Lévothyrox : risque sanitaire ou secret des affaires ?

M. le député François Ruffin attire l’attention de Mme la ministre de la santé sur la crise sanitaire du Lévothyrox.

Madame la ministre, nous avons appris cette semaine dans la presse que la loi dite Secret des affaires, réclamée par des entreprises telles que Bayer, Monsanto, Dupont de Nemours, cette loi voulue par votre gouvernement, votée par votre majorité, cette loi, donc, avait été brandie par les autorités de santé pour ne pas fournir aux associations de victimes la composition de la nouvelle formule du Lévothyrox.

Secret des affaires ?

Madame la ministre, allez-vous réellement faire passer la sécurité sanitaire après le secret des affaires ?

Trois millions de personnes dépendantes de médicaments à base de lévothyroxine, principalement le Lévothyrox, doivent s’adapter depuis mars 2017 à la nouvelle formule du médicament, produit par le laboratoire Merck, en situation de quasi-monopole en France jusqu’alors. Rapidement, suite à ce changement de formule, partout en France, des patients, par dizaines de milliers, se sont plaints d’effets secondaires, lourds et indésirables : « maux de tête et vertiges », « crampes, douleurs articulaires », « faiblesse musculaire », « problèmes digestifs et intestinaux », « insomnies », « perte de concentration », « chute de cheveux »…

« Effet nocebo »…

Que n’a-t-on entendu alors, dans la bouche des experts et autres autorités de santé…
Il y était question d’« effet nocebo » : les malades, ces grands enfants, imagineraient des effets secondaires, trop inquiets de voir leur médicament modifié…
Vous-même, madame la ministre, aviez tenu à les rassurer, à nous rassurer.
Les effets secondaires ? « Ils sont passagers pour la plupart d’entre eux », et « ils ne mettent pas en danger la vie des patients », affirmiez-vous le 6 septembre 2017, sans que l’on ne sache encore à ce jour sur quelles études vous pouviez bien vous appuyer pour affirmer cela. Par ailleurs, assuriez-vous, « aux Etats-Unis, cette formule du Lévothyrox est commercialisée depuis une dizaine d’années, sans alerte sanitaire à déplorer. » Une affirmation qui se heurte malheureusement à la réalité : jamais la nouvelle formule n’a été testée aux Etats-Unis…


Vous asséniez encore, madame la ministre, le 25 janvier 2018, envers et contre tout, que « cette nouvelle formule, aujourd’hui largement dispensée, présente une meilleure stabilité tout en ayant strictement la même substance active. Elle apparaît comme étant parfaitement tolérée par une très grande majorité de patients. ». Aucune donnée scientifique ne permettait pourtant de confirmer cette « meilleure stabilité »

La parole des victimes a été niée, invalidée, balayée. Voire moquée, alors que les malades sont au premier rang, en ligne de front, sentinelles des problèmes sanitaires.

Un « crise d’information » ?

Depuis, divers rapports ont pourtant prouvé qu’ils ne déliraient pas.

Le 10 octobre 2017, un premier document du centre de pharmacovigilance de Rennes, validé par l’ANSM, montrait de manière indiscutable que les effets secondaires sont bien réels, nombreux et inexpliqués.

Le dernier rapport en date, remis à l’ANSM le lundi 3 septembre 2018 par la mission d’information citoyenne Léo – Kierzeck, mérite d’être lu avec attention. Il évoque, d’abord, un nombre de signalements d’effets indésirables « inédit ». Il pointe, ensuite, de graves dysfonctionnements dans la gestion de cette crise : « l’absence d’anticipation et d’accompagnement : le risque associé à la décision de changement de formule n’a été ni anticipé, ni accompagné », ou « une communication de crise artisanale et insuffisamment coordonnée » de la part des autorités sanitaires et de l’ANSM. Il écarte, encore, les affirmations de certains leaders d’opinion liés à l’industrie pharmaceutique, avançant au plus fort de la crise un prétendu effet nocebo : il y a eu « une minimisation du ressenti des patients », puisque « même un tel effet ne saurait disqualifier la réalité des plaintes exprimées par les milliers de patients ».

Toutefois, l’essentiel reste caché.
Dans ce dossier, l’obscurité règne encore et toujours, les interrogations et les doutes s’empilent.
Et on ne saurait tolérer que cette crise sanitaire soit présentée comme un seul problème de « communication » ou « d’information » – les uniques thématiques abordées par le rapport, et votre seule explication quand vous déclariez, voilà un an : « Ce n’est pas un scandale sanitaire, c’est une crise d’information. Nous devons sortir du registre du drame. »

Des malades ignorés

Alors, madame la Ministre, à vous de répondre aux vraies questions qui restent en suspens dans ce dossier, sans vous retrancher derrière la loi Secret des affaires :

Pourquoi la nouvelle formule du Lévothyrox provoque-t-elle de tels effets secondaires ? Sa qualité, sa composition sont-elles en cause ? Les malades ne le savent toujours pas. A ce jour, cette formule n’a toujours pas été analysée par les autorités de santé pour en déterminer la composition. Pourquoi ? A quelle échéance cette analyse est-elle prévue par votre ministère ? Continuerez-vous à invoquer, en la matière, le délétère Secret des affaires ?

Des intérêts commerciaux ?

Pourquoi la formule a-t-elle été changée, sans les précautions d’usage ? Une enquête pour en définir précisément les raisons sera-t-elle ouverte, un rapport est-il commandé ? Des explications doivent pouvoir être apportées aux malades. Les autorités sanitaires ont affirmé que l’ANSM en avait fait la demande au laboratoire afin d’assurer « une meilleure stabilité du produit », sans plus de précisions. Selon Gerard Bapt, médecin-cardiologue et ancien député, « nul dans les institutions sanitaires ou politiques ne se pose de question sur les véritables raisons ayant conduit au transfert aventureux de mars 2017. C’est pourtant l’intérêt commercial de la firme et de ses investissements en Chine qui ont primé sur l’intérêt des patients ». La nouvelle formule, en effet, n’utilise plus de lactose comme excipient, afin de répondre à la demande croissante venant d’Asie, où près de 80% de la population y est intolérante.

Quelles mesures comptez-vous prendre, madame la ministre, pour la prise en charge des patients concernés par les effets indésirables, maintenant que la réalité de ces effets souvent graves a été officiellement établie ? Comptez-vous dans cette optique demander au laboratoire Merck de provisionner un fonds en vue d’un éventuel dédommagement des malades ?

Les autorités de santé responsables

Pourquoi n’a-t-on pas exigé du laboratoire Merck, en situation de quasi-monopole rappelons-le, de produire à nouveau l’ancienne formule, plutôt que d’importer des médicaments de l’étranger, ou d’attendre que d’autres laboratoires n’en produisent un nouveau ?

Le 17 juin dernier, vous déclariez, sur LCI : « Je n’ai aucun moyen légal d’obliger un laboratoire industriel international de produire une molécule qu’il ne veut plus produire, c’est comme si vous obligiez Peugeot à faire une voiture qu’il a arrêté de produire depuis deux ans ! Ça n’existe pas d’obliger un industriel à produire un médicament qu’il ne veut plus produire. » Pourtant, c’est bien à la demande de l’ANSM que le laboratoire Merck a produit la nouvelle formule, réservant même sa production au territoire français. C’est la preuve qu’une demande des autorités de santé peut être satisfaite par un laboratoire. Les médicaments ne sont pas des produits de consommation comme les autres pour leurs utilisateurs, en tout cas pas comparables aux voitures.

Alors que le laboratoire Merck a annoncé, fin juillet 2018, son intention de lancer la nouvelle formule dans vingt-et-un pays de l’UE à partir de 2019, quel rôle comptez-vous jouer auprès de nos partenaires européens, quel processus d’alerte comptez-vous mettre en place pour éviter que cette crise sanitaire ne les touche eux aussi ?

Sept ans après la mise en place des mesures de pharmacovigilance suite à l’affaire du Mediator, la crise du Lévothyrox souligne à quel point les outils développés à cette époque sont mal ou peu utilisés. La réforme de la sécurité sanitaire était alors inspirée par un postulat : « que l’intérêt du patient prime sur l’intérêt de la firme. » Visiblement, cette ligne directrice n’a pas été suivie dans le cas du Lévothyrox. Comment comptez-vous rendre enfin effectifs les outils mis en place et les textes votés à cette époque ?

Sanofi Benalla, même combat !

 

Retrouvez mon 32e bulletin de député !

Au menu : je vous livre les liens entre la réforme constitutionnelle et l’affaire Benalla, la séparation des pouvoirs (toujours) ainsi que des nouvelles du Dolder !

Bon visionnage et puisque mon caméraman part en vacances, on fait une pause jusqu’à fin août : donc bonnes vacances !

Lévothyrox, tous cobayes ?

Monsieur le député François Ruffin attire l’attention de Madame la ministre de la Santé sur la crise sanitaire du Lévothyrox.

Aujourd’hui, pas moins de trois millions de personnes en France dépendent de médicaments à base de lévothyroxine, principalement le Lévothyrox, produit par le laboratoire Merck, en situation de quasi-monopole en France jusqu’ici. En mars 2017, la formule de ce produit a été modifiée suite à une demande  de l’AFSAPS  pour améliorer la stabilité  du Lévothyrox.

Effet nocébo

Suite à ce changement de formule, partout en France, des patients se sont plaints d’effets secondaires indésirables suite au changement de formule. Certains leaders d’opinion, liés à l’industrie ont fait appel à un prétendu « effet nocébo » : les patients seraient hystériques, et imagineraient des effets secondaires. Mais, le 10 octobre 2017 un premier rapport du centre de pharmacovigilance de Rennes, validé par l’ANSM, montre de manière indiscutable que les effets secondaires sont bien réels, très nombreux et inexpliqués.

Face à la colère des malades et des associations, Madame la ministre de la Santé a d’abord ordonné l’importation en urgence de 190 000 boîtes de 100 comprimés de l’ancienne formule, en provenance d’Allemagne, peu avant d’annoncer la mise à disposition de quatre médicaments différents à partir de la mi-novembre 2017. Pourtant, malgré ce revirement, elle continue d’affirmer qu’il n’y a aucun problème. En effet, en réponse à une question sur le même sujet adressé par mon collègue Dominique Watrin, Madame la ministre affirme le 25 janvier 2018, envers et contre tout, que « cette nouvelle formule, aujourd’hui largement dispensée, présente une meilleure stabilité tout en ayant strictement la même substance active. Elle apparaît comme étant parfaitement tolérée par une très grande majorité de patients. ».  Aucune donnée scientifique ne permet pourtant d’affirmer cette « meilleure stabilité… ».

Malgré l’arrivée des alternatives,  sur le marché français, des centaines de milliers de patients français souffrant d’effets secondaires importants vont toujours à l’étranger se procurer  l’ancienne formule, tandis que d’autres peinent à s’adapter à la nouvelle formule ou aux nouveaux médicaments sur le marché.

Effets secondaires redoutables

Le 14 juin 2018, l’AFMT (l’Association Française des malades de la Thyroïde) a publié les résultats de ses propres analyses, révélant un sous-dosage de thyroxine, ainsi que la présence d’une autre molécule, non commercialisée en France, qui pourrait être de la dextrothyroxine, aux effets secondaires redoutables.

Pourquoi ni l’ANSM, ni le ministère de la Santé, n’ont-ils lancé une enquête sur ce changement de formule, manifestement dangereux pour de nombreux patients ? Selon Gerard Bapt, médecin-cardiologue et ancien député, « Nul dans les institutions sanitaires ou politiques ne se pose de question sur les véritables raisons ayant conduit au transfert aventureux de mars 2017. C’est pourtant l’intérêt commercial de la firme et de ses investissements en Chine qui ont primé sur l’intérêt des patients. » (La nouvelle formule n’utilise plus de lactose comme excipient, afin de répondre à la demande croissante venant d’Asie, où près de 80% de la population y est intolérante).

Des cobayes des labos ?

La crise n’est pas finie. Les malades demandent des explications. Le député François Ruffin interroge Madame la Ministre : les Français seraient-ils donc des cobayes pour les laboratoires pharmaceutiques ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’enquête de l’inspection des affaires sociales, l’IGAS, ou d’une commission scientifique indépendante, comme le réclamait le Centre Régional de Pharmacologie de Rennes pour comprendre le déclenchement de cette crise sanitaire, et expliquer les inconnues scientifiques existantes ?

Dolder : qu’a raconté Monsieur Macron à Big Pharma ?

François Ruffin interroge monsieur Edouard Philippe, Premier ministre, sur la rencontre entre le Président de la République et les dirigeants de l’industrie pharmaceutique.

Cette rencontre ne figurait pas dans l’agenda officiel de l’Elysée : le lundi 9 juillet, juste après le Congrès, le président de la République recevait les membres du Dolder, c’est-à-dire les vingt-cinq patrons des plus importantes entreprises pharmaceutiques mondiales. Et au premier rang, le directeur général de Sanofi, Olivier Brandicourt, qui accueillait ses collègues à Paris.

Le lendemain, aucun compte-rendu de ces discussions n’apparaissait sur le site officiel de la présidence de la République.

Le député souhaiterait donc être éclairé : quelles questions furent abordées entre les géants du médicament et M. Emmanuel Macron ?

 

 

Le scandale Dépakine ?

Le 22 juin dernier, l’Agence nationale de sécurité du médicament a publié, pour la toute première fois, les chiffres officiels du nombre de victimes de la Dépakine. Son rapport situe ainsi entre 16 600 et 30 400 le nombre d’enfants atteints de troubles mentaux et du comportement après avoir été exposés au valproate de sodium (molécule de base de la Dépakine) dans le ventre de leur mère ces cinquante dernières années.
Nous souhaitons savoir si ce point a bien été abordé lors du dîner du lundi 9 juillet. Nous n’en avons en effet trouvé aucun écho dans la presse.

Jusqu’ici, le groupe Sanofi refuse d’abonder au fonds d’indemnisation des victimes de la Dépakine, dont les besoins sont estimés à six milliards d’euros.
Nous souhaitons savoir si ce point a bien été abordé lors du dîner du lundi 9 juillet. Nous n’en avons en effet trouvé aucun écho dans la presse.

2000 postes de chercheur supprimés

Ces huit dernières années, quelque 2000 postes de chercheurs ont été supprimés par le groupe Sanofi dans notre pays, malgré 130 millions d’euros perçus annuellement en Crédit impôt recherche. Au niveau mondial, ce chiffre s’élève à 4000 postes supprimés.
Nous souhaitons savoir si ce point a bien été abordé lors du dîner du lundi 9 juillet. Nous n’en avons en effet trouvé aucun écho dans la presse.

L’usine Mourenx

Ce même lundi 9 juillet, l’Association France Nature Environnement portait plainte contre le site Sanofi du bassin de Lacq à Mourenx (Pyrénées-Atlantiques) qui fabrique la Dépakine. L’usine aurait rejeté, en avril, jusqu’à 190 000 fois la norme autorisée de bromopropane, substance classée comme cancérigène mutagène et avec des effets susceptibles d’altérer la fécondité. Le site rejetterait aussi du valproate de sodium à hauteur de plusieurs tonnes par an. Les services de l’Etat avaient de fait, en avril 2018, mis en demeure le groupe Sanofi de respecter les valeurs limites d’émission de différents composés organiques volatils (COV) sous trois mois sous peine de fermeture administrative. Le groupe Sanofi a finalement décidé le lundi 9 juillet au soir de fermer sine die l’usine de Mourenx.
Nous souhaitons savoir si ce point a bien été abordé lors du dîner du lundi 9 juillet. Nous n’en avons en effet trouvé aucun écho dans la presse.

Dolder bis

Le lendemain, mardi 10 juillet, c’était re-belote.
Les membres du Dolder se retrouvaient à nouveau, mais sous votre égide cette fois, au Conseil stratégique des industries de santé, instance de dialogue entre l’Etat et les entreprises du secteur.

Vous y avez annoncé des mesures en faveur de l’industrie pharmaceutique : délais raccourcis de mise sur le marché, diminution des contraintes de commercialisation, ou encore garantie d’un taux de croissance minimal de 0,5 % par an minimum sur les trois prochaines années pour le chiffre d’affaires des médicaments remboursables. Des décisions largement saluées par le Leem, le lobby français des entreprises pharmaceutiques.

Mais n’avez-vous pas oublié les autres sujets ?  Ou avez-vous fait silence sur ce sujet, considérant – comme dans l’hémicycle le 17 octobre dernier – qu’on ne doit pas  » dénigrer une entreprise française qui fonctionne bien » ?

Licenciement dans l’hôpital – Ma question à Agnès Buzyn

Monsieur le Député François Ruffin interroge Madame Agnès Buzyn, Ministre de la Santé, quant au licenciement du personnel hospitalier.

Le syndicat Force Ouvrière diffuse depuis quelques semaines, dans ses réseaux, sur Internet, une information : le gouvernement s’apprêterait à rendre possible le licenciement de personnel hospitalier. Jusqu’ici vous n’avez pas démenti, ni confirmé : s’agit-il d’une “fake-news” ? Ou bien qui ne dit mot consent ?

 

Cette question fait suite à la position de la Directrice Générale de la DGOS lors du Conseil Supérieur de la Fonction Publique Hospitalière du 20 décembre 2017.

 

Madame la Directrice fut interpellée par les organisations syndicales sur les intentions du ministère concernant l’éventualité de la publication du décret, prévu aux articles 93 et 95 du Titre IV, qui permettrait, en cas de suppression de postes, de procéder au licenciement d’agents titulaires.
Elle a alors confirmé que le Gouvernement, suite à l’arrêt du Conseil d’État du 25/10/17, mettrait en œuvre le décret pris en application de l’article 93 de la loi du 9 janvier 1986.

 

Décret vivement combattu par nombre de salariés et la plupart des organisations syndicales, tant lors de sa prise d’application qu’en 1998 lors d’une nouvelle tentative de publication.

 

Madame la Ministre, dans des hôpitaux en pleine crise de nerfs, confirmez-vous la publication prochaine dudit décret ? Et que le gouvernement s’apprête donc à autoriser le licenciement de fonctionnaires titulaires ?

Fraude aux cotisations sociales – Question à la Ministre de la Santé

M. François Ruffin attire l’attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé sur la fraude aux cotisations sociales.

Il s’appuie pour cela sur la situation de Philippe Pascal, ancien inspecteur de l’Urssaf. Son cas, de notoriété publique, a largement été évoqué, ces dernières semaines, dans les médias (MediapartLa ProvenceLibérationL’HumanitéLe Dauphiné, entre autres).

L’enquête

En décembre 2010, Philippe Pascal, alors en charge de la lutte antifraude dans le Vaucluse, est mandaté par sa direction pour contrôler un hôtel et un restaurant, alors propriété d’un homme d’affaires local influent, par ailleurs dirigeant de plusieurs autres sociétés.

Le contrôle met au jour de nombreux délits : travail dissimulé, double comptabilité, faux bilans, abus de biens sociaux, prise illégale d’intérêts. La procédure se solde, en février 2011, par la mise en examen du dirigeant d’entreprise et de son fils pour « abus de biens sociaux, recel d’abus de biens sociaux, faux bilan, travail dissimulé et harcèlement moral », ainsi qu’un redressement fiscal de 750 000 euros.

Passages à tabac

Les problèmes de Philippe Pascal commencent alors. En novembre 2011, quelques jours après la notification du redressement, un 4×4 cherche à le percuter sur la chaussée. En mai 2012, un ami qu’on a confondu avec lui parce qu’il sortait de son domicile est passé à tabac. Quarante-cinq jours d’ITT lui sont prescrits.

En mars 2013, le véhicule de Philippe Pascal est volé puis retrouvé à l’entrée de l’Urssaf, son lieu de travail, agrémenté d’un panneau où est écrit « Tire-toi vite ». À chaque fois, une plainte est déposée mais classée sans suite. Début 2014, Philippe Pascal se plaint auprès de la nouvelle direction régionale de l’Urssaf du manque de soutien dont il bénéficie, alors que son travail a depuis treize ans toujours été loué par ses supérieurs.

« Manque de discernement »

Il reçoit alors une convocation devant un conseil de discipline pour « manque de discernement » et « dénigrement de sa hiérarchie ».

Le dirigeant d’entreprise va alors porter plainte, à trois reprises, contre Philippe Pascal. La première pour corruption, classée sans suite. Une autre pour atteinte à la présomption d’innocence, dans laquelle le dirigeant a été débouté en première instance puis en appel, et condamné à verser 2 000 euros de dommages et intérêts à Philippe Pascal.

La dernière procédure vise Philippe Pascal pour « recel d’enregistrement privé ». L’inspecteur de l’Urssaf avait en effet en sa possession un enregistrement du dirigeant, effectué par un salarié, où le chef d’entreprise reconnaissait avoir enfreint la loi. Selon l’article 40 du code de procédure pénale, Philippe Pascal a transmis cet enregistrement à sa hiérarchie. Cet acte lui vaut d’être visé par une plainte de l’avocat du dirigeant d’entreprise.

Quinze kilos

Le procès, initialement prévu en mai 2016, a été repoussé quatre fois, et récemment encore parce que l’un des trois avocats du plaignant avait mal au dos. La situation que vit depuis sept ans Philippe Pascal, aujourd’hui retraité, lui a valu d’être entre autres victime d’un épuisement professionnel, de trois séjours aux urgences pour malaises cardiaques, et d’effectuer un séjour en clinique psychiatrique, après avoir perdu quinze kilos.

Dans le même temps, les procédures pénales déposées par la gendarmerie, l’inspection du travail et la police pour travail dissimulé, prise illégale d’intérêt, abus de biens sociaux, faux bilans, faux et usage de faux et intimidation n’ont à ce jour pas encore été traitées par le parquet d’Avignon.

Fraudes

Ce cas peut avoir valeur d’exemple. Alors que la Cour des comptes a estimé en 2014 (source le Figaro) que la fraude aux cotisations sociales représentait, chaque année, une perte de 20 à 25 milliards d’euros pour l’État, il lui demande ce que compte faire son ministère pour améliorer le soutien de l’État à ses propres agents chargés de contrôler les entreprises et quel appui, symbolique et concret il apportera à M. Philippe Pascal, que l’on ne qualifiera même pas de « lanceur d’alerte » mais simplement de fonctionnaire soucieux de bien faire son travail.

Il lui demande si un autre inspecteur de l’Urssaf, ou de toute autre administration de contrôle, osera- désormais mener à bien ses missions au vu des conséquences personnelles que cela peut engendrer sur sa santé.

Sanofi : 107 millions d’euros détruits au bulldozer !

Question à 107 millions d’euros : que fait ce bulldozer ?
Il détruit.
Mais il détruit quoi ? Un bâtiment de Sanofi, tout neuf, qui n’a jamais servi, et qui a pourtant coûté, donc, plus de cent millions d’euros…

Quand on avait reçu l’info, on avait d’abord eu du mal à y croire. C’était un courriel, parvenu au rédac’ chef au printemps dernier, qui relayait un article paru dans le Midi Libre.

De : b………….@free.fr>
Date : 28 avril 2017 à 15:10
Objet : SANOFI – info Midi Libre
À : comitesoutien@picardiedebout.fr

Bonjour Mr RUFFIN,
Je voulais vous transmettre cette info hallucinante publiée aujourd’hui dans Midi Libre (mais peut-être que l’info vous a déjà été donnée).

« Montpellier.
Sanofi détruit une usine neuve.
Incroyable mais vrai.
La société Sanofi a lancé il y a quelques semaines sur son site de Montpellier le démantèlement d’un bâtiment flambant neuf.
Un certain effarement parmi les chercheurs a accompagné l’annonce de la démolition puisque cette unité, achevée en 2012 et qui n’a jamais servi, aura coûté 107 millions d’euros !
L’objectif de Sanofi est de disposer, d’ici à la fin de l’année, d’une structure sans toit ni fenêtre afin d’éviter, notamment, le paiement de la taxe foncière sur le bâtiment, évaluée à 1 million d’euros. »

On était allé sur place, histoire de vérifier ça. Tout est vrai, et même pire, encore.
« DI50 » : c’est le nom de code du bâtiment. Un beau vaisseau de 9 000 m2, avec quelque 20 000 pièces d’équipement à l’intérieur.

En ces derniers jours d’octobre, la grande entreprise de démolition a donc commencé. Et voici comment 107 millions d’euros, plus qu’un Téléthon, partent en fumée…

Comment en est-on arrivé là ?

« Ce bâtiment n’a pas servi »

Lancé en 2003, ce projet symbolisait la « volonté de développement » du groupe. L’ère de la recherche sur des petites molécules advenait, et le DI50 en serait « le pilote à la pointe de la technologie mondiale, prévu pour durer vingt à trente ans ». C’est l’ancien responsable du site de Montpellier, Philippe Courbin, qui claironnait ça.

Neuf ans plus tard, en 2012, une fois le navire achevé, marche arrière toute : on passe aux molécules biologiques, le travail sur des organismes vivants. C’est la tendance du moment, plus difficile à copier pour ceux qui fabriquent des génériques.

Le DI50 est donc « en inadéquation avec les nouveaux projets industriels », estime l’entreprise.
Le recycler serait trop couteux.
Le garder, c’est un million d’euros de taxe foncière.
Alors, on détruit. On rase complètement, même : tant qu’on y est, on ne va pas juste se contenter de péter quelques fenêtres…

Et puis de toute façon, « ce bâtiment n’a pas servi, personne n’y a apporté un supplément d’âme », balayait Xavier Tabary, directeur du site de Montpellier.
Parce que, c’est le souci numéro un de Sanofi, l’âme…

L’avenir de Sanofi

Sur place, juste avant l’été, les salariés balançaient entre colère et consternation. Annie, une ancienne de la maison : « On avait les budgets, le matériel, tout était installé, l’autorisation devait tomber un vendredi matin. Et le jeudi soir, ils nous disent ‘‘Le bâtiment, c’est pas qu’on va le fermer, c’est qu’on va pas l’ouvrir. On va le mettre sous cloche. ’’ Comme pour les pyramides d’Egypte, pour les générations futures, en fait. »

A ses côtés, Olivier, délégué syndical Sud s’emportait : « Jusque là, ils déclaraient aux salariés ‘‘C’est un truc fabuleux, une première mondiale, c’est l’avenir de Sanofi’’. Tout le site s’est mis à vivre à l’unisson de ce bâtiment. Tous les services techniques se sont réorganisés pour lui. Dans certaines équipes, ils faisaient des 2×2, des 2×4, on recrutait pour que les gens travaillent tous au même rythme. Et là, Tabary qui nous dit, ‘‘Y a pas de supplément d’âme, dans ce bâtiment’’. Si, y a une âme : celle des salariés. »

Gabegie financière

Sitôt la nouvelle rendue publique, certains élus locaux étaient montés au créneau. Christian Assaf, le député PS du coin jusqu’aux dernières législatives, pointait dans un courrier adressé au directeur général France de Sanofi un vrai « émoi parmi la population » face à cette « une « immense gabegie financière ».

Sans doute au vu des « soutiens publics que le groupe a reçus ces dernières années, que ce soit par l’aide des collectivités locales et de l’Etat », et des « citoyens et contribuables qui ont participé au soutien apporté à votre société ». Chaque année, rien qu’en Crédit impôt recherche, c’est quelque 130 millions d’euros qui tombent dans l’escarcelle du groupe. Avec ça, on peut bien condamner un bâtiment de recherche à 107 millions : le solde est toujours positif.

A Montpellier, l’histoire du DI50 n’est que la face émergée d’un iceberg qui fond à vitesse grand V. Il y a sept ans encore, le site de Sanofi avait un côté fourmilière, avec ses 1350 salariés. Ils sont désormais 878. 35% en moins. Dans la moyenne d’un groupe qui saborde sa recherche au niveau national.