Demande d’une mission d’information sur les bénéfices des Gilets jaunes pour les Français

Monsieur le Président de la commission des affaires économiques,

Le vendredi 29 mars, dans Les Échos, vous avez publié une tribune intitulée : « Disons aux Français ce que les « gilets jaunes » ont coûté à l’économie ». Dans cet article, vous annoncez avoir « saisi le président de l’Assemblée nationale, pour proposer aux députés de mener en toute transparence les investigations et les évaluations pour que soit connu le prix des dégâts commis au nom de la liberté de manifester, ainsi que les répercussions sociales et économiques dans les secteurs impactés ». J’apprends aujourd’hui que cette mission vient d’être créée.

Pourquoi pas, je n’en suis pas étonné.
Avec un gouvernement qui n’offre d’autre sens à la France que « la concurrence, la concurrence, la concurrence », qui poursuit comme seul idéal de « réduire sous 3% le déficit public », avec une majorité qui ne jure que par « le contrôle et l’évaluation », qui se vit comme un cabinet d’audit, votre lubie ne m’a pas surpris. Vous auriez, sans doute, en 1789, réclamé une évaluation « des dégâts commis au nom de la liberté », et en 1936, une évaluation du coût des grèves du Front populaire. Ainsi regardez-vous notre Histoire, l’histoire qui s’écrit au présent, sous nos yeux: comme un expert-comptable.

Admettons.
Admettons, mais alors, je vous demande le complément: combien les Gilets jaunes ont rapporté aux Français ? Je vous demande avec le groupe de la France Insoumise de créer une mission d’information qui évalue ces bénéfices.

D’abord, grâce aux Gilets jaunes, le Président a renoncé à augmenter la taxe sur le carbone. Cette hausse devait toucher, en particulier, les classes populaires des périphéries, qui n’ont pas d’alternative à la voiture pour se déplacer. Un gain pour elles, au final, de 4 milliards d’euros.

De plus, près de deux millions de salariés, dans 200 000 entreprises, ont touché une prime, de 450 euros en moyenne, abusivement nommée « prime Macron ». Que nous devrions rebaptiser « prime Gilets jaunes ». Soit plus d’un milliard d’euros. Et je suggère à tous les travailleurs du pays qui en ont bénéficié, de prendre leur fiche de paie, de surligner au stabilo jaune fluo la ligne en question, de la publier sur Facebook en écrivant : « Merci les Gilets jaunes ! »

L’augmentation de la prime d’activité a ses limites : elle n’a rien à voir avec une augmentation du SMIC, est loin de correspondre à 100 euros par salarié, comme le prétendait le président. Elle représente néanmoins 2,5 milliards d’euros.

Autre effet : le retour en arrière sur la hausse de la CSG (pour les retraites de moins de 2 000 euros). Soit 1,5 milliard d’euros pour les retraités. Ce qui demeure, j’en conviens, peu comparé aux milliards que leur avez pris, mais toujours mieux que rien.

Enfin, la défiscalisation et la désocialisation des heures supplémentaires (tout en demeurant opposé à cette mesure). Et ce sont à nouveau deux milliards qui viennent s’ajouter.

Au total, environ une dizaine de milliards furent arrachés par les Gilets jaunes. « Environ », car ces calculs sont effectués, il faut l’admettre, à la louche. D’où l’utilité d’une mission d’information qui viendra préciser les bénéfices.

Enfin, dans votre tribune, vous brandissez la menace des 0,1 à 0,2 point de croissance perdus “à cause” des Gilets jaunes. Rien n’est moins sûr. Car même avec le prisme sinistre d’un cerveau-calculatrice, même en éliminant les valeurs, la fraternité, la lutte, l’espérance, soulevées par ce mouvement, même en demeurant sur le terrain statistique : l’Insee a certes estimé que ce mouvement avait fait perdre 0,1 point de croissance à notre pays. Mais dans le même temps, l’OFCE calcule que les mesures lâchées par le président feront gagner 0,3 point de croissance. Soit + 0,2 point.

Et encore, dans ses modèles, l’Insee n’intègre pas tout ! 21 millions de personnes ont visionné le clip de Kopp Johnson, “Macron démission”, où il danse en Gilet jaune, et 8 millions le “freestyle Gilet jaune” de D. Ace. En plus d’enrichir notre patrimoine culturel, ces vidéos génèrent autant de vues que de publicités sur lesquelles l’Etat prélève 2% au titre de sa “taxe YouTube” pour les reverser au Centre National du Cinéma et de l’image animée. Mais surtout, YouTube et les autres géants du numérique vont enfin devoir mettre la main à la poche, encore une fois grâce à ce mouvement des gilets jaunes.

En effet, il a fallu attendre la pression populaire pour que notre ministre de l’Economie se décide, enfin, trop modestement, avec des trous dans la raquette, à taxer les Gafas ! 500 millions d’€ grattés à ces multinationales. S’y ajoute, dans le même texte, le gel de la baisse de l’impôt sur les sociétés pour les 750 plus grosses entreprises de notre pays. Encore 1,7 milliard qui seront récupérés, ou plus exactement: qui ne leur seront pas lâchés.

Vous parlez enfin des “terribles impacts en termes d’image et d’attractivité internationale” et de touristes inquiets qui n’oseraient plus venir visiter notre beau pays. À qui la faute ? A votre ministre de la Culture, qui pourrait au contraire valoriser cette tradition révolutionnaire française, qui pourrait protéger les cabanes et les oeuvres d’art de ces Gilets jaunes sur les ronds-points, qui pourrait se faire une fierté de cet art populaire – comme on se flatte d’avoir chez nous le facteur Cheval.

Pour que l’audit soit complet, je vous demande donc de compléter votre mission sur les coûts, avec la mienne sur les bénéfices.

Nous aiderons ainsi à nourrir l’espérance. Nous dirons aux Français : vous voyez, quand on se bouge, on gagne. Les Gilets jaunes étaient trop peu, ils ont jusqu’ici gagné un peu, pour tous. Mais qu’on s’y mette à beaucoup, et contre le banquier de l’Elysée, contre ses amis financiers, nous gagnerons beaucoup.

Je ne doute pas que vous aurez à coeur d’accéder à ma demande, par souci d’objectivité.

François Ruffin.

Aéroports : « Berner, tromper, filouter les Français »

Monsieur le ministre,

Pour éviter d’être vulgaire, j’ai regardé dans le dictionnaire les synonymes :

Se payer la tête de quelqu’un
Se moquer
Se ficher
Narguer
Berner
Tromper
Abuser
Duper
Filouter
Leurrer
Trahir
Rouler dans la farine

Mais pour notre ordre du jour, ça paraît quand même trop mou trop doux.
Vous vous fichez des Français.
Et je reste fort poli.
Je fais un effort pour rester poli.

C’était lundi, au Grand Palais pour la grand-messe de votre grand débat. Franck Escoubes entamait ainsi sa restitution : « On voit émerger un premier consensus. » J’insiste : votre restituteur nous parle d’un consensus, et il le place en premier. Quel est-il ?

« On voit émerger un premier consensus » autour de l’idée d’un Etat qui est acteur de l’économie, qui est rappelé aux commandes, avec la proposition de renationaliser les services essentiels et les infrastructures publiques. »

C’était il y a trois jours, donc. Une vraie cérémonie. La moitié des ministres étaient présent, alignés en rang d’oignons, la mine grave, l’air recueilli. Car l’heure était solennelle. On allait enfin comprendre ce peuple mystérieux. Vos garants ouvraient le ventre des « contributions numériques », tout comme les prêtres, chez les Romains, le faisaient avec leurs oies : les dieux ont parlé, annonçaient les augures. « Le peuple a parlé », nous annoncent vos garants. Et quel message délivre ses entrailles ?

Je répète.
Il faut répéter pour que ça rentre dans vos têtes.

« On voit émerger un premier consensus autour de l’idée d’un Etat qui est acteur de l’économie, qui est rappelé aux commandes, avec la proposition de renationaliser les services essentiels et les infrastructures publiques. »

Pour ce « grand débat national », vous avez dépensé douze millions d’euros, trois fois plus que les quatre millions prévus au début.
Des voix se sont élevées : « Pour la Justice, pour les hôpitaux, pour l’Education, il faut serrer les budgets, surveiller les déficits, mais pour vos caprices, c’est crédit illimité. » A ces tristes sires, vous avez répondu : « C’est le prix de la démocratie! »
Alors, que vient dire cette démocratie ?

« Renationaliser les services essentiels et les infrastructures publiques. »

Le Premier ministre lui-même a fait des salamalecs, au Grand palais lundi, ici même, à ma place, le mardi, au Sénat hier mercredi, pour nous expliquer combien les Français s’étaient mobilisés, combien ils avaient fait preuve d’écoute, de maturité, de sagesse, un formidable exercice de démocratie, disait-il, et que les Gilets jaunes, ces malpolis, ces braillards, ces débraillés, feraient mieux d’en prendre de la graine, et que nous-mêmes, dans cette Assemblée, nous n’étions pas à la hauteur de notre peuple, de son écoute, de sa maturité, de sa sagesse.
Mais alors, qu’a-t-il dit, ces Français, dans leur grande sagesse ?

Je répète, je répète, je répète :

« Renationaliser les services essentiels et les infrastructures publiques. »

Et au lendemain de ce cérémonial, quelle est votre première mesure post-grand débat ?
Tout le contraire.
L’exact inverse de ce « premier consensus ».
Ce matin, nous sommes réunis pour quoi ?

Pour vendre, dé-fi-ni-ti-vement, Aéroports de Paris ! Pour solder Roissy ! Pour brader Orly ! Pour privatiser une frontière ! Vous allez, dans la foulée, liquider Engie ! Ces « services essentiels », ces « infrastructures publiques », vous les livrez aux copains et aux coquins. Les Français vous disent « blanc blanc blanc », et aussitôt vous faites « noir ».

Le lundi, vous nous dites, la main sur le coeur, les yeux embués, « plus rien ne sera comme avant », et le jeudi vous continuez, vous continuez à gouverner, seul. Seul contre tous.

Seul contre tous, car des voix, de partout, vous alertent depuis des mois.
Je vous ai entendu, ce matin, Monsieur le ministre, parler d’économie, de stratégie. Mais on est au-delà.

Au-delà de l’économie.
Au-delà de la stratégie.
C’est une question de démocratie.
La droite est contre.
La gauche est contre.
Le Sénat est contre.
Les syndicats sont contre.
Les Français Gilets jaunes sont contre.
Les Français du grand débat sont contre.
Les Français des sondages sont contre.
Mais voilà, le Prince et sa cour, sa cour de ministres, sa cour de députés, le prince et sa cour sont pour.
Le Prince et sa cour sont pour, sont pour que l’intérêt des multinationales l’emporte sur l’intérêt général.

C’est le despotisme qui se poursuit.
C’est le despotisme tel que le définit Montesquieu: « ce régime où un seul entraîne tout par sa volonté et par ses caprices. »

Ce régime où un seul peut signer un contrat, un contrat social, un contrat moral, le lundi, et le bafouer d’emblée, dès le jeudi, le déchirer, s’asseoir dessus, vous asseoir sur la voix des Français – pour mieux l’étouffer.

Mais cette voix reviendra, décuplée.

Décuplée d’avoir été bernés, trompés, abusés, dupés, filoutés, roulés dans la farine.

Grand débat : « Faites péter le cérumen, Monsieur le premier ministre ! »

Monsieur le Premier ministre,
Je connais un bon oto-rhino, il a des dispos dans son agenda, je peux vous prendre un rendez-vous si vous voulez.
Ca me paraît l’urgence, tant vous êtes sourd.
Vous êtes sourd aux Français.
Et vous êtes sourd, sans surprise, de l’oreille gauche.

Il faut en revenir au samedi 17 novembre.
A ce miracle social.

A ce jour où les plus invisibles – intérimaires, personnes handicapées, auxiliaires de vie sociale, autoentrepreneurs – où les plus invisibles se sont rendus hyper-visibles avec leurs gilets fluorescents.

A ce jour où les muets sont devenus bavards, racontant leur vie de galère, leur frigo trop vide, leurs dettes au RSI, leurs courses au Secours populaire.

A ce jour où, surtout, les plus résignés se sont vus traversés d’une espérance.

A ce jour où ensemble ils se sont élevés contre l’injustice.

A tous les carrefours, semaine après semaine, nous avons entendu : « Rends l’ISF d’abord! » Nous avons entendu: « Macron démission » et « destitution ». Nous avons entendu: « Que les gros paient gros, et que les petits paient petits. » Nous l’avons entendu, jusqu’aux abords de l’Elysée, dans les beaux quartiers, pas très loin de Matignon, pour vous le dire sur tous les tons.

Pour le faire taire, ce cri, vous avez envoyé les bulldozers contre les cabanes des pauvres.

Vous avez tenté ça, surtout, de noyer ce cri dans un grand débat.

C’est un truc connu : dissoudre l’urgence du « ici et maintenant » dans le plus tard, toujours plus tard.

Diluer la révolte dans l’inertie.

Mais même là.

Même avec le tri social.

Même avec des Français aux cheveux blancs, plus diplômés, mieux payés.

Même avec cette France du grand débat qui vous ressemble plus que les Gilets jaunes.

Même avec eux, revient comme un écho. Lors de la restitution, hier, quelles demandes mentionnaient vos garants eux-mêmes ?
« Le retour de l’ISF. »
Mais vous n’entendez pas.
« Plus de tranches d’impôt… »
Mais vous n’entendez pas.
« La TVA à 0% sur les produits de première nécessité. »
Mais vous n’entendez pas.

Et à la place, vous déclarez – je vous cite : « Nous devons continuer à baisser les impôts, et à le faire plus vite. »

Tout ça pour ça !
Six mois de protestations, trois mois de grand débat, douze millions d’euros dépensés, et tout ça pour aboutir à quoi ?
A un Premier ministre qui nous offre une resucée de Thatcher !
Qui nous fait du sous-Friedman, du post-Reagan. Il fallait tout ce tralala pour finir avec le plus usé de tous vos slogans, avec votre refrain depuis quarante ans : moins de dé-penses pu-bliques.

La conclusion, donc, à vous écouter, c’est que vous aviez bien raison.
Que vous avez tout bon.
Qu’au fond, les Français réclament plus de Macron.
Mais plus vite, plus loin, plus fort.
C’est ce verbe qui me marque, dans votre bouche: « Continuer ».

Et en effet, vous continuez, comme si de rien n’était.

Dans les cahiers de doléance, que réclament encore les Français qui se sont exprimés ? Que l’État – je cite vos garants – joue son rôle d’ « acteur de l’économie », – je cite toujours – qu’il « intervienne », et plus précisément, est demandée, d’après vos garants, la « renationalisation des infrastructures essentielles ».
Mais vous ne l’avez pas entendu, ça non plus.
Que vous apprêtez-vous à faire, cette semaine ? ce jeudi matin ? après-demain ? ici même ? Vous allez privatiser, définitivement, Aéroports de Paris ! Vous allez vendre Roissy ! Vous allez solder Orly ! Vous allez, dans la foulée, liquider Engie. Vous allez marchander la Française des Jeux. Bref, vous allez « continuer », continuer la grande braderie de la Nation…
D’une main, vous débattez, de l’autre vous débitez le pays.

Même en matière démocratique, vous continuez.
Que réclament les contributeurs à votre grand débat : « La reconnaissance du vote blanc, ou le vote obligatoire. » Mais vous n’entendez pas. « Des référendums d’initiative citoyenne, partagé, ou locaux. » Mais vous ne l’entendez pas.

A minima, notent vos garants, il y a une « demande d’exemplarité ». Et même ce minimum, vous ne l’entendez pas. Pour preuve : qui le président de la République a-t-il nommé au conseil constitutionnel,
le mois dernier ? Votre ami, votre mentor, Alain Juppé. Condamné à quatorze mois de prison avec sursis, pour prise illégale d’intérêts.
Il ne s’est pas enrichi, soit.
Il a couvert, par fidélité, le président d’alors, soit.
Mais il a couvert la corruption, tout de même.
Il a couvert la fraude.
Et c’est lui qui, promu par Emmanuel  Macron, tous deux énarques, tous deux inspecteurs des finances, c’est lui qui va désormais contrôler les lois votées ici ? La voilà, l’exemplarité ?

Votre caste continue comme avant.

Débouchez-vous les oreilles, Monsieur le Premier ministre.

Faites péter le cérumen.

Enlevez vos boules Quies.

Sinon, le peuple, le peuple pourrait bien crier encore plus fort, et vous servir d’oto-rhino.

Ainsi s’accomplit la prophétie d’Isaïe: « Ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne. »

Tian’anmen sur Garonne

Pour la manif des Gilets jaunes, ce samedi, on avait lancé un appel pour le logement accessible, avec le DAL. Du coup, on était en tête de cortège. C’est super tranquille, calme, pacifique. On est partis de Jean-Jaurès, on a pris Marengo, derrière la gare, Alsace-Lorraine, les quais…

Et puis, au moment d’arriver à Arnaud-Bernard, je ne sais pas pourquoi, on se retrouve face à tout un cortège de camions de CRS qui barraient la route. Ça n’avait aucune logique, le lieu n’était même pas interdit, seule la place du Capitole l’était ! Les gens de la manif, tout de suite, se sont mis à terre, les mains en l’air, pour bien montrer que, justement, c’était pacifiste, qu’on voulait juste continuer la manif. Et moi, avec deux autres personnes en fauteuil, on s’est approchés pour parlementer, voir si on pouvait passer.

On a commencé à parler avec le responsable du dispositif. Mais là, y a une commissaire, une petite jeune, qui est arrivée, et qui nous a donné l’ordre de dégager. On ne voulait pas, on continuait à négocier. Alors, ils ont envoyé les grenades lacrymo et les canons à eau. Y avait rien eu, aucune violence, rien. Y avait des gens avec des cannes, des personnes âgées, dans la manif, mais ça les a pas gênés…

Une fois qu’il y a eu les lacrymos et les canons à eau, les gens ont commencé à lancer des œufs, et même des pierres, c’est vrai, mais avant ça, il n’y avait rien eu, aucun problème.

« Ils ont pas pu me mettre en cellule : elle était pas accessible aux fauteuils roulants ! »

J’ai pris des gaz lacrymo, moi aussi, et de l’eau, j’étais trempée, mais je ne voulais pas bouger. Alors, je me suis mise devant leurs véhicules, pour les empêcher d’avancer et de repousser les manifestants. J’aime pas qu’on me dise que je ne peux pas aller quelque part. Tout le temps, on nous le dit, avec nos fauteuils, ben là, non, ça suffit. J’ai bloqué un véhicule, et ils sont venus déplacer mon fauteuil. Je leur criais qu’ils allaient le casser, je les prévenais, qu’il coûte 30 000 euros, mais ils me déplaçaient, et à chaque fois je revenais devant eux, pour les bloquer.

Une première fois, ils m’ont fait partir sur le trottoir, le fauteuil a failli se renverser. Et puis, l’un des policiers a manipulé mon joystick, et ça c’est super dangereux… Mon fauteuil est parti à toute vitesse, il a foncé dans un véhicule de police. Ma cheville droite a vrillé en tapant dedans.

J’avais mal, mais les policiers se sont mis autour de moi et m’ont dit : ‘‘Vous êtes en garde à vue.’’ Moi, je demandais à voir un docteur, j’avais mal, mais il n’y avait personne. J’ai voulu aller à la pharmacie à côté, ils m’ont rattrapée et ont ramené mon fauteuil. Heureusement, quelqu’un est allé me chercher des antalgiques.

Ensuite, pour m’amener au poste, ils ont d’abord appelé les pompiers, mais leur véhicule n’était pas équipé pour mon fauteuil. Alors, ils ont voulu faire venir un camion élévateur pour me transporter. Mais même s’ils avaient pu, le camion ne pouvait pas fixer le fauteuil, une fois à l’intérieur. J’y serais jamais montée !

Ça a bien duré une heure, tout ça. Ils étaient bien embêtés. En plus, leur cellule n’était pas accessible aux fauteuils ! Pour une fois que l’inaccessibilité nous est utile…

Alors, ils m’ont dit ‘‘Vous pouvez partir, mais y aura des suites, on vous appellera.’’ De toute façon, je sais qu’ils m’ont dans le collimateur. Que le procureur recueille des témoignages contre moi.

Je les emmerde, et je vais continuer à les emmerder.

Macron, de Rugy et Riester aussi, veulent du soleil !

MACRON, DE RUGY ET RIESTER AUSSI, VEULENT DU SOLEIL !

"Et je vous souhaite naturellement qu'il ait du succès" – François de Rugy.Après 111 avant-premières, plus de 26 000 spectateurs, "J'veux du soleil !" sort aujourd'hui sur les écrans ! Teaser gouvernemental !Toutes les salles : https://francoisruffin.fr/jveux-du-soleil/

Publiée par François Ruffin sur Mercredi 3 avril 2019

« Et je vous souhaite naturellement qu’il ait du succès » – François de Rugy.
Après 111 avant-premières, plus de 26 000 spectateurs, « J’veux du soleil ! » sort aujourd’hui sur les écrans ! Teaser gouvernemental !

Retrouvez la bande-annonce et toutes les salles qui diffusent « J’veux du soleil ! »

Sur les Champs, Macron a vu « J’veux du soleil ! »

AUX CHAMPS-ÉLYSÉES, UN INVITÉ S'EST GLISSÉ DANS LA SALLE…

Ce soir, Macron a vu "J'veux du soleil !"

Publiée par François Ruffin sur Mardi 2 avril 2019

Au Lincoln, ce 2 avril, sur les Champs-Elysées, Emmanuel Macron a enfin pu assister à une projection de « J’veux du soleil ! »

Retrouvez toute l’histoire de ce portrait officiel, en provenance de la mairie du Ve arrondissement de Paris et gentiment offert par les militants d’ANV-COP 21 !

Et, pour imiter Emmanuel Macron, retrouvez toutes les salles qui diffusent « J’veux du soleil ! » :

Monsieur le Ministre, allez-vous détruire les Champs-Elysées ?

Monsieur le ministre de la Culture,
Monsieur le ministre de l’Intérieur,
Madame la préfète du Lot-et-Garonne,

Je viens de recevoir ce courriel:

« Sur le rond-point de l’Olivier (nommé de la sorte à la mémoire de notre camarade Olivier Daurelle qui a trouvé la mort), un magnifique Arc de Triomphe a été construit par un vaillant camarade gilet jaune, extrêmement talentueux. Mais nous nous trouvons face aux injonctions de la préfecture de le détruire. »

Sébastien est ouvrier chauffagiste, à Villeneuve-sur-Lot, et avec ses amis Gilets Jaunes il a bâti un Arc de Triomphe haut six mètres :

« On est face à quelqu’un qui ne nous répond pas, qui ne nous écoute pas. Alors, on s’est dit qu’on allait poser une œuvre là, belle, comme ça on nous verrait. On a connu des moments de doute, des moments durs, compliqués, cet hiver, sur le rond-point. Ça nous a aidés à tenir.
– C’était quoi, ces moments durs ?
– On a perdu Olivier. C’était un de nos meneurs, un gars super, démocrate, pacifiste. C’était lui, notre monument. Tout le monde l’écoutait. Un poids lourd a forcé le passage et l’a renversé. Le chauffeur était en tort, mais personne ou presque n’en a parlé… Mais y avait cinq cents personnes à son enterrement.
– Comment vous avez réagi ?
– On lui a fait un feu, deux feux, huit feux, dans la nuit, pour lui rendre hommage. Comme une cérémonie. On a brûlé tout notre campement, et même une grande tour Eiffel de cinq mètres qu’on avait construite. Que ça brûle pour lui. On a fait ça en accord avec la police.
– Et après ?
– On a reconstruit des cabanes, un peu bancales, en bambou, en plastique. Ça me plaisait pas. Alors, j’ai tracé un cercle au sol et j’ai dit ‘‘Là, on va faire un beau projet, quelque chose d’esthétique’’. J’ai eu beaucoup de soutiens. Une cinquantaine de personnes ont mis la main à la pâte. On venait le soir après le boulot, on y passait la nuit. ça nous a aidés à tenir, après le décès d’Olivier, on se rassemblait là. Deux semaines, ça a pris, et là, il est presque fini : demain, on passe l’enduit. Après, il y aura des fresques, des choses artistiques dessus. On veut se dépêcher, avant qu’ils le détruisent…
– Qui veut le détruire ?
– La Préfecture. Dans la semaine, ils devraient venir, on ne sait pas quel jour. La préfète a donné l’ordre. On espère qu’un avocat ou quelqu’un va trouver quelque chose pour les en empêcher… »

La police s’est déjà livrée, sur le rond-point de Dions, près de Nîmes à un autodafé. L’artiste Swed Oner avait réalisé un portrait géant, dix mètres de haut, de « Marcel », un maçon à la retraite, de 77 ans, d’origine espagnole. Mais il faut croire que ce visage, les rides qui le sillonnaient, la lumière dans son regard, il faut croire que cette oeuvre menaçait l’ordre public : vos forces ne se sont pas contentés de la saisir. Elles l’ont méthodiquement démolie, l’ont en partie brûlée, et les débris furent retrouvés à la décharge. Ainsi votre gouvernement traite-t-il un art populaire. Mais que dirait-on si un Gilet jaune, muni d’une hache, était entré à la fondation Louis-Vuitton ? Avait défoncé les « installations » de Bernard Arnault ? Vous crieriez à l’obscurantisme! A l’atteinte à la Culture ! Le scandale national, international peut-être !

Les collectivités paient, bien souvent, des dizaines de milliers d’euros pour orner leur rond-point de sculptures bizarroïdes. Là, le travail de décoration est effectué gratuitement, il émane du peuple, et vous vous appliquez à détruire ces monuments, ces fresques : il ne faut pas seulement taire la révolte, il faut également en effacer les traces, fussent-elles artistiques. Fussent-elles des signes manifestes de patriotisme, d’amour de son pays.

Alors, la question, aujourd’hui, est là : allez-vous détruire cette œuvre d’art populaire ? Cette protestation pacifique ? Cet hommage, singulier, à la mémoire d’Olivier ?

PS : Monsieur le préfet du Var, il paraît que vous allez aussi détruire ça au Cannet-des-Maures !

DIRECT | Grand-débat : Pique-nique picard derrière l’Elysée !

PIQUE-NIQUE PICARD DERRIÈRE L'ÉLYSÉE !

En direct ! Je boycotte le déjeuner à l'Elysée, dans de la vaisselle à 500 000 euros. Et à la place, on pique-nique dans les jardins à côté, avec Mohamed et Germain, de chez Prima (sous-traitant de Whirlpool), Kathia, gilet jaune et maman d'un enfant autiste, Annie et Sylvie, auxiliaires de vie sociale, Fabien, intérimaire et gilet jaune, Graziella et Elvire, parents d'élève à Ailly-sur-Somme. La Picardie envahit Paris !

Publiée par François Ruffin sur Vendredi 29 mars 2019

En direct ! Je boycotte le déjeuner à l’Elysée, dans de la vaisselle à 500 000 euros. Et à la place, on pique-nique dans les jardins à côté, avec Mohamed et Germain, de chez Prima (sous-traitant de Whirlpool), Kathia, gilet jaune et maman d’un enfant autiste, Annie et Sylvie, auxiliaires de vie sociale, Fabien, intérimaire et gilet jaune, Graziella et Elvire, parents d’élève à Ailly-sur-Somme. La Picardie envahit Paris !

Prime « Gilets jaunes » : montrez-la !

PRIME GILET JAUNE : MONTREZ-LA !

Des salariés de Carrefour ou de Engie, de EDF, vont toucher 300, 400, 500 euros. On appelle ça la Prime Macron. Mais c'est faux, c'est la Prime Gilet Jaune. Sortez votre fiche de paye !, passez un coup de stabylo dessus !, montrez-la sur Facebook et dites-le tout haut : merci les gilets jaunes !Ils étaient peu, ils ont gagné un peu. Et si on s'y mettait tous ?

Publiée par François Ruffin sur Mercredi 27 mars 2019

Des salariés de Carrefour ou de Engie, de EDF, vont toucher 300, 400, 500 euros. On appelle ça la Prime Macron. Mais c’est faux, c’est la Prime Gilet Jaune. Sortez votre fiche de paye !, passez un coup de stabylo dessus !, montrez-la sur Facebook et dites-le tout haut : merci les gilets jaunes !
Ils étaient peu, ils ont gagné un peu. Et si on s’y mettait tous ?

Je ne viendrai pas à l’Élysée, Monsieur le président

Monsieur le président,

Grand merci pour votre invitation, mais je ne viendrai pas déjeuner à l’Elysée. Je ne servirai pas de caution à votre manoeuvre : pour enterrer un dossier, énonçait Clémenceau, on crée une Commission. Pour enterrer une révolte, espérez-vous, on lance un grand débat. Un grand débat et des LBD, voilà donc votre réponse dans la crise.

Je ne viendrai pas.

Je laisserai à d’autres élus mon temps de parole et ma part de petits fours.

Et pourtant.

Et pourtant, croyez bien que je mesure la gravité du moment, pour notre pays, je la mesure, sans doute davantage que vous-même. Samedi après samedi, je suis déchiré par les déchirements de notre France. Quelle pitié ! que des hommes frappent d’autres hommes, que des Français affrontent des Français, et qu’importe qu’ils portent des uniformes ou des Gilets jaunes. Avec notre groupe parlementaire, dans l’hémicycle, c’est sans hésiter que les députés insoumis se lèvent pour rendre hommage à un policier blessé. Mais dès qu’on évoque les Gilets jaunes décédés, vos Marcheurs restent assis, comme si, revêtus de leurs chasubles, eux n’appartenaient plus au corps social, à la communauté nationale, comme s’ils comptaient pour rien. Vos marcheurs restent assis, et vous, vous restez muet, muet pour les 82 blessés graves, muet pour 82 estropiés, éborgnés, mutilés, 82 vies amputées d’un oeil, d’une jambe, pour toujours, vous n’êtes pas avare de mots, en général, mais pour ces 82 victimes, pour leurs 82 familles, vous n’avez pas trouvé un mot, pas un mot de compassion, pas un geste de tendresse. Elle commencerait pourtant par là, la paix sociale : par quelques phrases de sympathie, qui sortiraient de votre coeur, aujourd’hui sec et fermé. Par votre rigidité souriante, vous nourrissez le conflit plutôt que de l’apaiser.

Ce serait le premier pas vers la paix, que ces mots, faits de tendresse, d’humanité, un premier pas sur le chemin de la paix.

La solution, la solution immédiate, la solution la plus simple, vous la connaissez : votre démission. Vous êtes, à mes yeux, le pire président de la Vème République. Vous avez mené le pays droit dans le mur de la colère. A une souffrance, silencieuse, endurée depuis des années, par les intérimaires, par les personnes handicapées, par les auxiliaires de vie sociale, par les ouvriers multi-licenciés, par les mères célibataires, bref, les classes populaires, à cette souffrance, vous avez ajouté l’injustice, l’évidence de l’injustice. Comment avez-vous osé ? Comment avez-vous osé supprimer l’Impôt de Solidarité sur la Fortune pour les plus riches ? Comment avez-vous osé alors que, dans le même temps, vous alliez gratter sur la CSG des retraités, sur les APL des locataires, sur les emplois aidés des plus précaires, sur le gel des pensions et des allocations ? Comment avez-vous osé ? C’est si excessif, tellement abusif.

Mais ça ne suffisait pas.
A cette injustice, à cette évidence de l’injustice, comme on jette du sel sur une plaie, vous avez ajouté l’arrogance de l’injustice, à grand renfort de « gens qui ne sont rien », de « feignants », de « Gaulois réfractaires », de « vous n’avez qu’à traverser la rue » et autres « pognon de dingue », comme des provocations renouvelées. Ca ne touche pas qu’au porte-monnaie, au « pouvoir d’achat », l’orgueil d’un peuple en est blessé, son honneur : on se moque de lui, son propre chef de l’Etat se moque de lui.

Le plus simple, le plus efficace, oui, serait votre démission.
Et si, en une ultime décision, quittant votre palais, vous lanciez une Constituante, si vous ouvriez la voie à une nouvelle République, où toute la vie politique, civique, démocratique, ne tournerait pas autour du président-soleil, de ses désirs, de ses caprices, comme autour d’un astre, alors, sur le fil, vous laisseriez peut-être un nom pas trop piteux dans notre histoire…

Mais ne rêvons pas.

Ne rêvons pas à votre démission.

Ne rêvons pas à cet horizon.

Il est une voie, alors, plus modeste, pour que s’apaisent les tensions, pour que se renoue un dialogue, pour que revienne une concorde sociale, week-end compris. C’est d’ouvrir des négociations, de véritables négociations, pas des opérations d’enfumage et de communication. Des discussions autour de quatre demandes, claires, simples, des Gilets jaunes, et qui n’ont reçu, pour seules réponses qu’un « non » sans concession, ou votre silence.

Une demande sociale : une TVA 0 sur les produits de première nécessité.

Une demande fiscale : le retour de l’Impôt de Solidarité sur la Fortune.

Une demande démocratique : le référendum d’initiative citoyenne.

Une demande judiciaire : l’amnistie pour tous les Gilets jaunes.

Ces demandes, vous les connaissez, elles vous sont répétées depuis des mois, elles sont scandées de ronds-points en manifs. Mais à la place de discussions, sérieuses, à la place d’un compromis, à la place d’une main tendue, vous choisissez chaque jour la répression. L’escalade. Camp contre camp. Les tirs de flash-ball et les peines de prison. Et votre ministre de l’Intérieur qui recourt à l’Armée, qui promet de ne pas trembler, d’avoir la main ferme, d’aller encore plus loin. Même les actions non-violentes, désormais, même les protestations les plus pacifiques, se voient frappées de poursuites, de garde à vue, de mises à l’épreuve et de sursis. Votre caste se resserre, en mode autoritaire, habillé d’un sourire marketing, et de déjeuners à l’Elysée, d’échanges avec élus, et philosophes.

Vous fabriquez des enragés.

Vous fabriquez des jusqu’aux-boutistes.

Le pays réclame un médiateur, et à la tête de l’Etat nous avons un pyromane.

Cette stratégie, je la condamne. Je ne veux pas la cautionner, même par un coup de colère dans votre palais, et que vos services puissent dire : « Vous voyez, il s’est exprimé. »

Je ne viendrai même pas pour vous énoncer cette chose simple : Il n’y a pas de paix sans justice.

Bien à vous,

François Ruffin