« Ce pays que tu ne connais pas »

Quand un boxeur envoie un crochet du gauche, il ne prévient pas à l’avance. C’est donc par surprise que je publie aujourd’hui « Ce pays que tu ne connais pas », un uppercut moral qui atteindra, je l’espère, le Président de la République. Bienvenue en France Monsieur Macron !

Une bombe de colère et d’espoir !


« J’veux du soleil ! » : montage terminé ! Des nouvelles de notre film en salle le 3 avril, on l’espère, une bombe de colère et d’espoir qui va déborder dans le pays ! Comme le craignent quelques cinémas…

Et aussi : un peu de censure à France Inter, l’indépendance de la justice et la liberté de la presse, et mon grand débat avec les Katia.

Bon visionnage et adé !

Le Bulletin #43 : Un zinzin à l’Elysée !

Du « boxeur gitan » à l’ingérence russe, en passant par le Ministère de la Vérité, la Loi anti-casseur, la perquisition à Mediapart : Macron est atteint d’une folie. Une folie qui le dépasse. La folie d’une classe saisie de démesure.

Et puis, sinon, on revient sur les lapins et les poules de Whirlpool à Amiens et surtout, l’histoire de Moïse, ce révolutionnaire !

Un excellent visionnage et adé !

Flashballé de Bordeaux : leur silence est une indécence

Pas un mot, hier, en séance, d’Edouard Philippe et de Christophe Castaner sur le pompier gilet jaune flashballé à Bordeaux.

C’est comme si les gilets jaunes étaient exclus du corps social.
Que leurs corps, dorénavant, ne comptaient plus.
Eux ne comptent plus.

Voilà ce que le pouvoir est prêt à faire pour passer en force.

RIC : Ne vous rendormez pas !

Nous sommes en salle de presse de l’Assemblée nationale, mais c’est à vous, Alexane, Geoffroy, Jo, Gaël, David, à vous toutes et tous, croisé sur les péages de La Barque et de Loriol, sur les ronds-points d’Arcy et d’Annecy, d’Albert et de Montpellier, de Mâcon et d’Aubenas, à tous les Gilets jaunes qui m’en ont parlé, qui l’ont réclamé, qui l’ont exigé, ce Référendum d’Initiative Citoyenne, que je veux m’adresser.

A vous toutes, à vous tous, j’ai répondu : « Je ferai mon possible. Je ferai remonte votre revendication jusqu’à Paris. »
Voici, donc.

Voici que le groupe France insoumise dépose une proposition de loi en faveur du RIC, un RIC qui figurait déjà dans le programme l’Avenir en Commun, un RIC que nous avions défendu par des amendements dès notre entrée dans l’hémicycle, mais un RIC étendu, élargi, renforcé, parce que – il faut le dire, il faut l’admettre, il faut vous en féliciter – parce que vous faites pression partout dans le pays, pression aussi sur nous. Un RIC, donc, avec ses quatre volets : législatif, abrogatif, révocatoire, constitutionnel. Un RIC « en toutes matières ».

Ce texte, surtout, vous avez deux semaines pour le commenter, pour le modifier, pour le transformer, bref, pour participer à la rédaction d’une loi qui, si elle était votée, vous ouvrirait la participation à bien d’autres lois.

Je voudrais retracer l’étrange chemin qui nous conduit au RIC aujourd’hui. Comment, Gilets jaunes, êtes vous partis d’une taxe sur le gasoil pour aboutir à une réforme constitutionnelle ?

Dès le premier samedi, dès le 17 novembre, on avait déjà glissé du gasoil au social. Sur les ronds-points, chacun amenait sa peine, le montant de sa petite retraite, le contrat aidé supprimé, le découvert dès le 9 du mois – avec le grand déballage du frigo vide, des enfants privés de vacances, des habits fournis par la Croix-Rouge, des repas réduits à une biscotte.

Ces témoignages, j’en recueille depuis vingt ans, mais chuchotés dans un appartement, en toute discrétion, avec la garantie de l’anonymat. Parce que le malheur ne suffit pas : il faut y ajouter la honte, la honte de ne pas s’en sortir, la honte de ne pas protéger sa famille.

Mais voici, et c’est toute la magie de ce moment, c’est tout la beauté de ce mouvement, voici que la honte privée est devenue une colère publique.
Voici que le frigo vide, les enfants privés de vacances, les habits fournis par la Croix-Rouge, les repas réduits à une biscotte, voici que ça ne se chuchote plus dans le huis-clos d’un appartement, voilà que ça se proclame haut et fort sur les ronds-points, les radios, les plateaux télés. Voici que la honte est retournée : honte à vous !

Honte à vous les ministres !
Honte à vous les députés !
Honte à vous le président !
Honte à vous, l’élite qui nous dirigez !
Honte à vous, qui traînez votre peuple dans la misère !
Honte à vous, doublement, les politiciens, qui vous goinfrez de petits fours, de salaires à vie, de notes de frais, de vaisselle à 500 000 €, de moquette à 300 000 ! Honte à vous, triplement, quand vous enrichissez les riches, quand vous gâtez les gâtés, quand vous privilégiez les privilégiés ! Quand vous supprimez l’Impôt de Solidarité sur la Fortune, quand vous offrez aux nantis la flat tax, et l’exit tax.

C’est tellement injuste.
Si manifestement injuste.
Si outrageusement injuste.

« Que pouvons-nous faire ? Que pouvez-vous faire ? vous me demandiez.
– Je peux peux porter votre voix », je répondais.
Ca vous faisait une belle jambe.
« Mais dans la Constitution, vous insistiez, y a pas un truc ?
-Non,
je regrettais. Le président peut vous mettre des carottes, et bien profond, durant cinq ans, c’est impossible de le révoquer. Et à l’Assemblée, il aura toujours ses toutous fidèles, ses robots d’En Marche ! en pilote automatique. Le système est verrouillé. »

C’est fort de ce constat, de ce verrouillage, après des semaines de surdité du sommet, après des « Macron démission ! » scandés partout en vain, que le Référendum d’Initiative Citoyenne a fleuri.

Oh, il n’a pas fleuri par hasard, il a fleuri parce que des hommes de conviction, nommons-les, Etienne Chouard et ses amis, ont semé, ont arrosé, depuis des années, depuis le Traité Constitutionnel Européen de 2005, depuis la trahison de Lisbonne, la trahison du peuple par les députés, par les sénateurs, par le président, depuis qu’il est évident, depuis qu’il est transparent, que le peuple ne saurait plus avoir aucune confiance dans ses représentants.

Partout dans le pays, Gilets jaunes, dans vos actions, dans vos réflexions, vous avez buté sur le même obstacle : les institutions. Tout le pouvoir, ou presque, entre les mains d’un seul homme, un monarque républicain, un président devenu le faux nez des banquiers, qui préfère ses amis financiers aux Français, pour qui l’intérêt des multinationales l’emporte sur l’intérêt général.

Un choeur s’est alors élevé :
Reprenons nos affaires en mains ! Référendum citoyen !
Et j’approuve.

J’approuve, mais regardez comme, soudain, toute la caste politique approuve à son tour, à demi-mots, les lèvres pincées, mais elle approuve. Charmant consensus.
Aussi, Gilets jaunes, permettez-moi d’approuver, mais avec méfiance.

D’abord : ne lâchez pas la proie pour l’ombre.
Durant ma traversée de la France, j’ai avant tout ressenti la vaste urgence sociale. C’est aujourd’hui que les retraités, les jeunes, les smicards, les camionneurs, les auxiliaires de vie sociale, les mères célibataires peinent à vivre. Le président Macron leur a accordé ses étrennes de Nouvel An, comme les grands bourgeois à leurs domestiques. Mais répartir mieux les richesses, pour de bon, vraiment, ça n’est pas à son ordre du jour.

En haut, on se gave, tandis qu’en bas on galère. En haut, grâce à la Macronie, c’est 10000 € en plus chaque mois pour les 10%, des grandes fortunes multipliées par sept en vingt ans, et qui grâce à la Suisse, au Luxembourg, aux Îles Caïmans, échappent à l’impôt. Tandis qu’en bas, au premier janvier le smic, les pensions, les allocations seront gelés, et que vous serez imposés sur le moindre litre de lait.

On voit bien tout l’intérêt pour lui, pour ses amis de l’oligarchie, que de faire glisser le débat vers un RIC qui sera discuté quand ? Au printemps ? A l’automne ? Ca ne coûte rien pour l’instant, au moins laisse-t-on passer l’orage.
C’est aujourd’hui qu’il faut de la justice.
C’est aujourd’hui qu’il faut de l’égalité.
N’abandonnez pas cette exigence.
Combattons la misère, toujours, tout de suite, partout.

Ensuite, que restera-t-il de votre RIC à l’arrivée ?
Méfiez-vous.
Surveillez-les.
Restez sur vos gardes.
Parce que votre idée, ils vont vous la détourner, la retourner, la biscorner, l’atténuer, la modérer, la rabougrir, la réduire, et à la fin, si vous ne luttez pas, pied à pied, il ne restera qu’un machin.
C’est une caste.
Elle tient le pouvoir.
Elle y tient.
Elle ne le lâchera pas, même des miettes.
C’est à vous de le prendre.

Enfin, et surtout, et j’achèverai là-dessus : rien, jamais, ne remplace un peuple en lutte.
La Constitution comporte de très belles phrases, sur les hommes qui naissent libres et égaux, sur les droits des femmes, sur la Terre à préserver, et même sur les animaux. Mais qu’en est-il dans la réalité ? Ce texte sacré est chaque jour bafoué.

Alors, oui, on peut y inscrire de nouvelles lois, on peut en modifier les règles, on peut réclamer le RIC, on peut ajouter un outil, un bel outil, dans la boîte à outil de la démocratie.
Soit.

Mais ces phrases, ces mots, ces bouts de papier ne vaudront rien sans un peuple éveillé, sans un peuple aux aguets, sans un peuple qui lutte, qui lutte comme vous l’avez fait cet automne, sans un peuple qui lutte pour que « Liberté, égalité, fraternité » ne soit pas qu’une devise ronflante, inscrite au fronton des mairies, mais bien vivante dans tous les esprits.
Gilets jaunes, ne vous rendormez pas !
Restez debout !

Participez à l’écriture de la Loi

Le groupe parlementaire de la France insoumise va déposer une proposition de loi constitutionnelle visant à instaurer la possibilité de référendums d’initiative citoyenne.
Cette proposition, qui figurait dans le programme l’avenir en commun, est aujourd’hui massivement réclamée par les gilets jaunes.

La mobilisation de ces dernières semaines témoigne de la volonté du peuple de se réapproprier la parole et la décision politique.
La 5e république ne le permet pas. Il est urgent d’introduire dans la constitution les mécanismes d’initiative citoyenne.
La France insoumise propose ainsi la possibilité pour les citoyens de demander des référendums législatifs, abrogatoires, révocatoires ou encore permettant la convocation d’une constituante.

Afin de garantir le débat en séance de cette proposition, le groupe LFI l’intégrera à l’ordre du jour de sa niche parlementaire, le 21 février prochain.

La version de la PPL présentée ci-dessous est entièrement amendable par les citoyen·ne·s jusqu’au 6 janvier minuit. Les amendements feront l’objet d’une synthèse afin de déposer une version enrichie qui sera présentée lors de la niche du groupe en février.

Intégrer le RIC à la Constitution

Article premier

Après le titre XIII de la Constitution, il est inséré un titre XIII bis ainsi rédigé :

« TITRE XIII bis :

« DU RÉFÉRENDUM D’INITIATIVE CITOYENNE »

Le peuple a droit de proposer les lois

Article 2

Avant le Titre XIV de la Constitution, il est inséré un article 78 ainsi rédigé :

« Art. 78. – Le peuple a droit de proposer les lois, et de les approuver par référendum.

« Un référendum national tendant à l’adoption d’un projet ou d’une proposition de loi se tient sur la demande de toute initiative soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales. Une proposition de loi citoyenne peut être initiée par toute personne et, soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales, celle-ci est soumise à un référendum national.

« Un référendum local tendant à l’adoption de tout projet de délibération ou d’acte relevant de la compétence des collectivités territoriales se tient sur la demande de toute initiative soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales de la circonscription concernée. Une proposition citoyenne de délibération ou d’acte relevant de la compétence des collectivités territoriales peut être initiée par toute personne et, soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales de la circonscription concernée, celle-ci est soumise à un référendum local.

« Les conditions d’application des précédents alinéas sont fixées par une loi organique, les pourcentages sus-mentionnés ne pouvant être supérieurs à deux pour cent, et les référendums devant se tenir dans un délai maximal de trois mois à compter de l’obtention du seuil requis de signatures de soutien. »

Le peuple a droit d’initiative pour abroger les lois

Article 3 :

Avant le Titre XIV de la Constitution, il est inséré un article 79 ainsi rédigé :

« Art. 79. – Le peuple a droit d’initiative pour abroger les lois votées en son nom par ses représentants.

« Un référendum national tendant à l’abrogation d’une loi se tient sur la demande de toute initiative soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales.

« Un référendum local tendant à l’abrogation d’une délibération ou d’un acte relevant de la compétence des collectivités territoriales se tient sur la demande de toute initiative soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales de la circonscription concernée.

« Les conditions d’application des précédents alinéas sont fixées par une loi organique, les pourcentages sus-mentionnés ne pouvant être supérieurs à deux pour cent, et les référendums devant se tenir dans un délai maximal de trois mois à compter de l’obtention du seuil requis de signatures de soutien. »

Le peuple a droit de révoquer ses élus

Article 4

Avant le Titre XIV de la Constitution, il est inséré un article 80 ainsi rédigé :

« Art. 80. – Le peuple a droit de révoquer ses représentants qu’il a élus.

« Le mandat de la Présidente ou du Président de la République est révocable, à l’issue du premier tiers de son mandat, par un référendum national qui se tient sur la demande de toute initiative soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales. Le cas échéant, la révocation est d’effet immédiat, et constitue un des cas d’empêchement définitif prévu par l’article 7.

« Le mandat des parlementaires est révocable par référendum local, à l’issue du premier tiers de leur mandat, convoqué sur la demande de toute initiative soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales de la circonscription concernée.

« Le mandat des élus locaux est révocable par référendum local, à l’issue du premier tiers de leur mandat, convoqué sur la demande de toute initiative soutenue par un pourcentage défini des électeurs inscrits sur les listes électorales de la circonscription concernée.

« Les conditions d’application des précédents alinéas sont fixées par une loi organique, les pourcentages sus-mentionnés ne pouvant être supérieurs à cinq pour cent, et les référendums devant se tenir dans un délai maximal de trois mois à compter de l’obtention du seuil requis de signatures de soutien. »

Le peuple a droit de réformer sa Constitution

Article 5

Avant le Titre XIV de la Constitution, il est inséré un article 81 ainsi rédigé :

« Art. 81. – Un peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer sa Constitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures.

« Si au moins cinq pour cent des électeurs inscrits sur les listes électorales en font la demande, un référendum national relatif à la convocation d’une Assemblée constituante se tient, dans les deux mois à compter de l’enregistrement de cette demande.

« Cette Assemblée constituante est composée de représentants du peuple qu’il désigne. Elle est chargée de rédiger et de proposer l’adoption d’une nouvelle constitution. Tout citoyen majeur et détenteur de ses droits civiques et politiques peut y siéger. L’élection de ces représentants aura lieu quatre-vingt jours après la promulgation des résultats du référendum convoquant l’Assemblée constituante.

« La durée maximale des travaux de l’Assemblée constituante est fixée à deux années à compter de sa date d’installation.

« Un référendum sur le résultat des travaux de l’Assemblée constituante est obligatoirement organisé dans les six mois qui suivent la conclusion de ces travaux.

« Une loi organique précise les conditions d’application du présent article. »

« Monsieur Macron doit maintenant partir »

Depuis vendredi, j’ai circulé dans mon département.
Je me suis rendu sur les ronds-points d’Amiens, de Flixecourt, d’Albert.
J’ai discuté durant des heures avec des « Gilets jaunes ».

Conformément à mon mandat, je viens rapporter ici, à Paris, devant l’Elysée, l’état d’esprit de mes concitoyens.
De la colère, on est passé à la rage.
L’orgueil du président de la République, sa surdité, son obstination, son absence de concessions sont une machine à haine.
Qu’ai-je entendu, durant deux jours ?

« Il va terminer comme Kennedy. »
« Si je le croise, tant pis, je monterai en prison. »
« Vous voyez la croix sur le terre-plein ? Il va finir pareil ».
Ces mots sont prononcés par des intérimaires, des retraités paisibles, des habitants ordinaires.

Et durant deux jours, je me suis appliqué à les tempérer.
A argumenter, à modérer : la violence ne mène à rien.

Mais c’est lui, le président de la République,
qui depuis dix-huit mois déchire la République.
C’est lui qui avec son arrogance déchire la France.
C’est lui qui met notre pays à feu et à sang.

« Macron démission! » : c’est le mot d’ordre entonné partout.
« Macron démission! », c’est proclamé en choeur sur tous les ronds-points.
« Macron démission », c’est inscrit au feutre sur des milliers de gilets.
« Macron démission », c’est réclamé par des pétitions.
Cette exigence de notre peuple, c’est mon mandat, c’est ma mission,
je viens la relayer ici, devant l’Elysée :

Que disent les Français que j’ai rencontrés ? Que Monsieur Emmanuel Macron doit maintenant partir.
Qu’il doit partir en auto, en moto, à cheval, en trottinette, en hélicoptère,
comme il veut, mais qu’il doit partir.
Qu’il doit partir avant de rendre notre pays fou, fou de rage, complètement fou.
Qu’il doit partir pour ramener la paix sociale, la concorde nationale.

« Vous déchirez la France »

Voici donc, Monsieur le président, votre budget de la honte.Voici votre budget de la colère.

Ce fut, l’année dernière, votre geste inaugural, votre entrée en matière : pour vos amis millionnaires, vous avez supprimé l’Impôt de Solidarité sur la Fortune.
C’était une promesse de campagne, pour la financer, justement, votre campagne. J’en ai recueilli le témoignage : que garantissiez-vous à vos généreux mécènes, à tout bout de champ, d’un dîner lucratif au suivant ?

La fin de l’ISF. En échange, les financiers vous signaient à tire-larigot des chèques de 7 500 €. Dès votre entrée à l’Elysée, vous teniez cet engagement, et assuriez à vos donateurs un retour sur investissement.
Avec l’ISF, mais pas seulement. Avec également la flat tax. Avec aussi la taxe sur les hauts salaires effacée. Avec encore une ristourne « spéciale Brexit » pour les banquiers. Avec enfin une baisse de l’impôt sur les sociétés.

A vos copains et coquins, vous avez distribué les milliards, les yeux fermés, sans compter.

Et en même temps, en même temps, dès qu’on vous parle del’hôpital abandonné, des EHPAD sous-dotés, des élèves handicapés, des tribunauxengorgés, des commissariats délabrés, dès qu’on plaide pour la santé, pour l’éducation,pour la police, pour la justice,
vous répondez : « déficit public ». Vous brandissez ce spectreterrifiant : « Quelle dette allons-nous laisser à nos enfants? »
Hypocrite que vous êtes ! Charlatan de l’endettement !
Elles sont bien sélectives, vos pudeurs de père-la-rigueur.

En même temps, en même temps surtout, pour enrichir les riches, comment avez-vous procédé ? Vous avez appauvri les pauvres,
ou les modestes. Vous avez gratté cinq euros sur les APL des locataires, vous avez éliminé 240 000 contrats aidés,
vous avez relevé la CSG des retraités.
Il fallait oser.
A ce point, il fallait oser.

Une injustice aussi évidente, aussi criante, il fallait oser.
Mais vous osez tout, et c’est à ça qu’on vous reconnaît.

Cette année, vous pouviez corriger le tir.
Vous pouviez rectifier votre budget.
Au contraire, vous creusez le même sillon, le sillon de l’injustice : pour les pauvres, ce sera le gel des pensions, des allocations, et cette taxe sur l’essence. Pour les riches, pour leurs firmes, ce sera la suppression de l’exit tax, et le CICE doublé.

C’est si excessif, tellement abusif.
Ca touche au porte-monnaie, certes, au « pouvoir d’achat », mais pas seulement.

C’est l’orgueil d’un peuple qui en est blessé, son honneur : on se moque de lui, son propre chef de l’Etat se moque de lui. Car à cette injustice, à cette évidence de l’injustice, comme on jette du sel sur une plaie, vous ajoutez l’arrogance de l’injustice, à grand renfort de « gens qui ne sont rien », de « feignants », de « Gaulois réfractaires », de « vous n’avez qu’à traverser la rue » et autres « pognon de dingue », comme des provocations renouvelées.

Vous avez déchiré le contrat social.
Vous vous êtes assis dessus.
Vous l’avez piétiné.
Vous en avez fait des confettis.
Et c’est la France que, aujourd’hui, vous déchirez.

Avant même votre élection, à la veille du second tour, je vous adressais – je cite – une « Lettre ouverte à un président déjà haï » :

« Vous êtes haï, je vous écrivais, vous êtes haï, vous êtes haï.
Je vous le martèle parce que, avec votre cour, avec votre campagne, avec la bourgeoisie qui vous entoure, vous êtes frappé de surdité sociale. Vous n’entendez pas le grondement : votre heure, houleuse, sur le parking des Whirlpool, n’était qu’un avant-goût. C’est un fossé de classe qui, face à vous, se creuse. »

Avec douze fois « vous êtes haï » en une trentaine de lignes, je vous prévenais avec un rien d’insistance. Et stylistiquement parlant, je ne porte pas ce texte en bandoulière, comme une fierté littéraire. Sur le fond, néanmoins, je n’en renie rien, l’avertissement sonnait juste:

 Vous êtes aujourd’hui haï, massivement haï.
C’était en germe hier, on assiste désormais à la moisson. Le fossé s’esttransformé en gouffre.

Vous l’avez palpée par vous-même, cette haine, de la Lorraine aux Ardennes, de la Marne à la Somme, lors de votre semaine d’ « itinérance mémorielle ». Vous avez fait le jovial, « j’aime aller au contact », « je reviendrai plus souvent », mais ce ressentiment, dans votre propre peuple, a bien dû vous meurtrir.
Et je l’espère : vous alerter
Depuis dix jours, surtout, qu’est-ce qui rassemble les « gilets jaunes » ? Qu’est-ce qui les unit, bien plus que le gasoil ? Qu’est-ce qui, par-delà mille différences, leur fait un trait commun ?
Vous.
L’aversion que vous provoquez.
L’aversion que votre caste provoque.
Quel slogan entonne-t-on, sur les ronds-points, à peine un micro tendu ? « Macron démission ! Macron démission ! »

Comment,dès lors, sortir de cette impasse ?

Voici le discours que je vous propose, pour demain soir :

Françaises, Français,
Je vous ai entendu.
Je vous ai compris.
J’ai changé.
J’en ai pris conscience, soudain, cette nuit, une révélation.
Je me suis trompé :
La politique ne se fait pas au CAC 40.
Nous devons mener la transition écologique.
Nous devons la mener avec l’exigence de justice sociale.
Nous devons la mener avec un renouveau démocratique.
C’est une rupture dans mon quinquennat.
C’est un nouveau chemin, que nous ouvrons pour le pays.
Voilà la feuille de route que, dès ce soir, je confie au Premier ministre, à tout le gouvernement.

Ce serait un changement de cap.
Et voici les trois mesures que, dans la foulée, d’urgence, j’annoncerais pour recoudre la France :

Première mesure.
Rendez l’ISF d’abord !
Traquez la fraude fiscale sans pitié, tous les yachts immatriculés à Malte, tous les jets privés à Jersey, tous les Google Apple Facebook Amazon que vous recevez avec les honneurs à l’Elysée, tous vos amis qui optimisent, qui panamisent, qui caïmanisent,
qui luxembourgisent.
C’est un poison.
C’est un poison pour la société, ces 60, 80, 100 milliards enlevés au fisc.
C’est un poison, pas seulement pour les finances, mais surtout, surtout, pour le moral de la nation.
Comment croire au bien commun quand les privilégiés, les PDG, les premiers de cordée, que vous donnez en exemple, trichent, volent, s’affranchissent de la loi commune ?
C’est tous les Français qui en sont écoeurés, dégoûtés, découragés.

La chienlit, c’est lui !

L’ « anarchie » règne aujourd’hui dans le pays, avec des barrages, des blocages, des blessés, et même deux morts. Mais quelle est la cause du désordre, aujourd’hui, sur les routes de France ?
Qui est le fauteur de troubles en chef ?
Il est à l’Elysée.
La chienlit, c’est lui !

Depuis dix-huit mois qu’il préside, Emmanuel Macron ne donne pas des « petits coups de canif au contrat social » : il le déchire, il s’assied dessus, il le piétine.

Comment ?
Par l’injustice de sa politique.
Par l’évidence de son injustice.
Par l’arrogance de son injustice.

Ses amis nantis,certes, ne l’avaient pas attendu pour prospérer. Les 500 premières fortunes, d’après Challenges, ont été multipliées par sept en vingt ans. Mais la mondialisation ne suffisant pas, il fallait que les décisions du jeune président renforcent, sans complexe, sans honte, ces inégalités.

Aussitôt aux affaires, voilà qu’il supprime l’Impôt de Solidarité sur la Fortune à ses « premiers de cordée », qu’il leur offre la flat tax sur un plateau, l’exit tax cette année, sans compter un Crédit Impôt CompétitivitéEmploi doublé. Sur eux, ça ruisselle. Ca ruisselle par dizaines de milliards.

Et en même temps, en même temps, voilà que tel un Robin des Bois à l’envers, il vient faire les poches des familles modestes, 5 € de gratté sur les APL des locataires, de la CSG sur les retraités, la fin des contrats aidés. Et enfin, cette taxe sur l’essence, goutte de pétrole qui fait déborder le vase des rancoeurs…

Il y ajoute le verbe, en plus, comme on verse du sel sur une plaie, à grand renfort de « gens qui ne sont rien », de « feignants », de« Gaulois réfractaires », de « vous n’avez qu’à traverser la rue » et autres « pognon de dingue », comme des provocations renouvelées. On croit que ça passe mais non, dans les esprits, ça laisse des traces : c’est plus que le « pouvoir d’achat », c’est l’orgueil qui est blessé. C’est un peuple qui se sent méprisé, humilié, par son président lui-même ! En démocratie !

Dans son délire de toute-puissance, le peuple n’est pas seul à sentir humilié, méprisé. Les maires également, les offices HLM, les syndicats, le Parlement, jusqu’à l’armée ! Plus rien, plus aucun « corps constitué » ne fait aujourd’hui tampon.

La chienlit, c’est lui !

Un grand merci à @monsieuralfred pour son talent !