il est nécessaire et urgent de déconjugaliser l’Allocation Adulte Handicapée. Le mode de calcul actuel de l’AAH est une atteinte inacceptable aux droits fondamentaux des personnes handicapées : les droits à la dignité, à l’autonomie, à la liberté de faire ses propres choix, à la protection contre la pauvreté, à la protection et à l’aide de l’État ne sont pas respectés. »

La CNDH écrit même, soucieuse d’amour : « Le mode de calcul actuel constitue un frein manifeste à la vie de couple. » Car oui, on vient parler d’amour, aujourd’hui, dans cet hémicycle. D’amour compliqué. D’amour contrarié.

« La dépendance est une souffrance »

C’est Sylvie, bretonne, handicapée, qui tombe amoureuse d’un Parisien, prêt à la rejoindre dans le Finistère. Mais elle perdrait son AAH ! Elle devrait vivre à son crochet ! Et lui, il devrait tout payer. Ils ont renoncé. Et finalement, l’éloignement, les confinements, ont usé leur amour. « Aujourd’hui, m’écrit-elle, en plus de mes handicaps, je suis en dépression. »

D’autres allocataires trichent, vous le savez. Ils habitent chez leur conjointe, leur conjoint, mais un peu en clandestin, avec toujours une adresse ailleurs. Des couples tiennent quand même, comme Sonia, mais avec toujours une inquiétude au cœur : « La dépendance, nous écrit-elle, la dépendance est une souffrance. Je voudrais être sereine pour l’avenir. »

En Marche, seul contre l’AAH

Cette cause fait l’unanimité. L’unanimité dehors, toutes les associations le réclament. L’unanimité ici, aussi, Les Républicains sont pour, l’UDI est pour, Liberté et Territoires est pour, les communistes, les insoumis, les socialistes sont pour, nous sommes tous pour.

Tous ? Non.
Tous sauf vous, les Marcheurs.
Tous sauf vous, le gouvernement.
Depuis deux ans, méthodiquement, vous entravez la réforme de l’AAH.

Je veux rappeler l’histoire de ce texte, notre obstination et votre obstruction. Ce sont les communistes, d’abord, en mars 2019, qui le déposent par la voix de Marie-George Buffet. Mais vous le rejetez, seuls contre tous. Libertés et Territoires reprend cette proposition, en février 2020, et dans vos bouches, on entend mille raisons bidons – je vous cite :

« Vous posez les bonnes questions, mais pas au bon moment. » Avec vous, c’est jamais le bon moment. « Certaines propositions relèvent du projet de loi de finances. » Mais quand l’automne fut venu, nous n’avons rien vu dans le PLF. « Ces questions seront traitées dans la loi Grand âge. » Ah oui, parce qu’elle va exister, cette loi Grand Âge ?

« C’est trop compliqué »

Vos arguments étaient franchement brillants. Et ça se sentait, jusque dans vos rangs, timides, clairsemés. Et finalement, contre l’avis du gouvernement, le texte fut adopté. Au Sénat, il a fallu une pétition, une pétition qui a recueilli, pour la première fois je crois, plus de 100 000 signatures, et le texte fut examiné, puis voté.

Après ces péripéties parlementaires, j’attendais votre voix, la semaine dernière, en Commission : qu’alliez-vous raconter ? Alliez-vous renoncer à votre obstruction ? Vivrait-on l’un de ces moments, rares mais touchants, de consensus transpartisan ? Eh bien non. J’étais déçu. Vous parvenez encore à me décevoir. Vous avez brassé des grandes phrases creuses :

« La complexité et l’incohérence du système ne peuvent se résoudre en quelques heures de débats. » Mais vous avez eu quatre ans ! Quatre ans pour les résoudre, ces incohérences !

Ou encore : « Nous devons revoir la philosophie de l’accompagnement… C’est un débat philosophique que nous devons avoir » Mais non ! C’est du concret, pour les gens, pas de la philosophie, c’est leur vie, c’est leurs amours, c’est leur porte-monnaie, c’est leur loyer !

L’amendement de la discorde

Mais le pire, désormais, c’est votre perversité. Car vous ne vous opposez plus, plus franchement, plus frontalement, comme l’an dernier, comme il y a deux ans. Désormais, vous déposez juste un amendement. Mais un amendement, et je veux que les Français le comprennent, je veux qu’ils comprennent cette manœuvre, un amendement qui va ruiner toute la loi.

Un amendement qui nous fait repartir à la case départ. Un amendement qui, en fait, renvoie cette mesure aux oubliettes. Et voici comment est rédigé votre amendement, voici comment il est justifié, je vous cite : “Au delà de son coût très important (730 millions d’euros)”. C’est la voix de Bercy qui parle ici. Enfin. Enfin. Comme dans une incise, au détour d’une phrase, enfin, enfin, surgit l’ombre de la vérité.

Un portefeuille à la place du coeur

Vous habillez ça de “philosophie”, de “solidarité familiale”, de “complexité”, mais en vérité, c’est juste l’argent. Juste le budget. Et surtout, vous osez écrire : “son coût très important (730 millions)”.

Vous supprimez l’Impôt de Solidarité sur la Fortune, des milliards, vous pérennisez le CICE, des dizaines de milliards, mais ces sommes-là, gigantesques, colossales, quand vous les délivrez à vos amis, aux actionnaires, aux gâtés par la vie, c’est de l’investissement. Mais pour 730 millions, donc, 730 petits millions pour l’AAH, vous osez écrire que le coût est très important !

Forcément. Dès qu’on donne aux gens, aux plus fragiles, aux abîmés de la vie, ouh la, ce sont des dépenses inutiles… Voilà la vérité. La voilà, dans sa nudité, votre “philosophie”. Votre philosophie, c’est un portefeuille à la place du cœur.

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