Pour les RASED, la mort à trente ans ?

« Cette année, les RASED vont avoir trente ans. Mais on ne sait pas ce qu’on va devenir, nos perspectives sont bien sombres. » Monsieur Blanquer, allez-vous raser les RASED ?
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M. François Ruffin interpelle M. Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse : pour les Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté, la mort à trente ans ?

« Cette année, les RASED vont avoir trente ans. Mais on ne sait pas ce qu’on va devenir, nos perspectives sont bien sombres ».

C’est K. du Collectif RASED de la Somme, qui m’alerte ainsi. Les RASED – réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté – sont nés en 1990 de la volonté d’accompagner les enfants ayant des difficultés d’apprentissage, comportementales ou psychologiques, tout en les maintenant dans le système scolaire classique. Ils embauchent des psychologues et des enseignants spécialisés. Ce dispositif est un précurseur, donc, de l’école inclusive qui vous est si chère, M. Blanquer. Aujourd’hui pourtant, les RASED sont à l’agonie.

Sur les 36 antennes de la Somme, 17 sont incomplètes. Dans la moitié des RASED, donc, il manque des psychologues et des maîtres spécialisés. Cela engendre une importante surcharge de travail pour le personnel en poste, qui doit se séparer entre plusieurs secteurs, de nombreux enfants, avec sentiment de saute-mouton, de travail mal-fait.

Le Rapport grande pauvreté et réussite scolaire (2015) invitait pourtant à « conforter les RASED » et à « s’assurer que les postes sont bien implantés là où sont les besoins ». Or, la MDPH de la Somme souligne que « notre région est l’une des dernières selon les indicateurs de précarité et de santé ». Les besoins sont là. Pas les moyens.

« Ça fait vingt ans que je travaille en RASED m’explique B., psychologue. Jamais on n’a eu aussi peu de moyens. Malgré ça, on continue à faire notre maximum pour les enfants, mais c’est dur. Là, c’est la première année où je ne fais aucune action de prévention ».

D. enchaîne : « Aujourd’hui, on est obligés de faire des choix. Certains gamins sont laissés sur le bord de la route, et c’est les familles défavorisées qui trinquent en premier. Celles qui ont les moyens placent leurs enfants dans le privé. Psychologiquement, c’est très dur pour nous de porter ça. A tel point que je pense de plus en plus à démissionner ».

C. abonde : « Un inspecteur m’a dit « vous allez devoir choisir qui vous aidez, et faire des choix c’est renoncer ». L’argument, c’est qu’avec le dédoublement des CP-CE1 en REP, on n’a plus besoin des RASED : c’est absurde ! »

Ces économies de bout de chandelle, Monsieur Blanquer, pénalisent à la fois les professionnels des RASED (qui assurent au mieux, mais non sans mal, leurs missions), les enseignants (qui gèrent seuls des situations compliquées), et surtout les élèves. Au final, c’est la société qui y perd, si sortent de l’école de futurs dépendants.

Alors, M. Blanquer, allez-vous raser les RASED ? Les laisserez-vous mourir à trente ans ? Ou bien leur donnerez-vous les moyens d’assurer leurs missions, en recrutant des maîtres spécialisés et des psychologues à la hauteur des besoins – et notamment dans la Somme ?

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4 réponses

  1. Merci M. Ruffin de publier ce plaidoyer pour les RASED, le grand absent des réformes successives. J’enseigne au sein d’un RASED dans le Vaucluse Nord, j’adore mon métier, mais je croule sous la masse de travail, je ressens de l’insatisfaction permanente, le manque de formation, les crédits de fonctionnement en baisse, le matériel qu’on est obligé d’acheter avec ses deniers ou de fabriquer soi-même. Et encore je ne suis pas obligée d’intervenir sur 6 ou 7 écoles comme la plupart de mes collègues. J’ai des collègues d’autres RASED qui pensent à la reconversion. Personnellement, je ne suis pas dans cet état d’esprit. J’ai peur de perdre le poste car je ne possède pas la certification mais je ne postule pas à la formation car le centre est trop éloigné de chez moi.
    En effet, les dédoublements en REP ne résolvent pas tout, et il y a des besoins également dans ces classes. L’éparpillement et le saupoudrage nuit à notre efficacité, mais cela est organisé depuis des années car au départ les classes d’adaptation comme la mienne étaient fermées.

  2. Plus ont est vulnérables plus ont est laissé de côté.
    Les gens qui ne sont rien aux yeux de Macron, les handicapés, les étrangers, les retraités, les étudiants pauvres, les livreurs Uber, la classe ouvrière dans son ensemble est méprisée, seule la classe bourgeoise est méritante.

    Ne laissons pas faire et continuons de nous opposer à ce gouvernement

  3. Merci beaucoup pour votre interpellation du Ministre de l’éducation nationale. Je suis psychologue de l’éducation nationale. Les RASED ont été démantelés de différentes manières. Dans mon département, le Morbihan, les postes d’enseignants spécialisés dans les difficultés d’apprentissage (anciens maîtres E) sont supprimés, avec l’argument de la création de plus d’ULIS (unités locales d’inclusion scolaire), accueillant des enfants en situation de handicap. Il n’y a donc plus de lisibilité sur la question fondamentale de la PREVENTION. J’aimerais que tous les acteurs qui travaillent auprès des enfants (ASE, CMPP, Education nationale) puissent faire un travail de fond, ensemble, pour agir concrètement, et très tôt, sur les parcours des enfants en situation familiale de précarité sociale, ou de violence familiale, et montrer à l’Etat qu’il y a une forme de non-assistance à enfant en danger dans beaucoup de cas.

  4. Enseignante en milieu rural en région Centre, mes collègues et moi étions sans Rased depuis la rentrée scolaire. Une psy scolaire contractuelle vient d’être embauchée. Que pourra-elle faire seule et sans formation dans notre vaste secteur ?
    De la prévention, que nenni… Sa tâche sera uniquement de faire passer des tests et remplir des dossiers d’orientation…
    Il ne s’agira en aucun cas de suivi sur le long terme, ni de prévention, ni de nouer un lien de confiance avec les familles qui en ont le plus besoin, ni de soutien aux équipes des écoles sui se se sentent souvent abandonnées de l’institution.

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