Procès Goodyear : c’est ça votre nouveau monde ?

Monsieur le Député François Ruffin interpelle Madame la Ministre du Travail sur la protection des salariés de multinationales.

Le jeudi 4 octobre, j’assistais au procès des ex-Goodyear.
Plus de 800 ex-salariés qui, après des années de luttes pour éviter que leur usine ne délocalise, contestent le motif économique de leur licenciement.

Pour la quatrième année consécutive, l’entreprise Goodyear termine son exercice avec plus d’un milliard de dollars de bénéfices. Le bilan de 2017 établit un nouveau record, avec + 8 %.

Dans ma région, nous avons eu les Contis, dans l’industrie du pneumatique eux aussi, également licenciés. Ils ont contesté le motif économique des licenciements, et la justice prud’homale a tranché en leur faveur. Après les Goodyear, ce sera bientôt le tour des Whirlpool.

Madame la Ministre, ces procès sont possibles, sont gagnables, car la justice prud’homale prend en compte le « périmètre du groupe ».
Ce sera dorénavant impossible.

Avec la promulgation des lois Macron du printemps 2017, les juges devront se limiter au périmètre de l’entreprise, de l’usine, de la filiale et non du groupe dans son ensemble.

Nous le savons, il est aisé pour une multinationale de rendre déficitaire une de ses filiales. En stoppant les investissements, en évacuant les bénéfices ailleurs dans la chaine de valeurs, avec ou sans l’aide de paradis fiscaux…

Lorsqu’on veut se débarrasser de son chien, on l’accuse d’avoir la rage.
Demain, il sera donc possible pour une multinationale faisant des bénéfices records à travers l’Europe, à travers le monde, de licencier pour motifs économiques des salariés français.
Voici votre nouveau monde.

Il s’agit de rétablir la confiance chez les investisseurs, nous a expliqué le gouvernement. Qu’en est-il de la confiance des salariés ? Des Français ?

Madame la Ministre, que comptez-vous faire pour protéger les salariés de ces multinationales ?
Comment combler cette béance dans la loi ?
Comment garantir un peu de justice sur terre, entre le pot de fer multinationale et le pot de terre salarial ?

Une journée en circo… au procès des Goodyear !

Jeudi 4 octobre. Telegram.7h23.
« Je suis là. »
François a pris le train très tôt, levé 5h30, pour faire l’aller-retour Paris-Amiens sur la matinée.

Il y a du monde devant Mégacité. 
Ici, tout le monde connaît au moins un Goodyear.
Moi, c’est le mec d’une copine. C’était. Il a bien essayé de se reconvertir. Ça a été la Bérézina. Il s’est pendu dans sa véranda.

On entre dans la salle.
C’est un procès géant, « hors norme ». Plus de 800 ouvriers qui contestent le motif économique de leur licenciement. Alors, il a été déplacé dans le Zénith d’Amiens, là où d’habitude, on vient faire la fête.
C’est un vrai spectacle : les juges et les avocats sont sur scène, effets de manches et plaidoiries déclamées sous les spots, les centaines de personnes du public dans la pénombre.
François redevient journaliste et noircit les pages de son cahier.
« 2,7 milliards de bénéfices »
« Loi Macron, loi El-Khomri »
« 8% d’augmentation par rapport au record de l’année précédente »
« 4 années de suite à plus d’un milliard de bénéfices »

« Viens t’asseoir là, tchiote ! » Frites et salutations d’usage. « Vous bossiez à l’usine ?
– Ouais ».
Je sors mon cahier et les sourcils se froncent : 
« T’es pas journaliste au moins ? »
– Non, je travaille avec François Ruffin
– Ah, ça va alors. Ruffin, il a toujours été là. C’est un fidèle. T’as de la chance de pas être journaliste. Je t’aurais envoyé bouler. Entre notre soi-disant violence et notre fainéantise, merci bien. »

Il y a Bénito, 58 ans. Son père est rentré à l’usine en 1962, lui en 1984. « Ca m’a semblé logique. »
Et son pote L. qui ne veut pas donner son prénom.
« Bénito, il était au pire des postes. A « la tour des noirs. » C’est pas raciste hein, il s’excuse d’avance Bénito. On s’appelait comme ça parce qu’en sortant on était noir de carbone. Moi, je prenais deux douches au boulot et encore une en rentrant pour enlever tout ce noir.
– Mais, ça ressemble à quoi ce carbone ?
– C’est de la poudre. Des camions de 23 tonnes à décharger pour remplir les silos. J’en ai bouffé du carbone !
– Et respiré aussi j’imagine ? 
– Ah, ça oui ! J’ai fait des radios à la médecine du travail. Ils disent qu’il n’y a rien. Pour l’instant, ça va. Mais j’en ai connu plusieurs qui en sont morts. Problèmes respiratoires. »
L, lui, travaillait à la maintenance.
« On réparait des machines, elles étaient totalement indispensables. Mais complètement obsolètes.
Le père de Bénito bossait déjà dessus, t’as qu’à voir. »

Qu’est-ce qu’ils font maintenant ?
Chômage pour Bénito. « On me propose que des trucs ridicules. L’autre coup, c’était livreur de pizza à mi-temps à Abbeville. »
L est à la retraite. « C’était galère de retrouver du boulot. Les patrons ne voulaient pas des anciens de Goodyear. On était étiquetés violents. Aujourd’hui, c’est un peu mieux. On est plutôt étiquetés courageux. »

Ils ne voudront pas me parler du reste, de l’annonce du licenciement, des conséquences sur leur famille. « C’est vieux tout ça, c’était y’a longtemps. Il est tellement long ce procès. »

« Aujourd’hui, un procès comme ça, ça ne serait plus possible, assène François devant la caméra.
Avec les lois Macron, on juge au niveau de la filiale et plus au niveau du groupe. Et on sait qu’ils peuvent rendre une filiale déficitaire facilement. Donc avec les lois du nouveau régime macronien, ce procès serait perdu d’avance. »

Intérimaires, les oubliés de Whirlpool

En 2016, l’effectif de Whirlpool comptait 193 intérimaires (en équivalents temps plein).
Or, c’est comme s’ils n’existaient pas, ni pour les pouvoirs publics, ni pour la multinationale, ni pour le repreneur… ni pour les médias!
Depuis vingt ans, Whirlpool n’embauche plus, recourt massivement à une main d’oeuvre précaire.
Ce sont les plus jeunes (moins de quarante ans) qui sont laissés à l’abandon, dans un «grand vide», eux qui ont le plus besoin qu’on leur garantisse un avenir stable.


Eux ne luttent pas, d’abord frappés par la résignation. Et surtout craignant que, à la fin de la semaine, leur mission ne soit pas renouvelée: leur contrat est en effet hebdomadaire, et ceci depuis des années.
Whirlpool joue avec la législation depuis vingt ans. Sur les contrats, l’intérimaire change de poste, mais pas dans l’usine: il reste au même poste. « On dit juste, vous remplacez X ou Y, pour changer les contrats. »


Surtout, avec les syndicats, nous venons de découvrir ça : Depuis un an, Whirlpool a écarté tous les intérimaires historiques, qui avaient 5, 10, 15 ans de boutiques. La firme les a remplacés par des nouveaux, là depuis le printemps, et qui ne risquent donc pas de lutter pour leur place.

Nous demandons donc aux pouvoirs publics de mener une enquête, avec un recensement des intérimaires passés chez Whirlpool, et d’appuyer des requalifications en CDI avec intégration au plan social.

interimaires whirlpool

whirlpool industrie picardie

L’industrie “heureuse” dans la Somme

En 1996, parmi les trente plus grands établissements, la Somme comptait 14 industries.
Vingt ans plus tard, il n’en reste plus que 6. La moitié est sortie du tableau, l’essentiel à cause de délocalisations dans les pays de l’Est (Sièges de France en Roumanie, Goodyear en Pologne, etc.). Difficile de chanter les vertus d’une européanisation heureuse.

Whirlpool, Le Pen, Macron et mon vote

Je souffre d’une maladie grave : Laurent Joffrin approuve mon “bon sens”, L’Obs me juge “responsable“, même Jean-Michel Aphatie salue une “décision ferme”.

Ca tue.

Des baisers de la mort.

C’est le pire qui puisse m’arriver.

Et bien sûr, micros et stylos me courent aujourd’hui après pour que “j’appelle à voter Macron”.

Or, je n’appelle à rien du tout.

Je ne délivre aucune consigne à personne.

Quand il nous reste le choix entre un banquier d’affaires et le Front national, chacun se démerde comme il peut, avec ses tourments, ses hésitations, ses doutes, et je comprends parfaitement qu’on fasse des choix contraires au mien.
J’explique simplement comment je me débrouille.

*

J’ai mon Jiminy Cricket, qui me chuchote au creux du cerveau.
C’est Maurice Kriegel-Valrimont, mon héros, dirigeant de la Résistance, libérateur de Paris en août 1944. Dans mes fréquents moments d’hésitation, je me demande: qu’aurait-il fait-il, lui?

Là, de mes entretiens avec lui, deux moments peuvent éclairer mon choix. Son combat fondateur, d’abord:

“En 1934, la France a l’air dans une situation pré-fasciste. Et les fascistes se manifestent, et ils essaient de prendre le pouvoir. Il y a des forces, dans l’armée, qui sont candidats, il y a la Cagoule, etc. C’est sérieux ! Et dans l’ensemble, l’état d’esprit n’est pas meilleur qu’aujourd’hui. Ca, c’est 1934. En février 34, c’est la première grande manifestation où se rassemblent les forces syndicales et où ils vont dans l’autre sens.”

Et juste une phrase, une exclamation de Maurice Kriegel: “Quand on vous dit : vous êtes un pays libre, ça ne veut pas dire grand chose. Mais quand il n’est plus libre, ça veut dire quelque chose, c’est terrible, terrible. Tout est terrible !”

Je crois savoir ce qu’aurait fait, aujourd’hui, Maurice Kriegel-Valrimont.

Je crois.

Et je l’ai donc dit, à Envoyé spécial, sur le parking des Whirlpool. A cet endroit où, une heure plus tôt, résonnaient des “Marine présidente!” venus de salariés que je côtoie, que j’apprécie, que je veux représenter.

*

Voici ce que j’ai dit:

F.R.: C’est un peu comme quand vous allez aux toilettes, vous aimez bien fermer la porte. C’est le principe de l’isoloir, il y a un rideau parce que ce n’est pas la première fois que je vais avoir à faire un geste dont je ne suis pas fier au 2e tour de l’élection.
E.L.: Donc vous voterez Emmanuel Macron?
F.R.: Quand bien même je glisserais un bulletin Emmanuel Macron dans l’urne – qui n’a pas besoin de ma voix pour être élu, parce que je pense qu’il le sera – je serai un opposant ferme à Emmanuel Macron dès le 8 mai au matin. Je le suis déjà.”

*

Voilà ce que je ferai sans doute.

Je me suis senti sale de le dire, et je me sentirai encore plus sale de le faire.

Voilà les troubles de mon for intérieur, comme nombre d’entre vous je pense: on fait quoi?

Mais on s’en fout de mon for intérieur.

Je suis un homme public, désormais, il faut l’admettre.

Je suis pris dans un système.

Et il faut le voir fonctionner, le système! Alors que, durant des mois, jusqu’au premier tour, je pouvais brandir un bulletin de vote “Jean-Luc Mélenchon” avec fierté plutôt, ça n’intéressait pas grand média: seul BFM-TV m’a invité à en causer.
Pour les autres, rien.
Silence.
Pas d’importance.
Une non-info.
Et maintenant que, au milieu d’un entretien qui causait de taxe kilométrique, de protectionnisme, d’actionnaires, de dividendes, j’ai lâché un “quand bien même je glisserais un bulletin Emmanuel Macron dans l’urne”, non seulement la nouvelle est devenue “Ruffin votera Macron”, sans les réserves et le conditionnel qui l’entourent, mais la nouvelle se répand en quelques heures de L’Express à LCI et jusqu’à Valeurs actuelles. C’est le geste dont vous avez le plus honte qui fait le tour du web ! Et on vous invite dans les studios et sur les plateaux pour répéter la bonne nouvelle (évidemment, je n’irai pas).

Et même quand vous dressez un réquisitoire contre Macron, son programme, son parti pris, que retiennent-ils? que veulent-ils retenir? “Ruffin salue le courage de Macron”.

*

Nous sommes sans doute, à Fakir, depuis un an, parmi les plus fins macronologues (et macronophobes). J’ai lu les deux biographies du bonhomme, son bouquin Révolution, son programme, ses discours, etc.

C’est pour moi le pire des années Hollande.
C’est lui qui, à l’Elysée, puis à Bercy, a conseillé à François Hollande de dériver toujours plus sur sa droite (comme si l’ex- avait besoin qu’on le pousse pour glisser sur cette planche). Ses collègues témoignent que, devant lui, “il était interdit de dire du mal du Medef”. C’est par lui, raconte Stéphane Richard, PDG d’Orange, que transitaient les demandes du patronat pour toucher le président. On lui doit le pacte de responsabilité, le Crédit impôt compétitivité emploi, le travail du dimanche, la loi El Khomri, autant de “réformes” dont il tire gloire. Et son programme n’a rien de nouveau: il est dans la droite ligne du dernier quinquennat, dans la continuité des trente dernières années où, contre le chômage, on n’a rien essayé, juste d’ “alléger les charges” pour les employeurs et de “flexibiliser le travail” pour les employés.
J’ai donc fait d’Emmanuel Macron ma cible privilégiée, avec le côté obsessionnel qui est le mien. Je l’ai harcelé, avec des salariés d’Ecopla, de son QG d’En Marche! à un meeting parisien. Je me suis accroché avec son porte-parole sur un plateau de télé (j’étais trop agressif, même, tant oui sa politique me déplait). On en a fait des vidéos sur ma chaîne YouTube. J’ai fait de mon mieux pour le mettre à mal sur le plateau de l’Emission politique, dans le quart d’heure qui m’était imparti.
Bref, je me suis appliqué à dénoncer l’imposture: cet homme neuf a déjà un passé et un passif. J’ai oeuvré de mon mieux pour nous éviter ce dilemme entre la peste et le choléra.
Mais nous y voilà: la peste ou le choléra.
Et oui, malgré moi, en mon âme et conscience, je choisis.
La mort dans l’âme et la rage au ventre.

*

L’essentiel, maintenant : comment combattre, pour de bon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ? En rouvrant une espérance, généreuse, combative et populaire.

C’est là le gros du boulot, et non ces querelles d’entre-deux tours.
C’est notre travail quotidien, ici, porte après porte, quartier après quartier.

Et je rendrai la parole, pour conclure, à mon Jiminy Cricket, Maurice Kriegel-Valrimont, à propos de 1934, de cette République corrompue, pourrie, et que pourtant il défend:

“En 1934, la France a l’air dans une situation pré-fasciste. En février 34, c’est la première grande manifestation où se rassemblent les forces syndicales et où ils vont dans l’autre sens. En 36, c’est le Front populaire. En deux ans, non seulement vous avez un recul du fascisme, mais d’une certaine manière en France le fascisme est battu… En deux ans… Si en 34 quelqu’un vous avait dit que deux ans après, en France, ce serait le Front populaire, on vous aurait ri au nez. J’imagine, là, j’ai vu quelques uns de mes gars de l’époque, de mes militants syndicaux, je les ai vus rire. Ils n’auraient pas cru. Ils n’auraient pas cru…”

Voilà la seule véritable réponse au Front national : l’espoir.

Whirlpool : les actionnaires s’augmentent de 10%

Enfin une bonne nouvelle, qui nous parvient (en anglais) de Benton Harbour, Michigan : « Whirlpool Corporation increases quarterly dividend by 10% ».

On vous traduit ça :
Whirlpool Corporation augmente son dividende trimestriel de 10%
BENTON HARBOUR, Michigan, le 17 avril 2017.
Le conseil d’administration de Whirlpool Corporation a approuvé une augmentation de 10% du dividende trimestriel sur les actions de la société passant de 1,00 $ l’action à 1,10 $.

« Cette augmentation de dividende représente notre engagement continu à améliorer les rendements des actionnaires et notre confiance dans la solidité de notre entreprise », a déclaré Jeff M. Fettig, PDG de Whirlpool Corporation. « Nous restons concentrés sur la création de valeur à long terme et le retour de solides liquidités à nos actionnaires ».

Que les près de cinq cents familles amiénoise (290 salariés de Whirlpool, une centaine d’intérimaires réguliers, cinquante du sous-traitant Prima), sachent sur quel autel ils sont sacrifiés : sur celui des actionnaires.
Et du principal d’entre eux : le fonds Vanguard Group (également actionnaire principal de Monsanto, Exxon Mobile, etc.).
Et pendant que les Whirlpool d’Amiens pointeront à Pôle Emploi, le PDG Jeff Fettig se versera, lui, 675 années de Smic…
Au-delà de Whirlpool :
– La part consacrée aux dividendes a triplé, en France, depuis les années 80 : un salarié travaillait alors une semaine par an pour les actionnaires, c’est aujourd’hui entre trois et quatre semaines.
– Y compris en cette année de crise, avec gel des salaires, suppressions de postes, etc., le CAC a versé « des dividendes records » (d’après Les Echos) : 56,6 milliards d’euros.
– La France est « championne d’Europe » quant aux versements de dividendes : +11,8% en un an.
– Ce « tout pour les actionnaires » nuit, certes, aux salariés, aux sous-traitants, mais surtout aux entreprises elles-mêmes, qui n’ont plus les moyens d’investir.

Comment mettre fin à cette dictature des actionnaires ? Par des taxations sur les dividendes, par des entraves à la libre circulation des capitaux, par des barrières douanières : tu veux vendre ici, tu produis ici.
Pas facile à mettre en oeuvre ? Peut-être, mais encore faut-il le vouloir : à aucun endroit de ses « 144 engagements présidentiels », Marine Le Pen n’évoque les « actionnaires » ni les « dividendes » : l’adversaire ne lui apparaît pas là, plutôt chez les « étrangers ». Quant à Emmanuel Macron, discrètement, mais lui veut favoriser les actionnaires : en excluant de l’Impôt sur la Fortune les actions détenues. Et aider les multinationales, en diminuant l’Impôt sur les Sociétés…
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Whirlpool : le château de votre seigneur

Un ouvrier de chez Whirlpool doit travailler 520 ans pour égaler le revenu annuel du PDG. Soit, depuis la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb !

Ça vous plait, comme chaumière ? Terrain de tennis, piscine intérieure, accès direct à la plage, plus de quatre‑vingts chambre, une « dépendance » pour Madame… À qui appartient cette modeste demeure ? À JEFF FETTIG. Vous savez qui est Jeff Fettig ? C’est votre PDG, le grand patron de Whirlpool. Ouvrier, lui, Denis raconte : « Notre prime, cette année, c’était 120 €. Mais comme j’ai accompagné ma fille pendant cinquante minutes chez le dentiste, je ne l’ai pas touchée ». Denis sait maintenant où est partie sa prime : son PDG avait sans doute une tuile de son château à changer…

Invisible

Voilà votre adversaire : ce Jeff Fettig.

Mais vous le verriez sortir de son château, sans doute à bord d’une grosse voiture, et il vous annoncerez franco que vous êtes virés parce que vous gagnez trop, à coup sûr ça vous mettrait dans une fureur noire.

Le souci, c’est que ce Jeff Fettig vous ne le voyez pas. Son palais se trouve dans le Michigan, aux USA. Et pour faire le sale travail, pour fermer les usines, il sous-traite à des intermédiaires : directeur de site, DRH, communication, etc.

Le risque, c’est que votre colère, légitime, se trouve détourné vers des cibles visibles, qu’on vous montre : les « assistés », l’ « étranger », avec chacun une petite injustice sous vos yeux.

Mais il n’y a pas de pire assisté que cet étranger de PDG…

Calcul

Le salaire de Jeff Fettig s’est élevé, l’an dernier, à 1,5 million d’euros. Mais il faut y ajouter un bonus de 2 millions. Et surtout, des stock options pour dix millions. Soit plus de treize millions d’euros, à l’arrivée.

Qu’on divise ça, maintenant, par le salaire d’un ouvrier de Whirlpool : 25000 € à peu près (avec toutes les cotisations, retraites, chômage, maladie). Ça nous donne 520. Plus de cinq siècles pour égaler le revenu annuel de votre PDG.

À lui tout seul, ce patron gagne plus que tous les salariés de Whirlpool Amiens, plus ceux du sous-traitant Prima, plus les intérimaires !

C’est déjà indécent.

Mais l’indécence sublime, c’est de prétendre que, aujourd’hui, ce sont les salariés d’Amiens, et de Prima, et les intérimaires, qui coûtent trop cher ! Qui ne sont pas compétitifs !

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