Perquisitions à la FI : Un profond sentiment d’injustice

Ce matin, l’appartement de Jean-Luc Mélenchon, celui de la secrétaire générale du groupe, le local de la France insoumise et celui du Parti de gauche ont été perquisitionnés.

Je voudrais dire ici mon profond sentiment d’injustice.

Il y a un homme qui a mené sa campagne main dans la main avec les maîtres de la presse, les maîtres des télécoms, les maîtres du médicament, tout le CAC40 réuni, qui baigne dans les affaires comme un requin en eaux troubles,

il y a un homme qui a profité du ministère de l’Economie, et son ancien collègue du budget Christian Eckert en témoigne, pour lancer sa campagne présidentielle sur les deniers publics,

il y a un homme qui s’est entouré de ministres, de collaborateurs, gavés de stocks options, d’affairistes de l’immobilier, de champions du conflit d’intérêts,

il y a un homme qui, retour sur investissement, fait des lois sur mesure pour ses amis financiers, du secret des affaires à la vente des aéroports en passant par la suppression de l’ISF, par la flat tax, par le CICE renforcé, etc.

il y a un homme qui, c’est sous notre nez, opère la fusion de l’Etat avec l’oligarchie, écarte chaque jour l’intérêt général au profit des multinationales.

Et qui vient-on poursuivre ?
Le groupe qui, aujourd’hui, à l’Assemblée et en-dehors, défend les gens contre l’argent.
C’est tellement évident.
Tellement deux poids, deux mesures.
Tellement une disproportion de moyens pour des queues de cerises, quand, dans le cas Benalla, la police trouve porte close le soir et revient gentiment le lendemain, une fois l’appartement nettoyé.

Je suis dans le train, là, pour le site de Sanofi de Mourenx, dans les Pyrénées.
Durant des mois, et peut-être des années, l’usine a rejeté 190 000 fois plus de bromopropane, une substance cancérigène, que les normes autorisées. Durant des décennies, la Dépakine fut vendue à des femmes enceintes, causant 30 000 enfants autistes, alors que Sanofi savait, se taisait, engrangeait les profits. Et refuse aujourd’hui de sortir le moindre euro pour les indemniser.
Là, on attend toujours une perquisition au siège de Sanofi. Ou au domicile de Serge Weinberg, son PDG, et ami de notre Président, à qui il conseillait : « Enrichissez-vous. », avant de l’introduire à la banque Rothschild, avant de le soutenir pour la présidentielle, avant d’être, dès l’intronisation, reçu à l’Elysée.
Ces perquisitions, on les attend toujours.
On risque de les attendre longtemps.

On peut apprécier ou non Jean-Luc Mélenchon.
On peut apprécier ou non la France insoumise.
Et je ne suis pas, loin de là, le plus « corporate » des députés FI.
Mais le souci, pour moi, n’est plus là. Et avec un peu de gravité, je voudrais m’adresser simplement aux Républicains de ce pays : c’est la question démocratique qui est désormais posée. Et de cette épreuve, avec le peuple, avec les gens, je suis convaincu que nous sortirons plus forts.

Toutes mes amitiés, à distance, à mes camarades.
(Depuis la gare de Pau.)

François Ruffin

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Sanofi Benalla, même combat !

 

Retrouvez mon 32e bulletin de député !

Au menu : je vous livre les liens entre la réforme constitutionnelle et l’affaire Benalla, la séparation des pouvoirs (toujours) ainsi que des nouvelles du Dolder !

Bon visionnage et puisque mon caméraman part en vacances, on fait une pause jusqu’à fin août : donc bonnes vacances !

Pourquoi je n’irai (toujours) pas à Versailles

Lundi 9 juillet, comme chaque lundi, je serai à ma permanence, à Amiens, pour faire ce pour quoi j’ai été élu : rencontrer les gens, faire remonter leur parole et les représenter. Et non aller écouter, celui qu’on ne devrait plus appeler le Président des Riches… mais le Roi des riches !


L’année dernière déjà… (publiée le 29 juin 2017)

Ce lundi, j’avais rendez-vous, à Amiens, avec des parents d’enfants handicapés. Ensemble, nous devions rédiger une question écrite au gouvernement, au ministère de la Santé en l’occurrence, et travailler à une proposition de loi (ça, pour l’instant, je ne sais pas du tout faire).
Et voilà qu’Emmanuel Macron a décidé, subitement, de convoquer un Congrès.
Pour quoi faire ?
Pour l’écouter.
On aura droit à son Premier ministre le mardi, mais ça ne suffit pas, le Président se rajoute au programme la veille.
A quoi on va servir, nous tous, là-bas ?
A rien, on va juste l’écouter.
Je ne crois pas qu’on m’ait élu pour ça.
Je préfère bosser sur des dossiers, avec les gens, à leurs côtés.

Quant au sens politique, maintenant : ça fait beaucoup, quand même, non, pour le monarque républicain ? Sur la loi Travail, mais aussi l’Université il paraît, et même (avant que ça ne capote) sur les néonicotinoïdes, il fonce par ordonnances. Il prépare un Etat d’urgence sur mesure et permanent qui, dans la rue, dès l’automne, neutralisera ses opposants. A l’Assemblée, il se choisit sa propre opposition, “constructive”. Et lorsqu’il se tourne vers le Parlement, c’est juste pour avoir des figurants dans sa pièce à lui. En plus, il paraît qu’on doit rendre nos amendements sur l’habilitation à la loi Travail pour lundi soir (et des amendements je ne sais pas non plus comment on fait ça).
Alors, je vais vous dire, ce lundi, je serai aussi bien devant ma télé à regarder LCP.
On a pensé à tenir cette position, avec plein de camarades, au sein du groupe France insoumise.
Et donc finalement, après discussion, on n’y va pas.

A la place, on va bosser !

Une question de vaisselle

Ma question s’adresse au ministre de la faïencerie.

Mercredi dernier, le pays apprenait la nouvelle : pour leur palais, Brigitte et Emmanuel Macron vont acheter – je cite – « 900 assiettes de présentation et 300 assiettes à pain, correspondant » – je cite toujours – « à l’idée du changement porté par la Présidence ».

Je m’en félicite.

Même si j’ignore, pour ma part, à quoi ressemblent des « assiettes de présentation » et des « assiettes à pain ».
Ce ne sont pas, à coup sûr, de vulgaires écuelles : il en coûterait, en effet, plus de 500 000 €.
Des démagogues s’en sont émus.
De mon côté, je le dis tout net : ça n’est rien, un demi-million.
Peu importe le prix, pourvu que nos majestés de l’Elysée dînent en toute dignité.

Le même jour, ce mercredi toujours, le chef de l’Etat pestait : « On y met un pognon de dingue ».
Il ne songeait pas à sa vaisselle.
Ni aux 93 milliards de bénéfices du Cac 40.
Ni aux 47 milliards de dividendes versés aux actionnaires.
Il évoquait les aides aux mères célibataires.
Aux chômeurs multi-licenciés.
Aux accidentés de l’emploi.
C’est ainsi. Les pauvres coûtent trop cher.
Leurs prestations sont un gouffre pour la Nation.

A nous d’aider le président dans sa pédagogie.
Pour que les Français comprennent ce principe Macronéconomique : quand on donne aux pauvres, c’est du gâchis. Quand on donne aux riches, c’est de l’in-ve-sti-sse-ment.

De ce côté, depuis un an, vous avez énormément investi.
Votre gouvernement a supprimé l’Impôt sur la Fortune, a diminué la taxe sur les dividendes, et en finira bientôt avec l’exit tax.

Mais c’est pour le bien de la France.
Et je suis confiant : le peuple est bon.
Le peuple est généreux.
Après la hausse de la CSG, après la baisse des allocations logement, après la suppression des contrats aidés. Le peuple est encore prêt à quelques sacrifices.

Alors, ma question : quelles nouvelles mesures comptez-vous prendre pour que tous nos amis fortunés puissent changer leur faïencerie ?

Marcheurs debout ?

Ils étaient En Marche !. Et puis on les a retrouvés en pleine Fête à Macron dans les rues de Paris. Rencontre.

Emmanuelle Reeves :

Petite-fille de l’astrophysicien Hubert Reeves, bientôt avocate, elle est très engagée sur les questions environnementales et de bien-être animal. Elle a travaillé pour plusieurs gouvernements (France, Maroc, Monaco) et a participé à la mobilisation des acteurs non-étatiques lors de la COP 21. Elle a rejoint En Marche en janvier 2017 à la suite de l’appel lancé par Emmanuel Macron à la société civile.

À l’origine de la démission collective des « 100 démocrates » en novembre 2017, Emmanuelle a quitté le parti présidentiel après avoir alerté, dans une lettre ouverte à ses « Amis Marcheurs », les adhérents de La République En Marche sur la dérive autoritaire du mouvement.

Raphaël Valente :

Raphaël Valente a 42 ans, est originaire de Teting-sur-Nied en Moselle, et a deux enfants. Après un parcours dans la gestion de patrimoine, il s’est dirigé dans le commerce en B2B. Sympathisant puis militant socialiste, issu d’une famille ancrée à gauche, il s’engage pour la présidentielle auprès d’En Marche et s’implique directement auprès de la candidate de la 7e circonscription de Moselle. Il rejoint les marcheurs en colère puis la Camem, a démissionné en novembre après d’infructueuses actions auprès de LREM afin de dénoncer le manque de démocratie et la dérive droitière du gouvernement.

A l’Assemblée, personne n’écoute les paroles

Durant tous les débats qui ont eu lieu dans l’hémicycle sur le Burn Out et les 400000 personnes touchées par les troubles psychiques liés au travail, et pas seulement mes prises de paroles, qu’a fait Monsieur Castaner ?

Il avait, je le dis sans ironie, des excuses pour ne pas être passionné, jeudi dernier, par la question du burn-out: il était assigné à cette séance, comme pour une corvée pour lui. A cause de la défaillance de la ministre du travail, Muriel Pénicaud. Et comme je le signalais dans l’hémicycle, c’est plutôt là que réside, sinon le scandale, du moins l’anomalie:

“Je regrette l’absence de Muriel Pénicaud alors que cette question l’intéresse au premier chef. Notre débat aurait été sans doute nourri ! J’ai parlé tout à l’heure de négligence dans la société : je considère que la manière dont on traite ce dossier ce matin est une négligence de la part du Gouvernement. Sans vous désobliger, monsieur Castaner, je rappelle que c’est hier soir que vous avez appris que vous devriez défendre la position du Gouvernement sur ce dossier. Or, lorsqu’on compte environ 400 000 troubles psychiques par an liés au travail, je trouve que c’est là une manière négligente de traiter, non pas moi – je m’en fiche bien –, non pas l’Assemblée, mais ce problème de société.”

“L’Assemblée est nue ?” Lettre ouverte à François de Rugy

Monsieur le président,

Ce mercredi 20 décembre, en conseil de discipline, vous allez devoir trancher : faut-il me sanctionner pour le “déshonorant” et “indigne” port du maillot d’Eaucourt-sur-Somme dans l’hémicycle ?
Avant que cette grave question ne soit tranchée, et mon martyr achevé, je viens vous en poser une seconde : de quoi, au fond, le maillot d’Eaucourt-sur-Somme est-il le nom ?
Je ne voudrais pas vous parler de sport.
Ni même d’associations, ou de subventions.
Mais de notre Assemblée, de notre Constitution.

Chemise et pantalon

Notre histoire s’est offert des crises parlementaires. Il ne nous reste que des crises vestimentaires. En quelques mois, j’en ai connu trois : le non-port de cravate, la chemise hors du pantalon, et donc le maillot d’Eaucourt-sur-Somme. A chaque fois, l’hystérie m’a surpris, l’emportement de collègues députés, des médias, ou de l’institution.
Et puis, enfin, aujourd’hui, j’ai compris.

Gavage élyséen

De la “loi travail numéro 2” à celle sur “la moralisation de la vie publique”, de la “Sécurité intérieure” au “budget de la sécurité sociale”, en un semestre déjà, il ne faut pas être bien malin pour s’en rendre compte : l’Assemblée, supposée “législative”, ne fait pas la loi.
Ces textes nous tombent de l’Elysée, après un passage par les ministères, et le Parlement sert de chambre d’enregistrement, gavé de lois comme des oies, siégeant du lundi au vendredi, jusqu’à une heure du matin. Nous suggérons certes des milliers d’amendements, pour se donner l’air important. Nous affichons notre fierté, victorieux quasiment, lorsqu’avec l’assentiment du gouvernement une virgule d’un alinéa est déplacée.
Je le savais depuis longtemps, en théorie. Je l’avais observé de loin, comme simple citoyen, sous Hollande, sous Sarkozy, sous Chirac. Mais c’est autre chose, tout de même, de l’avoir sous le nez au quotidien, d’y être en butte chaque matin. A découvrir, comme ça, la toute puissance de l’exécutif, qui est en fait également le législatif, je retiens un cri : “Montesquieu, reviens !”

Législatif-fiction

J’en ai causé, déjà, avec des dizaines de personnes, des juristes et des lambdas, de la majorité et de l’opposition, des députés et des administrateurs, des de gauche et des de droite, et pour tous, pour tous, c’est une évidence : la séparation des pouvoirs n’est qu’une fiction.

Mais c’est une évidence qui se chuchote.
Une évidence qui se murmure.
Une évidence qui ne se clame pas haut et fort.
Tel le jeune enfant qui, dans le conte d’Andersen, Les Habits neufs de l’Empereur, vient crier “Le roi est nu ! Le roi est nu !”, je me suis assigné ce rôle : crier “L’Assemblée est nue ! L’Assemblée est nue !” Non par plaisir, mais par regret. Par espoir, aussi, pour qu’elle obtienne un véritable pouvoir, qui lui revient de droit : faire la loi.
Aussi, tous les débats d’aujourd’hui, sur le nombre de députés, sur leurs notes de frais, sur les réformes que vous avez lancées, tous ces débats ne m’intéressent pas, ou peu. Ces discussions masquent la seule interrogation qui vaille à mes yeux : à quoi sert-on vraiment ? Quelle fonction nous attribue-t-on ? Va-t-on faire la loi, oui ou non ?
Et sinon tant qu’à enlever deux cents députés tant qu’à faire des économies, pourquoi ne pas y aller carrément ? Pourquoi ne pas supprimer le Parlement tout entier ? Pour conserver une apparence de démocratie ?

Nous y voilà, l’apparence.
Et j’en arrive enfin au maillot d’Eaucourt-sur-Somme.

« Le beau lustre »

Avec mon cri, “l’Assemblée est nue ! L’Assemblée est nue !”, je me trompais, sans doute. C’est presque l’inverse qu’il faudrait dire : l’Assemblée n’est qu’habit. De pouvoir, elle n’en a pas, elle n’en a que l’apparat.
Comme beaucoup de nouveaux élus, j’ai fait visiter le Palais Bourbon à ma famille. Dans le salon Delacroix, mon fils Joseph, âgé de neuf ans, s’est planté le nez vers le plafond : “Tu as vu le beau lustre, Papa ?” Et j’ai songé, tu as raison, mon fils, c’est juste du lustre. Mais derrière ce lustre, derrière les dorures, derrière les apparences, le vide.
Derrière, l’insignifiance de notre pouvoir.
Derrière, l’inutilité de notre fonction.
D’où la panique, en fait, lorsqu’on touche à l’habit, qui fait le parlementaire.
C’est notre collègue Thierry Benoit qui a le mieux résumé ça. Dans l’hémicycle, durant mon intervention, durant mon hommage aux bénévoles, il s’égosillait : “Charlot en maillot !” Je l’ai retrouvé, mercredi dernier, à la Commission des affaires économiques, et j’ai éclaté de rire : “Bah alors ? Qu’est-ce qui t’a pris ? T’as pété un câble ?”, je l’ai taquiné. Et lui de me répondre : “Je t’aime bien tu sais, mais là, si on vient en maillot, quand est-ce qu’ils vont nous retirer la garde républicaine ? Quand est-ce qu’ils vont nous ôter les huissiers avec leurs chaînes ? Qu’est-ce qu’il va nous rester ?”
Qu’est-ce qu’il va nous rester, en effet, si on nous enlève les apparences ?
Aussi, Monsieur le président de l’Assemblée nationale, vous me sanctionnerez si vous le désirez.

Notre honneur

Mais plutôt que de sauver les apparences, je vous inviterais à entamer un bras de fer avec un autre président, nettement plus puissant : de la République, lui. Pour que notre Assemblée soit habillée de réels pouvoirs. Pour qu’elle ne lui serve pas que de faire-valoir. Pour que les parlementaires ne soient plus ses marionnettes, moi comme Guignol, vous comme Gendarme…

Notre “dignité”, notre “honneur” de députés, devraient résider là : engager une lutte avec l’exécutif, pour la séparation des pouvoirs, pour leur rééquilibrage.
Vous pourriez compter sur mon plein et entier soutien.

Respectueusement comme il se doit,
François Ruffin.