Porte à porte à Saint-Acheul, à Amiens-Nord, à Vignacourt… La routine finit par lasser. Alors, quand Mickaël, de Flixecourt, m’a prévenu que Franck de Lapersonne, le candidat FN, passait par chez lui, j’ai bondi sur ma l’occasion et sur ma voiture.

Via une télé néerlandaise, l’ex-comédien avait, en début de campagne, accepté un débat contradictoire sur le cas Whirlpool : puisqu’il était arrivé en Picardie, disait-il, à cause de ce scandale. De mon côté, j’en étais partisan : par des arguments, il faut mettre à nu le vide frontiste devant ses électeurs. Mais M. de Lapersonne a finalement refusé cette offre, à raison.

Vendredi, lors de notre brève rencontre, il a démontré l’étendue de ses connaissances. Il ignorait :

– quelle était la production historique de l’usine Whirlpool d’Amiens, avant le sèche-linge;
– qui est le PDG de Whirlpool et le principal actionnaire;
– quels en sont les bénéfices, dividendes, chiffres d’affaires;
– quelle autre boîte est aujourd’hui mal en point sur la Zone industrielle;
– quelle famille a dominé Flixecourt durant un siècle…

Mais M. de Lapersonne a une voix de stentor et de la faconde: d’après lui, texto, “étudier les dossiers, ça ne sert à rien”. Et ce serait un gage de “volonté politique”, presque, que de n’en rien savoir. A l’inverse : je vois mal comment nous pourrions transformer le réel sans d’abord le connaître.

Nous ne reprochons pas, ici, à M. de Lapersonne son parachutage, qu’il vienne dans la circonscription comme en excursion. Mais bien, en revanche, son ignorance… dont il tire quasiment une fierté.

Lui nous a demandé, pour finir, de le “laisser mener ma campagne tranquille: je vais voir mes électeurs, allez voir les vôtres.” Nous ne le garantissons pas. Sans nulle violence ni injure, cela va de soi, mais nous l’interpellerons de nouveau, à l’occasion. Qu’à défaut d’un débat, on en récolte des bribes. Qu’on ne le laisse pas s’installer, tranquillement, avec ses non-solutions.